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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 10:13

Helmut

Elmut Berger

autoportrait

propos recueillis par

Holde Heuer

 

          Helmut Berger fut considéré comme "le plus bel homme du monde". Luchino Visconti lui fit interpréter des rôles inoubliables aux côtés de Romy Schneider, Elisabeth Taylor, Charlotte Rampling ou Burt Lancaster, des prestations inscrites dans la légende du cinéma. Entre l'acteur et le cinéaste se noua une relation ô combien passionnelle. A la mort du metteur en scène italien en 1976, la carrière d'Helmut Berger décéléra brutalement ; personnalité cinématographique incontournable des années fastes, interprète de personnages sulfureux, fêtard invétéré, Berger finit par être victime de son image et de ses succès. Revenu de ses tourments, l'acteur autrichien se regarde dans un miroir autant que dans les souvenirs. Le résultat en est cette autobiographie épicée, sauvage, où Helmut transgresse tous les tabous.

             

            Il ne cache rien des phases de sa vie extrême, un tourbillon d'anecdotes évoquées avec audace, une sincérité sans équivoque, tour à tour provocante, amusante, émouvante aussi et même pudique parfois.

             

            Dès la première page c'est dit.

             

            "J'ai besoin d'amour ! Avete capito ? Ma vie entière a tourné autour de ce désir d'être aimé.

             

            Ceux qui me côtoient connaissent ma redoutable ambivalence : je peux être l'homme le plus gentil, comme le plus désagréable. Celui qui a fait l'expérience de ce dernier aspect de ma personnalité ne l'oubliera pas.

          Je n'ai pas envie de décevoir mes amis à travers le monde avec ce livre, et c'est la raison pour laquelle je recule devant certaines révélations et j'espère sincèrement que je ne vais pas être condamné pour mes vérités. Parce que au risque de me répéter ce que je veux c'est être aimé. Au plus profond de moi-même je suis timide. C'est d'ailleurs pour combattre cette timidité, pour me sentir plus à l'aise que je prends parfois un verre, ou deux, ou trois. C'est dans ces moments-là qu'il peut m'arriver de réagir de façon excessive.

             

            On pardonne à un homme sincère et qui n'embellit rien. J'y crois. Chacun a ses côtés obscurs, n'est-ce pas ?"

             

            Helmut revient beaucoup sur cette timidité, la plaie de sa jeunesse, et le manque de confiance en lui qui l'amènera à consommer des drogues lui donnant une assurance trompeuse.

             

            Il est né le 29 mai 1944 sous le nom de Helmut Steinberger à Bad Isch. Enfant désiré, son père avait toujours voulu un fils, mais...il n'existera pas de dialogue entre le père et le fils. Une mère qui l'adore, mais sous la coupe d'un mari qui n'écoutait que son ambition.

             

            "Il se montrait extrêmement sévère avec lui-même et avec moi. Il frappait facilement et parfois avec un cintre. Pendant qu'il me battait, ma mère sur le seuil de la porte, pleurait et le suppliait en vain , de laisser son enfant tranquille."

             

            De 7 à 17 ans, Helmut est dans des foyers éducatifs. Puis une année d'internat. Une école de commerce d'où il sera viré six mois plus tard. L'enseignement dans un établissement catholique prodigué par des prêtres eut un effet dévastateur sur sa future vie sexuelle.

             

            "Pendant plusieurs années j'ai souffert de sentiments de culpabilité à cause de mes fantasmes...Il m'a fallu des années pour me débarrasser des effets de cette doctrine. C'était l'enfer."

             

            "Je me fichais totalement de la comptabilité. Mon père insistait pour que je poursuive dans cette voie."

             

            Il ne voulait rien entendre au souhait de son fils qui rêvait de devenir acteur et dont les jeux et les déguisements enfantins avec les habits de sa mère l'avaient toujours répugné.

             

            "Alors, pour me faire passer le goût de la comédie il me battait ! Il voulait m'apprendre que le métier d'acteur était un métier de pauvre. C'est à cette époque que j'ai développé un certain je-m'en-foutisme...Il voulait être fier de moi. Nous étions si différents. C'était un travailleur, pas un fumeur ,ni un buveur.

          Mes succès internationaux au cinéma ne changèrent en rien aux rapports que j'entretenais avec mon père. On s'ignorait. Mais mon enfance n'a jamais nourri aucun désir de vengeance en moi.

             

            Ce n'est qu'avec Luchino Visconti que j'ai appris à avoir confiance en moi, malgré toutes mes contradictions.

helmut-berger-luchino-visconti-610902

          La presse a toujours écrit que j'avais rencontré Luchino Visconti à Rome ou Ischia. Ce n'est pas vrai."

             

            Au printemps 1964 Helmut s'inscrit à l'université de Pérouse, il travaille à côté comme barman ou serveur. Un examen à venir portait sur les civilisations historiques des alentours. Sur le siège arrière d'une vieille Vespa il part avec un ami visiter des vestiges d'édifices étrusques. Au retour, ils s'arrêtent dans une pizzeria.

        Visconti 

            "Sur la Piazza, nous tombâmes en plein milieu du chaos d'un tournage de film. Le prestigieux réalisateur Luchino Visconti tournait des scènes de "Sandra" avec Claudia Cardinale dans le rôle principal. Je restai planté là à observer le tournage que je trouvais passionnant. Je pensais à mon vieux rêve d'acteur et me voyais déjà jouer dans le film. Dans la soirée le vent se rafraîchit et j'eus froid dans mon tee-shirt à manches courtes, mais j'étais incapable de bouger, comme si on me retenait prisonnier. Comment aurais-je pu me douter que le destin avait déjà jeté les dès ?"

             

            Fasciné par le tournage, il n'a pas remarqué que Luchino Visconti n'a guère cessé de le regarder, et il est aussi déconcerté que surpris quand un des assistants lui apporta une magnifique écharpe grise en cachemire avec de longues franges. Lors d'une pause, Visconti lui adressa la parole et l'invita avec son ami à déjeuner pour le lendemain.

             

            " Durant le déjeuner copieux, le réalisateur ne me quitta pas d'une semelle et son comportement révélait une attirance extrême. En ce qui me concernait, la vanité flattée le disputait à la naïveté de la jeunesse. Ce fut finalement la peur de mes propres sentiments qui l'emporta. Ne voulant pas être un jouet pour Visconti, je pris la fuite non sans lui avoir laissé mes adresses à Pérouse et à Salzbourg...

             

            J'acceptais les cadeaux et les invitations de Visconti  qui suivirent en prenant garde de ne pas laisser mon cœur s'attendrir trop rapidement. Je voulais plus !Mes ambitions désormais étaient le cinéma ET l'amour. La tension monta. Le grand Italien de 32 ans mon aîné, me poursuivit pendant des semaines de ses faveurs. Mais j'étais bien conscient que je ne pouvais pas faire attendre Visconti éternellement. Il fut ma première vraie relation et je le lui dis de suite. Je lui avouai ma candeur timide et ma virginité en matière de relations homosexuelles, même si ce n'était pas tout à fait la vérité...Avec lui, je ne voulais pas être un coup d'une nuit. Nous devînmes un couple à l'automne 1964 et nous ne nous quittâmes plus jusqu'à sa mort , en 1976...

          Une écharpe en cachemire grise finement tissée à longues franges fut à l'origine de ma carrière mondiale et de l'amour éternel qui existe entre mon maître de génie et moi-même, son élève avide d'apprendre, son amant et sa muse en même temps. C'est un amour qui nous lie comme un cordon ombilical invisible au-delà de la mort de Luchino.

             

            Je dois au hasard, une des rares choses non expliquées de notre époque, le bonheur de mon existence."

 

          Tout ne fut pas aussi simple, même si Helmut tenait à avoir une relation durable, à Paris il ne tient pas en place, et la nuit ce sont des escapades nocturnes vers Saint-Germain-des-Prés. Difficile de s'habituer à une vie ordonnée, aristocratique et artistique. Helmut ne tombera totalement amoureux de Visconti que plus tard.

             

            " Ce fut alors moi qui me mis à le courtiser. L'éternel jeu de l'amour ....Moi , j'étais un gémeaux qui ne planifiait rien, n'aimait pas se fixer, et qui n'était mu que par ses désirs et ses rêves. J'étais totalement instable au plus profond de moi-même. Avec Luchino j'avais trouvé un équilibre. Son assurance devint la mienne et son amour me permit de m'aimer moi-même. Quand je pense à tout ce que je dois à Luchino...Avec lui j'ai vécu l'amour, l'adoration, la désinvolture, la peur, la discipline, les disputes, l'énergie, la force.

          Je n'aurais réussi avec personne d'autre. Son exigence de perfection me demandait tout. J'ai dû travailler énormément...( Eh! bien, fixer mes pensées entre les deux pages d'un livre est plus difficile que je ne l'imaginais !...)

Helmut avec foulard bleu

          Avant que Luchino me donne ma première grande chance au cinéma avec "Les damnés" en 1968, j'avais déjà , Dieu merci  eu une expérience avec la caméra. J'avais été choisi en 1967 pour jouer le premier rôle dans Le Portrait de Dorian Gray. Massimo Dellamano , le réalisateur avait vu des photos de moi."

          Helmut s'exprime librement sur sa bisexualité. Marisa Berenson voulait se marier avec lui ,mais voulant faire pression sur lui en jouant à le rendre jaloux, il mit à mal ses plus belles robes du soir en les découpant en lamelles avec des ciseaux ! Les reproches principaux qu'il fait aux femmes c'est de vouloir  se faire épouser et avoir des enfants .

             

            Avec Visconti , le succès de ses films, le monde s'ouvre à lui..." Voir toutes ces choses, être entouré de tant de gens connus  de toutes sortes me fascinait et me donnait l'impression d'être un Autrichien débarqué de sa province ."

 

          L'amitié de Romy Schneider est aussi très présente dans ce livre. "Nous nous ressemblions beaucoup et étions très proches...j'ai beaucoup de messages d'elle affichés aux murs de mon appartement. Elle me consolait comme un petit frère adoré quand je craignais un réalisateur intimidant...je l'ai tellement aimée. Quand Luchino  tomba gravement malade, elle fut tout de suite à mes côtés, me soutint  et m'aida de ses conseils. Bien qu'elle fut en plein tournage, elle rendit immédiatement visite à Luchino à la clinique..."

crepuscule-des-dieux-72-11-g

          Lors du tournage de Ludwig, il y eut des attentes interminables, les scènes étaient interrompues à cause des visites guidées des touristes qui passaient parfois dans les pièces où étaient les acteurs.

          " Lors d'une de ces pauses, à Linderhof, je m'étais assis, l'air impassible, sur un fauteuil en velours qui ressemblait à un trône. Parfaitement maquillé et les cheveux stylisés, nous gardions nos costumes historiques pendant des heures. Craignant la colère de Luchino qu'enrageait le moindre pli, je restai immobile sur mon trône au Linderhof...Je forçais même mes yeux à ne pas ciller. Ma volonté peut être implacable. La discipline prussienne ! Pendant ce temps les touristes- des Américains- admiraient les pièces seigneuriales. Soudain une vieille dame apparut dans mon champ de vision...D'un seul coup, elle tira la manche de mon costume, probablement parce qu'elle aimait le velours et voulait vérifier sa qualité. et là , incapable de me retenir plus longtemps, je roulai des yeux et hurlai "ouaf". La pauvre femme faillit s'évanouir, tellement elle eut peur."

             

            La mort de Visconti fut un choc terrible, une tragédie pour Helmut Berger qui  un an plus tard, le 17 mars 1977 voulus le suivre dans la mort.

             

            "Je croyais, j'espérais le retrouver dans son nouveau monde. Qu'est-ce que j'avais à faire ici sur terre sans lui ?"

             

            Après le décès de Visconti ,parmi ceux qui l'avaient encensés, il y en eut qui le dénigrèrent." Viscontien ,devint une insulte. Alors que les films de Visconti étaient déjà devenus des classiques...Cela me blessa au dernier degré, quand bien même je vécus  les années qui suivirent sa mort comme une cloche sans air. Sans Luchino, je n'étais que la moitié de moi-même...Toutes ses raisons expliquent aussi ma tentative de suicide et les pensées noires qui s'emparaient régulièrement de moi."

             

            A propos de son rôle en 2014 dans le film de Bertrand Bonello sur la vie d'Yves Saint Laurent , il dit :

helmut st laurent

          " Je suis allongé sur mon lit dans la peau d'Yves Saint Laurent âgé et je regarde un film de moi-même, du jeune Helmut Berger...mon jeu est le fruit d'une compréhension tacite entre Bertrand et moi. L'humeur fondamentale d'Yves correspondait absolument à la mienne. Je l'ai bien ressenti."

             

            "Je crois au destin. Il y a des cercles qui se ferment, des expériences et des lieux qui doivent revenir...Je n'ai pas peur de la mort. Mais je crois que quelque chose de nous reste quand nous mourrons.

            Comme le poète Novalis le formula jadis : Où allons-nous? Toujours chez nous ."

                                                                                     

                                                                                                    Hécate

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 16:38

l'homme qui s'aime de Robert Alexis

 

 

 

 

    

L'Homme qui s'aime

de

Robert Alexis

 

 

 

 

 

 

          Depuis son premier roman ( La Robe, éd. Corti, 2006), Robert Alexis explore dans ses livres les infinis du désir : "Nul espoir à celui qui se contente de ce qu'il est, ou de ce qu'il estime pouvoir désirer. La lumière vient de ce qui nous déchire, de ce qui est à l'opposé de ce que l'on estime être "soi" ".

 

          Début des années 1890, à Paris. Au cours d'une soirée mondaine, un jeune dandy fait une expérience qui le révèle à ses désirs les plus secrets. Décidé à rester fidèle à ce qu'il comprend alors de lui-même, il va entrer pleinement dans la vie."

 

          Dans La Robe chatoyait déjà l'incarnat des fantasmes, la transgression révélée par une obsédante parure défiant les interdits imposés à l'homme.

          Robert Alexis depuis ce premier roman n'a jamais cessé de sonder les profondeurs de l'être. Archéologue de l'intime, il fouille sans répit l'identité froissée toute entière dans l'étroitesse du corps.

 

          "L'homme qui s'aime " commence un soir d'été dans un de ces salons fin de siècle où l'on imagine entendre un orchestre jouant une valse languissante.

          "Mon amie se savait l'une des plus belles femmes de Paris et s'amusait, sans donner suite, de la cohorte de soupirants qui, où qu'elle allât, se battaient pour une danse ou une conversation privée. Nous n'avions tous les deux guère plus de vingt ans. Elle préférait, je dois le dire avec orgueil, ma présence à toute les autres... Je devais sans doute une telle faveur au fait que je ne me mêlais pas aux nombres des courtisans, que l'insoutenable beauté dont la nature m'avait gratifié (j'ose répéter un qualificatif fréquemment employé lorsqu'on me désignait) ne me donnait aucun droit à chercher auprès d'elle une préférence que tant de belles m'avaient accordée et que détail , qui s'expliquera par la suite, je montrais auprès de mon amie un peu de cette froideur dont les femmes raffolent, une réserve que je manifestais sans même y prêter attention."

 

          "M'étais-je déjà réellement vu ?

 

          Un miroir n'avait jamais été utile pour moi que pour arranger une coiffure ou le nœud d'une cravate. Je fuyais d'ordinaire le visage qui voulait s'y graver, ne retenant que ce qui lui était nécessaire à la toilette.

          Je craignais ce que les autres estimaient en moi comme si mon âme, saisie par une apparence qui la dépassait, avait couru quelque danger à se savoir ainsi parée de perfection."

 

          L'époque où se déroule la première partie de ce roman est celle où dans la littérature l'androgynie liée à la transgression bousculait le conformisme.

 

          "Aucun voile ne cache tant la chair que la beauté ; être beau c'est appartenir à un troisième sexe, impossible, intangible." ( Péladan .Lyon, 1859-Neuilly, 1918 )

 

          Dans son essai "Masculin singulier" Marylène Delbourg-Delphis écrit : " Aussi arrogant soit-il, le dandy ne laisse pas de sentir sa fragilité, sa solitude en face des normes- et son narcissisme se double toujours d'une inquiétude sur son identité...Ces miroirs qui racontent aux femmes qu'elles seront belles éternellement, regardent les hommes comme une menace."

 

          Entraîné à l'étage dans une chambre par la Comtesse maîtresse des lieux, le narrateur se voit placé et obligé de se regarder dans le haut miroir d'une chambre. Ce miroir sera le révélateur.

 

          "-Vous vous aimez c'est incontestable...Vous vous aimez furieusement, aveuglément... Vous cherchez chez les autres ce que vous ne pouvez trouver seul, la confirmation que vous êtes la seule figure aimable, le seul être capable d'embraser votre cœur, chose tellement impossible, n'est-ce pas ?... Vous êtes enfermé dans vos délicieuses limites... Les femmes, non vous ne les aimez pas. Vous n'en aimez qu'une et vous savez laquelle."

 

          "Le soleil se couchait à l'horizon de mon être et je savais qu'il ne reviendrait pas, qu'il n' y aurait plus d'aube lumineuse pour moi."

 

          Il ne s'agit pas de raconter ce roman, il s'agit de découvrir l'expérience du narrateur à travers les étapes de sa vie. L'élégance de l'écriture de Robert Alexis plonge dans les abîmes de l'être, descend dans les trivialités humaines, interroge l'univers aux confins du déséquilibre tout comme dans un de ses autres romans "Les figures".

 

          "On me dirigeait là où je savais qui j'allais rencontrer, car les rêves ont cela en commun avec la folie que le plaisir de les vivre ne tient pas à ce qu'ils révèlent mais au fait de leur absolue présence."

 

          "En dehors du projet que le rêve de soi adresse au monde, les choses demeurent étrangères, insondables, trompeuses dans l'existence qu'on leur accorde à défaut de se les approprier.

          Je parvenais à ce paradoxe : il n'est d'existence distincte de la nôtre que dans la négation de ce qu'elle pourrait être sans nous et, sans en être parfaitement conscients, nous manœuvrons des fils que nous savons être tendus par nos désirs."

 

          "Il n'est d'humanité qu'en marge du bon sens. Le bon sens nous aveugle, les connaissances nous égarent. Vous-même ne pourrez être que ce que vous devez-être qu'après avoir plongé dans l'excès où se tissent toutes choses."

 

          De Paris aux Pouilles, Naples, son volcan et ses quartiers infâmes, du 19ème siècle au 18ème siècle les pages  tournent..

 

          "Plus tard, toi aussi je te retrouverai. Rien ne disparaît. Le cœur peut aimer tant de gens, nos vies peuvent comprendre tant d'êtres ! Est-ce bien vrai ce que disaient mes songes ? Est-ce vrai que tu m'as bien aimée? Je me suis aimée aussi, plus que tout. En t'écrivant, j'adore cette main qui porte la plume. Un quart de tour sur le côté, je vois mon visage dans un miroir. Des ombres l'entourent que je crois reconnaître, qui me ramènent à moi. Vraiment, vraiment ! Qui d'autre que moi aurait pu me faire autant souffrir ?"

 

          La couverture de L'homme qui s'aime reproduit une œuvre de l'artiste néerlandaise Desiree Dolron extraite de la série Xteriors.

Editions Le Tripode.

 

A paraître le 4 septembre 2014 .

 

Œuvres de Robert Alexis:

La robe

La véranda

Flowerbone

Les Figures

U-Boot

Nora

Mammon

Les Contes d'Orsanne

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 19:20

Ederlezi cover

 

 

  

Ederlezi

de

Velibor Čolić  

Comédie pessimiste 

                        

Ederlezi retrace l'histoire, à travers le XXe siècle, d'un fameux orchestre tzigane composé de musiciens virtuoses, buveurs, conteurs invétérés, séducteurs et bagarreurs incorrigibles. Ils colportent leurs blagues paillardes, leurs aphorismes douteux et leurs chansons lacrymogènes de village en village. L'orchestre sombrera dans les grands remous de l'histoire : englouti en 1943 dans un des camps d'extermination où périrent des milliers d'autres Tziganes, il renaîtra pour être de nouveau broyé par la guerre d'ex-Yougoslavie en 1993. Chaque fois, le meneur de l'orchestre, Azlan, semble se réincarner. On le retrouve finalement dans la «Jungle» de Calais en 2009, parmi les sans-papiers et les traîne-misère qui cherchent un destin aux franges de la modernité.
Le roman de Velibor Čolić restitue merveilleusement la folie de la musique tzigane, nourrie de mélopées yiddish, de sevdah bosniaque, de fanfares serbes ou autrichiennes, une musique et une écriture pleines d'insolence, au charme sinueux et imprévisible. Les réincarnations successives d'Azlan font vivre avec bonheur la figure du Rom errant éternellement, porté par un vent de musique et d'alcool, chargé des douleurs et des joies d'un peuple comparable à nul autre.

 

            Avant d'aborder la rentrée littéraire, je voulais écrire cette petite chronique sur un livre dont le thème est cher à mon cœur, où la satire est émouvante, où  tragédie et  sourire se mêlent avec les larmes, parce que la musique tzigane touche mon âme et que j'écoute souvent ce chant Ederlezi. J'ai vu presque tous les films de Tony Gatlif, et celui d'Aleksandar Petrović tourné en six mois "J'ai même rencontré des tziganes heureux " et présenté à Cannes en 1966. ( Il est cité dans ce livre ! ...)

 

          "Ederlezi : fête de la Saint-Georges ( le 6 mai) , où le peuple tzigane célèbre l'arrivée du printemps. Le nom Ederlezi vient du turc Hidirellez, célébration du début du printemps qui avaient lieu environ quarante jours après l'équinoxe. Les Slaves des Balkans y ont ajouté une dimension chrétienne avec la fête de la Saint-Georges."

 

          D'abord l'épigraphe : " Ne succombez jamais au désespoir, il ne tient pas ses promesses." ( Stanislaw Jerzy Lec )

 

Et puis, le préambule :

          "...je m'appelle Azlan Baïramovitch et je suis mort ce matin. Hier encore j'étais un homme, un Rom et un parrain, mari, oncle et frère - maintenant je suis juste un corps, long et froid, avec quelques taches gris cendre sur mon visage. Hier encore j'étais chanteur, arnaqueur, ange noir, maître du couteau et bourlingueur, aujourd'hui je me trouve sur une table en métal, déposé quelque part dans un hôpital à Calais.

...La mort m'a entièrement transformé en un beau costume à l'ancienne, mon bel habit aux rayures fines et bleues, ma chemise rouge à jabot...la mort cette dame brune, ne sait pas encore qui je suis, qui j'étais avant dans la vraie vie. Mais bon, maintenant, plus rien n'a aucune  d'importance...

 

          Et nous sur scène , brillants, jeunes et forts...Et nous, les ivrognes et les métèques, nous jouons la musique à la tzigane...Les plus belles mélodies, drôles et tristes à la fois...Où est parti, sur quelle route erre mon peuple? Qui a effacé mon pays ? Où ont disparu toutes mes berceuses et mes rêves? Rien, plus rien...

...toute ma vie j'ai voyagé. L'Europe de l'est et à l'ouest, New Delhi et Paris, Berlin coupé en deux et les moroses fêtes des petites villes de province. J'ai prescrit l'ordonnance pour soigner l'âme et j'ai inventé le son du silence à l'heure du Diable.

 

...Tant de fois j'étais un valet ivre, voleur de poule et mangeur de feu que j'oubliais que j'étais un homme. Tant de fois on m'a craché à la figure que je n'avais plus besoin d'aller me baigner dans le Gange. J'étais l'autre pour tout le monde y compris pour mon peuple. J'étais trop blond pour un tzigane et trop basané pour être un gadjo...

 

...je ne peux plus, je m'arrête là. Aucune âme, mes amis , ne peut résister à tant de tristesse. Nul homme ne peut survivre à tant de haine, tant de froid et de supplices. Aucun ne vous ne sait rien sur la froideur d'un casque allemand sous la demi-lune en Croatie, le museau d'un loup en Bulgarie ou d'un couteau qui déchire la peau...

 

          Longtemps j'ai cherché l'accord idéal et la mélodie, la chanson vraie et les spirales du temps. Jusqu'à mon dernier souffle j'ai cherché la note parfaite, j'ai rêvé chaque ton et chaque intervalle, tout en sachant que la plus belle musique est toujours épurée et simple. De mon vivant, j'étais de partout et de nulle part, j'étais tout le monde mais aussi personne.

 

          Compteur et conteur, poète et chanteur. J'étais celui qui porte le violon sur son épaule ; celui qui rendait vos rêves possibles. J'étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître. J'ai fait mille fois l'amour et jamais la guerre.

 

          Une chose est sûre :mon nom est Azlan Tchorelo, Azlan Bahtalo et Azlan Chavoro Baïramovitch et je suis mort ce matin.

 

          Voici mon histoire."

 velibor colic

 

 

 

 Velibor Čolić est né en 1964 en Bosnie. réfugié en France en 1992, il vit aujourd'hui en Bretagne.

 

 

   

 

 

 


 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 16:55

cover Galveston

   

Galveston

de

Nic Pizzolatto

 

 

          1987, La Nouvelle-Orléans. Les temps sont durs pour les petits gangsters comme Roy Cady. Non seulement il apprend que ses poumons sont troués par un cancer, mais son boss l'envoie tout droit dans un traquenard. Il n'a plus qu'un horizon : la cavale. En compagnie d'une jeune prostituée écorchée par la vie, il fuit les représailles sur les routes brûlantes du golfe du Mexique, là où chaque heure conquise porte le goût de la poussière et du sang...

 

   

 

 

 

          A quoi tient la fascination d'une histoire, à la meurtrissure des personnages, à la beauté poisseuse de son ambiance, aux paysages traversés, au quotidien d'un avenir déjà perdu pour Roy qui semble murmurer pour lui-même dans les pages de ce roman où l'émotion affleure au détour d'une phrase, de mots simples qui en disent long sur quelques êtres égarés au cœur  de l'Amérique des déshérités ?...

 

          Plus que narrer le déroulement des événements, je préfère citer quelques extraits de ce singulier roman qui par sa tonalité particulière et sa finesse intimiste laisse entrevoir la trame des pensées qui surgissent quand les souvenirs  viennent hanter naturellement comme une impossible consolation.

 

          "Un médecin a pris des photos de mes poumons. Ils étaient plein de rafales de neige.

Quand je suis sorti du cabinet, les gens dans la salle d'attente ont tous parus soulagés de ne pas être à ma place. Il y a des trucs qu'on peut lire sur les visages.

 

          J'ai essayé de concevoir ce que signifierait ne pas exister, mais, je n'avais pas l'imagination nécessaire.

          J'avais la même sensation d'étouffer, d'être sans espoir, que lorsque j'avais douze ou treize ans et que je regardais les longs champs de coton... L'idée atroce de l'infini dans le travail. Cette sensation de ne jamais pouvoir gagner.

 

          J'ai pensé à la maison de Sienkciewcz, aux hommes dans l'entrée, au crâne d'Angelo - mais surtout à la vitesse avec laquelle j'avais réagi, à la fluidité sans faille de mes pensées et de mes gestes. Comme si la certitude de la mort avait brûlé tout le superflu, m'avait rendu plus rapide et plus pur - ce qu'elle faisait pour les cow-boys et les bretteurs dans les films que je préférais.

 

          Comme le plus pur des assassins, j'étais déjà mort.

 

          Je me souviens qu'un de mes potes m'a dit un jour que chaque femme qu'on aime est à la fois une mère et une sœur qu'on n'a pas eues; et que ce que nous cherchons toujours, en réalité, c'est notre côté féminin, l'animal femelle en nous ou un truc comme ça. Ce garçon-là pouvait dire ce genre de chose parce que non seulement c'était un junkie, mais qu'en plus il lisait des livres.

 

          J'ai lu un écrivain qui prétendait que les histoires nous sauvent, mais, évidemment, c'est de la bêtise. Elles ne nous sauvent pas.

          Les histoires, pourtant, sauvent quelque chose.

          Et elles m'ont permis de tuer pas mal de temps au cours des vingt dernières années. Passées, pour plus de la moitié, en prison.

 

Quant à la leçon de l'histoire, je crois que c'est la suivante = jusqu'à notre mort, on est fondamentalement dans l'inauthenticité.

          Mais je suis encore en vie.

 

          Il y a des expériences auxquelles on ne peut survivre ; après elles, on n'existe plus entièrement, même si on n'a pas réussi à mourir. Tout ce qui s'est passé en mai 1987 ne cessera jamais de s'être produit, sauf qu'on est maintenant vingt ans plus tard et que tout s'est déroulé à ce moment-là n'est qu'une histoire. En 2008, je promène ma chienne sur la plage. Ou plutôt j'essaye. Je ne peux pas marcher vite, ni bien.

 

          Quelle année impossible.

 

          L'aube met le feu au brouillard tandis que les cris des oiseaux et la plainte profonde des sirènes des bateaux mobilisent le monde. En septembre, au milieu de la saison des ouragans, les ciels ne sont plus que des rouleaux de plomb qui ressemblent à du sucre filé.

 

          Mon pied gauche se tord vers l'extérieur comme s'il essayait de me quitter... Le bandeau que j'ai sur l'œil gauche me donne une vague ressemblance avec les pirates qui ont jadis régné sur cette côte.

 

          Quand je lisais, je me plongeais tellement dans les mots et ce qu'ils disaient que je ne sentais plus le temps passer comme d'habitude. J'étais étonné d'apprendre qu'existait une liberté qui n'était constituée que de mots.

 

          Tous les soirs, quand je me couchais, j'attendais que le cancer s'étende, mais il restait là sans évoluer, il prenait son temps. J'ai passé presque douze ans comme ça.

 

          Le sable de Gavelston est gros et gris, parsemé de particules oranges et jaunes, et, tôt le matin, les plages sont en général désertes... Quand on marche le matin sur ces plages brumeuses, dans un air épaissi par le sel et par les choses en décomposition, on a l'impression que ces lieux soignent encore la gueule de bois que leur a laissé toute leur histoire."

 

          Quand on a achevé de lire ce roman, on y repense, on revient quelques pages en arrière, rien que pour la délectation délicieusement amère du plaisir d'une émotion à peine perçue, on est toujours plus ou moins en décalage avec nos émotions, que ce soient celles d'un livre, d'un film ou de notre propre vie. Il y a le présent, mais il y a avant, et on y revient quand tout va bien ou ne va plus aussi bien... C'est peut-être la nostalgie, à moins que ce ne soit l'illusion d'une espérance... Il y aurait tant à dire encore sur ce livre profondément bouleversant. Il y a du sang, de la sueur, des larmes, de la pudeur... Mais cela suffit bien ainsi... Il faut le lire, ce sera ma conclusion.

                                                                                                                 Hécate

 nic pizzolatto

           

            Nic Pizzolatto est le scénariste et auteur de "True  Detective" chez HBO. C'est un peu son second roman . Le véritable sujet  de cette série envoûtante tournée en Louisiane est une intrigue narrée par deux collègues policiers : "Nous vivons et nous mourrons par les histoires que nous racontons." a dit Nic Pizzolatto.

"Gavelston" aux éditions Belfond a été récompensé en France par le prix du premier roman étranger en 2011. Il est disponible en collection  de poche 10/18 depuis décembre 2013.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 13:39

Lily de Daniel ArsandLily

de

Daniel Arsand

 

 

          « Épouse et mère, voyageuse parfois, extravagante à ses heures, maman mourut à la clinique Bonvallet, le corps depuis trop longtemps harassé de maux. La pauvre chose qu’elle était rendit l’âme en me parlant de l’amour. Ce lieu où vous êtes raconte une existence tour à tour insignifiante et magnifique, qui couvrit plus de sept décennies de notre siècle. » C’est ainsi que Simon, fils unique de la défunte, inaugure un musée dédié à la mémoire de sa mère. Il sera le propriétaire et le guide des lieux, le gardien des mystères d’une famille qui, de génération en génération, répète les mêmes maux. Témoin d’un siècle frappé du sceau de l’intranquillité, ce fils évoque un univers marqué par les passions, les exils et la Première Guerre mondiale.

 

          Lily est le troisième roman de Daniel Arsand qui reparaît aux Editions Libretto cette année.

 

          "On l'avait accueillie comme un don du ciel, elle se comportait en personne à peine tolérée...Insensiblement se forgeait en elle la certitude que sa seule personne avait le pouvoir de briser l'ordre des choses, d'enclencher des désastres, comme elle se persuadait que même en terre promise elle se sentirait toujours en exil. Lily forgeait là une des assises de sa personnalité future : sous une apparence de grande humilité ,la certitude d'être un être différent du lot - et le pas est facile à sauter, qui vous fait ressentir cette différence tantôt comme une infirmité, tantôt comme une suprématie...Et lorsqu'elle acquit enfin un semblant d'assurance, on aurait dit que l'anxiété avait  cautérisé ses plaies intimes ou que son désespoir la ravageait désormais en douceur."

 

          "Un talent singulier de prosateur baroque, comme on en croise rarement dans les allées bien peignées du roman à la française."  Bernard Le Saux / Le Figaro.

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:18

hecate bigHécate

de

Frédéric Jaccaud

 

          «Le fait divers déverse, divertit, met en branle l’imagination mauvaise de tout un chacun. Sa nécessité ne fait pourtant aucun doute, parce qu’il agite les sentiments de pitié et de mépris sans aucune implication morale ; on ne ressent aucun remords en s’y projetant. Il commence et se termine dans l’impersonnel. Les acteurs de ces petites pièces décadentes n’incarnent personne en particulier ; ils évoluent à l’état brut de caractères théâtraux.»

          Le 2 février 2010, Sacha X., médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s’arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l’obscène : comprendre l’histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie.

 

 

          Frédéric Jaccaud a dédié son roman à Paul Morand l'auteur de Hécate et ses chiens.

          Evidemment ! Deuxième élément irrésistible. Je ne pouvais pas  passer devant le présentoir sans être accrochée par ce titre flamboyant ! Je savais déjà que j'allais l'emporter ; quelques lignes parcourues rapidement, l'intuition que je tiens là un texte puissant écrit avec maîtrise et talent.

 

          C'est un roman noir. Un roman dévorant. Un polar très noir qui va au-delà du sordide fait divers et qui est une descende dans l'origine de l'obscène et de la violence, de la limite entre la raison et la folie.

 

          " Un excès d'informations, un excès de réalité rendrait fou n'importe qui..."

 

          Somptueusement écrit, un roman qui par-delà l'intolérable touche la conscience de la transgression.

 

          "D'une certaine manière, l'ignorance est plus obscène que la démonstration de l'ordure."

 

          Un homme s'est fait bouffer par ses chiens. Un godemiché attaché autour de la taille.

 

          "Il ne s'agit pas ici d'un homme assassiné, d'un homme torturé, mais d'un corps meurtri par des dents et des griffes, un cadavre primal, premier, non pas mangé, mais déchiqueté, tel qu'on pourrait en rencontrer dans les forêts obscures de cette humanité qui tremblait en entendant hurler les loups, grogner les meutes affamées des chiens, effrayée de pouvoir être pourchassée."

 

          "La présence du cadavre rappelle la nécessaire carnation de l'âme, sa fragilité."

 

          Un carnage intolérable...Une descente dans l'origine de l'obscène, de la souffrance...Une petite fille pleure de désespoir...

 

          "Ne regarde pas...C'est trop loin pour toi ."

 

          Par-delà les trames incompréhensibles des lumières qui tapissent le drap nocturne...la petite fille voit "cette lune rouge qui n'a pas de nom mais que les Anciens surnommaient Hécate."

 

          Dans la pièce où est retrouvé le corps déchiqueté de Sacha X, un tableau de William Blake : Hécate ou La Nuit de joie d'Enitharmon.

William Blake Hécate

          "Hécate ou les trois destins, surveille le Tartare région infernale où se terrent les plus grands criminels de la mythologie. Deux femmes tournent la tête et se cachent, la troisième se tient à côté d'un livre ouvert, c'est celle qui sait alors que les autres se voilent la face. Elle est brune, cheveux de nuit, les deux autres blondes, cheveux de jour."

 

          Hécate, déesse de la lune rouge et des chiens errants est la force virile dans les mains de la femme.

 

          Les chiens n'étaient pas dans le tableau de Blake...Ils étaient dans la chambre du médecin Sacha X.

          Mais pour Anton toute l'histoire de Sacha X est contenue dans le carnage de son corps. C'est une mise en scène qui raconte une histoire oubliée. La mémoire du corps est terrible. Elle n'oublie rien des sévices. Elle dévore la raison et la chair...

 

          "On pense  ne jamais oublier tout à fait un fait divers et pourtant le lendemain déjà, il a disparu des mémoires...Les questions disparaissent au moment où l'on referme les pages du journal."

 

          Anton n'a pas pu oublier ce qu'il a vu. Ni les vidéos des scènes ultimes visionnées ensuite. Il cherche un sens à toute cette tragique horreur.

          La grande force du livre ( qui se dévore en une soirée) est dans la réflexion qui habite les pages.

 

          "Dans un grain de sable voir un monde." ( William Blake )

 

          Et cette petite fille qui pleurait et, qui devenue femme a quitté le territoire d'Europe de l'Est  de son enfance " on ne vit pas sur un territoire, on subsiste entre deux eaux...lieu de nulle part qui offre un cadre parfait pour y concevoir un conte inversé noir, un terreau suffisamment boueux pour y planter une graine de souffrance" a-t-elle réussi à oublier ses affreuses terreurs ?...

 

frederic-jaccaudHécate.

 

 

Né en 1977, Frédéric Jaccaud est l'auteur de deux romans noirs, Monstre (une enfance) et La nuit. Avec Hécate, il continue d'explorer la cruauté tapie derrière les mots.

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 16:24

VS Zsuzsa Rakovszky

 

 

 

  

 

VS

de

Zsuzsa Rakovszky

 

          1889, prison de Klagenfurt, Autriche-Hongrie. Un Hongrois, Sándor Vay, inculpé pour escroquerie, se retrouve dans une cellule pour femmes : une fois ses habits retirés, cet écrivain talentueux, grand séducteur et voyageur, s'avère être une femme... VS est basé sur la vie de la comtesse hongroise Sarolta Vay (1859-1918), qui vécut en homme, mena une carrière littéraire et consomma deux mariages avant que le scandale éclate.
       Nourri des journaux de prison de Vay, de son autobiographie, de ses poèmes et de ses lettres d'amour adressées depuis sa cellule à la femme de sa vie, ce roman retrace un parcours hors du commun dans le cadre haut en couleur de la monarchie austro-hongroise en déclin. V S se défendra, opposant l'identité à laquelle il se sent appartenir à celle que l'on voudrait lui imposer de force. Ce roman profond et marquant qui pose la question de la construction de l'être face à la "normalité", révèle l'une des plus importantes romancières hongroises, traduite ici pour la première fois en français.

 

          Une écriture intense et fiévreuse qui semble être celle-là même qui fût celle de Sándor Vay, un être hors du commun dès l'enfance, doté d'une nature aussi tourmentée que passionnée. Un roman qui est le roman d'une vie bouleversée et bouleversante.

 

          "Ma chère, mon unique !

        Je sais que je ne te reverrai plus-oui, je sais avec ma raison qu'il en est ainsi, mais mon cœur n'a jamais accepté cette vérité et ne l'acceptera jamais- et pourtant, quand viendra le moment où je devrai lâcher ce dernier fétu de paille auquel je m'agrippe de toutes mes forces, ballotté sur la mer du désespoir, je sais alors que mon cœur torturé s'arrêtera de battre dans ma poitrine, tel un mécanisme sans âme, si toute ma joie de vivre - Toi ! Toi ! m'est ôtée pour toujours ?

       ...Un jour, alors que nous nous connaissions depuis peu, tu m'avais dit que tu aimais tant le conte Les Cygnes sauvages quand tu étais petite. T'en souviens-tu? Cette nouvelle preuve de parenté d'esprit m'avait alors littéralement foudroyé, car moi aussi j'aimais ce conte autrefois - je m'étais si souvent vu à la place des pauvres princes ensorcelés, me demandant ce qu'ils avaient pu éprouver en se voyant pour la première fois sous la forme d'un oiseau, quand ils avaient vu pour la première fois dans le miroir du lac des yeux ronds d'oiseau et non des yeux humains, qu'ils avaient poussé un cri rauque de désespoir et que de leur gorge était sorti un cri rauque d'animal et non d'humain!..."

 

          Séparé de celle qu'il aime, Sándor Vay dans sa cellule a obtenu plume et papier et, dans l'attente de l'issue de son jugement il écrit lettres, poèmes et aussi le récit de sa vie à la demande du DR Birnbacher en vue d'une expertise pour le tribunal impérial et royal de Flagenfurt.

 

   Vay Sandor       "L'accusée va sur ses trente ans, elle est de petite taille (environ 1m.50). Les traits du visage sont fins, son regard est vif et méfiant, elle porte les cheveux coupés courts, lors de son arrestation elle était vêtue d'une chemise d'homme, d'un pantalon et d'un manteau. Ses mouvements sont rapides et sans grâce, dépourvus de la douceur caractéristique des gestes féminins.

- Je n'ai trompé ni induit en erreur personne! Surtout pas ma chère...Melle Engelhardt et sa famille! Depuis le premier instant, mes sentiments étaient les plus sincères qui fussent...et même maintenant, ils demeurent inchangés à son endroit, et je ne comprends pas pourquoi...

- Oui, sauf que vous êtes habillée en homme et vous efforcez d'apparaître en tant qu'homme en toutes circonstances. Pourquoi faites-vous cela si vous ne voulez induire personne en erreur?

- Pourquoi ? Parce que je suis un homme et que je veux l'être! Nul ne saurait me l'interdire! Je veux signifier à travers ma tenue qui je suis et pour qui j'entends qu'on me prenne!"

 

          Dans les souvenirs de son enfance qui sont remis au DR Birnbacher étonné de l'épaisse liasse, on apprend que pour éviter d'être incorporé l'âge venu, dans l'armée du gouvernement honni de Vienne, que ce fût sous le nom de Sarolta que portait la sœur  jumelle de S.Vay décédée prématurément, nom qui a été enregistré à l'état civil par le père de l'enfant.

 

          D'une intelligence et d'une imagination vive qu'enflammait la lecture de Jókai , Heine, Byron, Walter Scott, S.Vay aimait par-dessus tout la poésie.

          "Seule la poésie exprimait les sentiments ineffables et insaisissables qui troublaient mon cœur durant mon adolescence."

 

          Les déchirements commencèrent lors d'une confrontation avec la grand-mère de S.Vay qui ne comprit guère son refus de porter une jolie robe.

- Nous ferons de toi une jeune fille  très convenable.

- Il n'en est pas question! rétorquai-je avec passion. Donnez-moi à manger : vous m'avez promis de me donner à manger si je revêtais ce déguisement. Le reste ne m'intéresse pas.

- Pourquoi un déguisement ? Une jolie robe à la mode : toute autre fille serait heureuse de l'avoir ?

- Sauf que je ne suis pas une fille! déclarai-je d'une voix farouche.

Forcé par l'aïeule à se regarder dans un miroir, S.Vay dans un état de colère désespérée ouvrit les yeux.

 

          "Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais ce que je vis dépassa mes pires appréhensions. Une personne inconnue, pâle, menue, aux traits fins, plus laide que belle se tenait devant moi et me regardait, et je sentais que chacune de ses fibres m'était étrangère. D'ailleurs elle ne me ressemblait même pas, ou plutôt, elle ne me rappelait point l'être qui était moi dans mes rêves...Je levai le poing et l'abattis de toutes mes forces sur le miroir. La glace se fendit en toile d'araignée - durant un moment rien ne bougea  puis les tessons de verre tombèrent sans bruit sur l'épais tapis tandis que le sang jaillissait de ma main."

 

          Ce sera alors ce qui décida que S.Vay soit placée dans un pensionnat de jeunes filles.

 

          "...je savais désormais avec une certitude indéniable que ma grand-mère avait commis une faute monstrueuse à mon encontre en me forçant à revêtir des habits de fille et en m'enfermant dans un institut de jeunes filles : en effet, comment pouvais-je être une jeune fille, puisque je ressentais un désir aussi fort, aussi impérieux? Car je n'étais pas celle qui est désirée, j'étais celui qui désire! Celui qui se prépare à ravir l'objet de son désir et non celle qui est ravie - comment dès lors pouvais-je être une fille ?"

 

                    "J'erre parmi les arbres comme un revenant,

                    Cherchant la trace des chers instants révolus.

                    Derrière les rideaux, dans les appartements,

                    La vie continue sans moi, je suis superflu.

 

                    Le feu dans l'âtre répand  lumière et chaleur,

                    Se reflétant sur les visages assoupis.

                    Allons, vivez heureux, goûtez votre bonheur!

                    J'ai toujours été un étranger dans vos vies.

 

                    Le firmament rougeoie au-dessus du sommet,

                    Mais sur l'autre rive, le ciel est déjà noir.

                    Qui étais-je? Rien que l'être qui t'a aimée.

                    Et tout le reste n'était qu'un jeu de miroirs..."

 

Hécate.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 20:56

youngdylan

 

 

 

 

  Dylan Thomas

(1914 - 1953)

 

 

 

 

 

"Dylan Thomas était un clown merveilleux et un merveilleux poète."

(Lawrence Durrel)

 

 

 

 

 

 

 

 

Moi, le premier né

je suis le fantôme de cet

ami anonyme, sans prénom

qui écrit les mots que j'écris

dans une chambre tranquille,

dans une maison imbibée d'envoûtements.

 

Je suis le fantôme de cette maison

remplie des langues et des yeux

d'un fantôme sans tête

que je crains pour toujours

jusqu'à la fin anonyme.

 

          "J'ai voulu écrire de la poésie parce que j'étais tombé amoureux des mots. Les premiers poèmes que j'ai connus, avant de savoir lire, étaient des comptines, j'ai aimé leurs mots, leurs mots seuls. Ce que les mots représentaient, voulaient dire ou symbolisaient, n'avait qu'une importance secondaire. Ce qui importait c'était leur son, tel que je l'entendais la première fois sur les lèvres de lointains adultes incompréhensibles...C'était le temps de l'innocence, les mots me sautaient à la figure...Les mots jaillissaient à la source, humides de la rosée de l'Eden, en giclant dans l'air...J'aimais la forme et l'ombre et la taille des mots qui fredonnaient, pianotaient, dansaient la gigue, galopaient."

 

          On dit que l'œuvre de Dylan Thomas est l'une des aventures les plus singulières de la poésie anglaise, l'une des plus fertiles interrogations de l'aventure singulière d'exister.

  dylan house swansea maison natale

          Né le 27 octobre 1914, il remplace le premier enfant mort et son père le prénomme Dylan comme le Prince des Ténèbres du Mabinogion. C'est un enfant précoce fasciné par les mots et les images poétiques. C'est toute l'ivresse de son monde intérieur que cet Orphée gallois ne cessera de nous offrir !

 

          "Le monde que Dylan Thomas reconstruit pour nous, c'est celui que nous avons déserté peu après notre entrée dans l'humaine condition...Il nous parle de ce vertige fondamental que nous portons tous au fond de nous : c'est le manque de l'Autre qui nous constitue." (Alain Suied)

 

Qui

Es-tu, toi

Qui nais dans

La chambre à côté

Si fort près de la mienne

Que je peux entendre la matrice

S'ouvrir et l'obscur soudain courir

Au-dessus du fantôme et de l'enfant délivré

Derrière le mur aussi fin qu'un os de roitelet ?...

 

          Il n'a pas encore seize ans et il écrit des poèmes qu'il récite en se promenant quand vient le crépuscule :

 

Mon âme est façonnée

sur des modes intra-charnels :

secrètes et passionnées

jaillissent mes pensées

du puits de furtives luxure

ivres des ruines de l'Enfer.

 

          "Si je regardais dans une vitrine l'image reflétée de la rue, je voyais un gamin coiffé d'une casquette écarlate avec de grosses galoches aux pieds déambuler au milieu de la chaussée et je me demandais qui c'était."

 

Lorsque, répandues au fond de la tombe,

mes cendres seront

poussière et muette provocation

d'étoile menaçante...

 

          "Je déclamais. Un jeune couple, bras dessus bras dessous apparut soudain entre les maisons , sortant d'une ruelle en arrière de la rue. Je cessai de déclamer et fredonnai un air en les croisant. Ils devaient ricaner stupidement tous deux, serrés l'un contre l'autre, abjects. Va donc, cheveux à l'artiste, loufoque, lope ! Je poussai un vigoureux coup de sifflet, cognai du pied dans une porte...

          Et voici Warmley, la maison de Dan où j'entends un grand tapage de musique. il était compositeur et aussi poète ; à l'âge de douze ans il avait écrit sept romans historiques et il jouait du piano et du violon...Il me montre ses livres et ses sept romans. Dans ces derniers il n'étaient question que de batailles, de sièges et de rois." Des œuvres de jeunesse, sans plus " précise-t-il. Il me permit de sortir son violon et de le faire miauler...

          Je lui lu tout un cahier de poèmes. Il écoutait d'un air grave, comme un gamin centenaire, la tête inclinée de côté et ses lunettes tremblotaient sur son nez tuméfié." Celui-ci s'appelle Perversion, annonçai-je..." ("Jeux de mains " extrait de Portrait de l'artiste en jeune chien.)

 

          "Toutes les biographies sont absurdes. Avec la mienne on pourrait faire rire un chat."

 

          Il a dix sept ans, il a quitté l'école et fait du journalisme, il correspond avec une jeune poétesse londonienne et se décrit ainsi :

 

" Taille : un mètre soixante-quinze. ( environ ).

Poids : quarante-cinq kilos.( environ ).

Cheveux : d'un brun de rat.

Yeux : grands, bruns et vert ( comme si l'un était brun et l'autre vert, les couleurs sont mêlées).

Signes particuliers : trois grains de beauté sur la joue droite, une cicatrice au bras, une autre à la cheville qu'on ne voit pas car je porte généralement des chaussettes.

Sexe : masculin, je pense.

Voix : de baryton, il me semble, mais elle monte parfois jusqu'au ténor et descend parfois vers la basse. Sauf dans les moments d'hilarité, je crois que je parle sans accent."

 

          Son ami, le poète Vernon Watkins dit qu'il est beau comme un ange avec un visage de chérubin ; Pamela Johnson dit : "Il était petit et très frêle. Sous son imperméable aux larges poches, dont l'une contenait une flasque de brandy et l'autre une masse informe de poèmes et d'histoires, il portait un col roulé gris et un pantalon qui paraissait trop grand pour lui. Il avait le corps d'un enfant de quatorze ans, une tête remarquablement grosse, mais couverte d'une toison d'or mat dont les mèches et les boucles se séparaient à partir d'une raie médiane."

 

Insouciant sous les pommiers en fleurs

Jadis, Je fus un enfant

Auprès de la maison joyeuse

Heureux car l'herbe était verte

Et la nuit recouvrait le vallon étoilé...

Ô temps, laisse-moi regrimper pour saluer toutes choses

Et recouvrer, glorieux, l'âge d'or de mon regard

Quand les charriots étaient carrosses

Et les pommeraies ville dont j'étais prince

Et que jadis, avant le commencement du temps,

Je gouvernais les arbres et les feuilles

Et suivais, dans les rivières de la clarté,

Le sillage des épis et des marguerites."

 

      cover en jeune chien    "J'étais un noctambule solitaire et un habitué des coins de rue. J'aimais errer après minuit dans la ville, sous la pluie, quand les rues étaient désertes et les lumières éteintes aux fenêtres, seul être vivant sur les rails luisants du tram dans la Grande-Rue morte et vide sous la lune, une tristesse gigantesque dans l'âme, longeant les chaussées humides près de la spectrale chapelle d' Eben - Ezer. Et jamais  je ne me sentais plus profondément intégré dans ce monde lointain et écrasant ou débordant d'amour, d'arrogance, de pitié et d'humilité, non seulement pour moi, mais pour les créatures de cette terre où mes tourments étaient sans fin et pour les astres impassibles des sphères célestes, Mars, Vénus, Brazell, Skully, les habitants de Chine, saint Thomas, les femmes hautaines et les femmes faciles, les soldats, les marlous, les agents de police, les rats soupçonneux des librairies d'occasion, les putains en guenilles qui vous donnaient la secousse contre le mur du musée pour une tasse de thé et les femmes distinguées et inabordables dont la silhouette se découpait sur sept pieds de haut dans les journaux de mode et qui défilaient lentement dans leurs fourreaux glacés parmi le verre, l'acier et le velours..." (extrait de Portrait de l'artiste en jeune chien)

 

En novembre 1936, il écrit à Caitlin MacNamara qui sera la femme de sa vie :

          "Je ne veux pas te voir un seul jour (même si je vendrais mes doigts de pieds pour te voir dès maintenant, mon amour, pour une seule minute et une seule petite grimace : un jour- c'est la durée de vie d'un moustique : je te veux pour la durée d'une vie d'un grand animal fou, un éléphant par exemple...) Je t'aime tant qu'il ne me sera jamais possible de te l'exprimer entièrement ; je suis effrayé d'avoir à te le révéler...Les refrains des chansons sont toujours exacts :"je t'aime corps et âme" ; et je suppose que "corps" signifie que je veux te toucher, être avec toi dans un lit, et je suppose que "âme" signifie que je peux t'entendre et te voir et t'aimer dans toute chose dans notre monde, que je sois endormi ou éveillé."

Dylan Thomas and Caitlin Thomas

          En juillet 1937 Dylan Thomas épouse Caitlin de la flamboyante famille des MacNamara, célèbre dans le comté de Clare en Irlande ; ils auront trois enfants. Mais l'angoisse du monde revient dans l'angoisse du couple merveilleusement non préparés , au niveau social et domestique aux rigueurs conjugales. Caitlin est danseuse, Dylan hante les pubs. Le chérubin est devenu le chien parmi les fées.

 

          "Dans un poème, la part magique est toujours accidentelle." Faire l'acteur, faire le bouffon... cover visions

 

Ni pour le prétentieux, ignorant

la lune qui fait rage, j'écris

sur ces pages mouillées d'embruns,

ni pour les morts trop hauts

avec leurs rossignols et leurs psaumes

mais pour les amants, leurs bras

enlaçant les chagrins du Temps

qui n'accordent ni attention, ni salaire

ni éloge à mon métier, mon art morose.

 

          Dylan Thomas ivre de mots, ivre de paradis réinventés, d'innocence à jamais perdue se regarde sous les masques dont il joue jusqu'à la dérision, lucide et titubant dans les flammes de l'éthylisme." - Pourquoi buvez-vous ? - Parce que c'est ce qu'on attend de moi."

Sa poésie puissante, fougueuse, lyrique et romantique murmure, chuchote, s'envole et crie !

 

O puisse la vérité de mon cœur

           Se chanter  Toujours

Sur cette colline où tournent les Saisons !

 

N'étant que des hommes, nous marchons dans les arbres

Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur

De peur d'éveiller les freux,

De peur d'arriver

sans bruit dans un monde d'ailes et de cris.

 

Enfants nous nous serions penchés

Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,

Et après une douce ascension,

Elevant nos têtes au-dessus des branches

Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

  dylan thomas grave

          En 1953 au cours de sa tournée promotionnelle à New-York, il perd connaissance après avoir trop bu.  Dylan Thomas meurt au St Vincent Hôpital , d' une pneumonie et d'une faiblesse du foie. "Après 39 ans, c'est tout ce que j'ai fait.". Son corps rapatrié au Pays de Galles sera enterré à Laugharme qu'il aimait tant.

  

Hors des soupirs quelque chose naît

Qui n'est pas le chagrin, car je l'ai abattu

Avant l'agonie. L'esprit pousse

Oublie et pleure.

Autant ne pas aimer si on n'aime pas à la folie.

Cela reste vrai après une défaite perpétuelle.

 

          En 1954  Igor Stravinski qui avait rencontré le poète peu avant sa mort et désirait travailler avec lui sur un projet d' opéra,  pendant les mois qui suivirent sa disparition pensa à composer quelque chose à la mémoire de D. Thomas . Ce sera un chant funèbre pour ténor, quatre trombones et quatuor à cordes .

          " Aucun poème de lui ne pouvait mieux s'adapter à mon projet qu'un poème qu'il avait composé à la mémoire de son père."

(I. Stravinski )

 

N'entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

Le vieil âge devrait brûler et s'emporter à la chute du jour,

Rager, s'enrager contre la mort de la lumière.

 

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l'obscur

est mérité,

Parce que leurs paroles n'ont fourché nul éclair ils

N'entrent pas sans violence dans cette bonne nuit...

 

          Cette création de Stravinski In Memoriam Dylan Thomas d'une durée de 8 minutes a eu lieu le 20 septembre 1954 à Los Angeles. ce monde est mon partage cover

 

Et la mort n'aura pas d'empire.

Les morts nus ne feront plus qu'un

Avec l'homme dans le vent et la lune d'ouest.

Quand leurs os becquetés seront propres, à leur place

Ils auront des étoiles au coude et au pied.

 

Même si les amants se perdent, l'amour ne se perdra pas,

Et la mort n'aura pas d'empire.

 

          Dylan Thomas est dans les dédales de ses poèmes, ses paysages de mer et d'orties,  tous les élans ensorcelés de sa voix vibrante nous feront longtemps dériver sous un vent de feu où ses images ont rugi et fusé sur les pentes du ciel, et si Dylan Thomas est ce démon incarné en serpent phraseur et Dieu le violoneux de garde qui d'un coup d'archer fait descendre le pardon, alors...

 

Y eut-il un temps où les danseurs et leurs violons

Dans les cirques d'enfants pouvaient calmer

leurs chagrins ?...

Mieux vaut ne jamais savoir de quoi la vie est faite...

 

          Dylan Thomas publia des poèmes, récits, nouvelles et romans, des pièces radiophoniques et des scenarii. Il est désormais considéré comme un des plaffiche-The-Edge-of-Love-2008-2us grands poètes lyriques du XXème siècle.

          "The Edge of Love" de John Maybury est un film britannique de 2008 inspiré de la biographie de David.N.Thomas "Dylan : A farm, Two Mansions and a Bungalow. inside boathouse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                         
   Hécate
 
Pour compléter je propse un lien sur Maisons d'écrivains :
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 18:46

cover James BradleyLe Résurrectionniste

de

James Bradley

 

 à GERTRUDE...

 

          Londres, 1826. Le jeune Gabriel Swift entre en apprentissage chez le chirurgien Poll, chercheur visionnaire qui dissèque les cadavres afin de comprendre la véritable nature de l'être humain. Pour ce pionnier, le progrès scientifique est à ce prix : l'opprobre d'une société qui n'est pas encore prête à lever l'un de ses plus anciens tabous. Afin de se procurer les cadavres nécessaires, Poll est obligé de traiter avec des "résurrectionnistes", de dangereux criminels qui pillent les cimetières. A leur contact, Gabriel se laisse corrompre...

          Un roman gothique, noir et lyrique, dans la lignée des grands classiques anglais.

"Une intense et profonde méditation métaphysique..." (The Sidney Morning Herald)

 

 

          Dès les premières pages l'ambiance froide et ténébreuse est là, fascinante. Les élèves d'un anatomiste dans les profondeurs d'une cave coupent à l'aide d'un couteau la corde qui ferme le sac où sont "les morts portés comme dans le ventre de leur mère ; genoux contre la poitrine ; tête en bas comme si la mort n'était qu'un simple retour à la chair dont nous sommes issus, une seconde conception...

 

          Je ne saurais dire pourquoi nous travaillons en silence, nous savons seulement qu'il doit en être ainsi... Il nous arrive en d'autres occasions, de nous affairer parmi eux comme s'ils n'étaient pas là, parlant et riant alors que nous incisons ou trimballons des morceaux de leur corps, les déplaçant avec autant de désinvolture qu'un livre ou une veste abandonnés à un endroit où quelqu'un voudrait s'asseoir."

 

          Depuis trois mois Gabriel est à Londres. Il est arrivé un soir sous un ciel couleur de sang. Il portait un costume noir, neuf comme la vie qui s'ouvrait à lui.  C'est avec lui que nous sommes tout au long des pages partageant ses journées, ses pensées, ses nuits, son apprentissage avec les autres garçons qui entourent M. Poll un éminent chirurgien.

          Mots échangés, courtes scènes de sa vie quotidienne sont comme autant de visions, de chuchotements se perdant dans le brouillard de Londres : la lueur du feu dans la cuisine, celle des lampes ou de la bougie dans sa chambre glacée.

 

            "Même dans cette maison où nous vivons si serrés les uns contre les autres, il est possible de se sentir seul. Il y a beaucoup de choses dont nous ne parlons pas et beaucoup de choses que je garde pour moi."

 

          Le père de Gabriel est mort quand il avait douze ans, il avait retrouvé son corps  à moitié recouvert de neige sous un ciel qui paraissait aussi fragile qu'un œuf. Rien n'altérait la neige, sinon l'endroit où son chien avait blotti son nez et, la longue ligne d'empreintes d'oiseau...

 

          Absorbé par ses tâches, entraîné par ses nouveaux amis lors de ses heures de loisir, Gabriel découvre les rues glauques hantées par les miséreux de St Giles ou de Southwark, les bouges où l'alcool et l'opium altèrent la perception de ses sensations, brouillent la réalité sordide. Dans un théâtre le charme troublant d'un visage féminin . "Ses yeux dessinés sur la pâleur fantomatique du maquillage semblent énormes, liquides, et sa bouche, large comme la douleur."

 

          Progressivement la descente vers l'horrible va s'insincimetière de Tours 13 octobre 2012 028uer dans un lent flottement d'événements presque anodins qui distillent l'inquiétude.

 

          La nécessité de se procurer des corps afin de les disséquer  entraîne le maître anatomiste à composer avec ceux qu'on appelait les Hommes de la Résurrection qui déterraient les cadavres dans les cimetières ; le commerce de la mort pour survivre pour les uns et, pour d'autres explorer toujours plus loin la structure des corps, à la poursuite de l'essence même de la vie .

 

          "Il y a toujours quelque chose de troublant dans la manière dont le visage glisse si promptement sur les os, comme s'il n'était qu'un simple masque, porté puis jeté."

 

          Bien souvent lorsqu'il se trouve seul, Gabriel regarde le portrait de sa mère, une peinture maladroite dans un médaillon ; combien de fois ne l'a-t-il contemplé, essayant d'imaginer sa voix, son toucher.

 

          "Je pense parfois que nos parents continuent de vivre en nous comme des fantômes ou une prophétie."

 

          Un jour comme souvent, Gabriel s'installe tranquillement dans la bibliothèque avec ses livres: " Sur la table gisent les bras d'une femme que Caley a apporté deux jours plus tôt, leur peau est retroussée afin que je puisse les dessiner. Je prends mon crayon et commence. Quelques minutes s'écoulent, puis dans le silence un moineau se pose et demeure immobile. Mon crayon s'arrête, en suspens au-dessus du papier...Je laisse courir ma main, traçant la forme de sa tête, la ligne épaisse de son dos, dessinant aussi rapidement que je le puis ; et mes yeux passent de ma page à l'oiseau, essayant de l'imprimer dans mon esprit, de saisir son essence...Lorsque je lève à nouveau les yeux, l'oiseau me regarde. Mon crayon dans ma main se fait silencieux ; ses yeux noirs rencontrent les miens, pleins de vie, animés d'une conscience éveillée."

Moineau

          Gabriel sera semoncé. Ce n'est pas là ce qu'il doit dessiner. Cette anecdote a son importance, aucune phrase n'est anodine  dans ce roman ; le désordre qui va désagréger la vie du jeune homme se dissimule derrière chaque ligne . Les rapports de force pernicieux  et la cupidité méchante vont le jeter à la rue...le précipiter vers l'abîme.

 

          Au-delà d'un roman d'atmosphère noire se déroulant au 19ème siècle, c'est une profonde méditation sur la capacité de l'être à renaître, à échapper à la folie après avoir commis des actes effroyables, pris dans l'engrenage de terribles circonstances.

          Une grande beauté d'écriture, à la fois sobre et lyrique ; j'ai quitté à regret ces 347 pages qu'il m'a semblé lire à la chandelle tant l'ombre y est dense.

La seconde partie se déroule en Nouvelles-Galles du Sud en 1836. Le royaume des oiseaux.

 

          "Ce que j'avais été, ce que j'avais fait, devenait différent, se rattachait à une autre partie de mon être. Tout cela demeurerait à jamais en moi, mais devenait étrangement facile à accepter. Je suis comme désincarné, devenu aussi transparent que le bruit du vent dans les arbres."

 

 

                                                                                         Hécate

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 21:59

daniel-arsand-que-talQUE TAL

de

Daniel Arsand

 

 

« Que l’on soit en janvier ou en juillet n’a aucune importance, que ce soit le printemps ou l’automne m’indiffère. Je ne sais pas ce qu’il pense, lui, des saisons, du passage de l’une à l’autre, j’ignore tout de ses songes et de ce que son regard retient, pourtant il m’est si proche, si proche et si indéchiffrable.
Qu’importe le froid ou le chaud, le dedans ou le dehors, puisque nous sommes ensemble, lui et moi, parce que nous sommes vivants au point d’oublier qu’un des deux puisse fausser compagnie à son presque double, à son presque semblable, à son compagnon, fausser compagnie, mourir, crever, au choix, noria, tout ce qu’on veut. Nous sommes dans notre histoire et nous croyons qu’elle n’est que du présent, à jamais, toujours, un aujourd’hui infini, d’une éblouissante monotonie. »
Que Tal, la beauté féline, le corps souple, chat magnifique, fut l’amour de son maître. C’est une histoire peu commune et c’est aussi un questionnement troublant sur la part animale présente en chacun de nous.

 

 

          "Les chats ne meurent que dans l'esprit de celles et de ceux qui n'osent pas aimer ou s'aiment trop pour savoir écouter un silence." (Yves Navarre. Une vie de chat.)

 

          Sous la plume de Daniel Arsand le silence s'écoute, mots, phrases, ne sont que bruissements, chuchotements ou clameurs. Des pages de ses livres, blanches comme des linceuls, surgissent les absents, les disparus. Il suffit d'une odeur évoquée, de l'incandescence d'un souffle pour que dieux, lieux, héros et bestiaire qui hantent toute l'œuvre semblent franchir les frontières de l'invisible, rassemblés en une unique corolle.

          Cette fois plus que jamais il nous parle de son intime, de sa vie tissée d'absence et de mélancolie.

 

          "J'écris sur Que Tal aujourd'hui et je m'aperçois que dans mon journal je notais rarement ses humeurs, ses petits ennuis de santé, que je ne décrivais que par entrefilets sa beauté, notre vie en commun. Il m'habitait et ne résidait guère entre mes mots. Sans doute parce qu'il s'était magnifiquement incorporé à mon quotidien. Le contempler me suffisait amplement... Je n'avais nul besoin de mots pour me rapprocher de lui. Il n'y avait pas de conflit. Nous n'avions donc pas à nous balancer d'atroces vérités. La haine, la frustration, le ressentiment, l'envie ne nous concernaient pas."

 

          "Un jour, une amie déposa au creux de mes bras un roi.

 

          Ce fut Que Tal.

          Bonjour, et comment ça va ?"

 

          Il y a bien plus dans ce récit confidentiel, que les douze années vécues avec le chat Que Tal, l'ombre de brume, la crémeuse présence, l'animal couleur de neige et d'argent, le compagnon de nuit à chaque fois si longuement contemplé plus qu'aucun autre.

 

          " Nous sommes dans la réalité et l'illusion, tout en même temps, ritournelle essentielle, fleuve, îles à la dérive, chant tordu par un vent sans naissance ni fin, nuit qui est presque du jour, nous sommes jetés dans un unique mouvement, épousailles si communes, si heureuses souvent, un peu de bonheur, comme des flocons de neige, de l'écume, quelques épis de blé. Il n'y aura pas de séparation. Il n'y a pas eu d'agonie, mais que sais-je de l'agonie, qu'en sait-on, vous comme moi ? J'ai vu mourir mon père et ma mère, j'ai vu mourir des amis du sida, j'ai vu mourir des inconnus dans la rue, sans rien savoir, sans pouvoir concevoir ce qui les a étreints à l'instant dernier."

 

          La mort de Que Tal est un chagrin absolu, le plus immense de tous "car les résumant tous, les chagrins d'une vie, les illustrant tous, monstrueux chagrin, me laissant dans l'incompréhension de la mort, ravagé et de plomb."

 

          "Quel mot donner à ce qui interrompit à jamais les battements de son cœur de chat ? Dites-le moi !

 

          On m'a asséné le mot juste, le mot clinique.

          L'embolie.

 

          Embolie. Presque un nom de fleur. Ou de femme. De déesse antique, de nymphe.

 

          Où es-tu ?

          Et qu'ai-je saisi de toi, Que Tal, et je suis animal moi aussi, griffes, terreur et sensations.

          Tu n'étais pas fait que de beauté, mais de riens et de mort. Comme moi.

J'étais bête aux abois, je miaulais à mort, j'étais chat, j'étais animal...je miaulais mon désespoir, ton absence, entendais-tu cette toute petite part de toi feuler en moi ? "

 

          Quand j'ai commencé à lire ce livre j'étais encore debout, je venais de rentrer chez moi, j'avais oublié de m'asseoir, de quitter mon manteau ; j'ai interrompu ma lecture le temps de le jeter sur le fauteuil, je me suis assise, et, j'ai lu sans m'arrêter.

 

          Cette écriture, cette voix qui déjà m'avait empoignée en découvrant "Des Amants" m'emportait et me rappelait "Ivresse du fils", un récit qui ouvrait les cachots de la mémoire, disait les heures où terre et ciel s'abreuvent, aux ténèbres naissantes où les roses qu'elles soient jaunes ou roses paraissent d'ivoire...Des mots de peintre pour dire les couleurs de l'adolescence "gris ciment pour mes chagrins, couleur de la rouille  pour mes amours impossibles, le vert d'eau d'une mare pour les humiliations...le bleu maculé de boue pour mes rêves sinistrement torrides " ; comme si chaque douleur était un cri qui s'écrit dans une soif inépuisable...

 

          Pas de photos de Que Tal dans ce livre. Daniel Arsand en a faites plus de trois cents. Trois albums !... Grande serait la tentation de les voir... C'est peut-être mieux ainsi... Je ne sais pas.

 

          Que Tal est vivant dans ces pages... Mieux qu'un tombeau, un mausolée, c'est une ode élégiaque ardente.

 

          "Que Tal et l'adieu à Que Tal.

          Comment ça va, mon amour? "

 

          J'aimerais demander à Daniel Arsand qui avoue sa répulsion des cendres, pourquoi il y a tant de feu, de flammes, d'incendies dans ses livres?...

          Et comment se disant intouché par la plupart des êtres, il parvient à toucher les déchirures et les emportements de l'âme, à bouleverser si intensément avec ses romans traversés des fulgurances de l'amour?...

 

                                                                                                        Hécate.

 

 

          "Libraire, éditeur, romancier, lauréat du prix Femina du premier roman 1998 pour La Province des ténèbres, prix du jury Jean-Giono 2000 pour En silence, Daniel Arsand a également publié Un certain mois d'avril à Adana, prix Chapitre du roman européen 2011. Ses livres ont été traduits dans une dizaine de pays dont les Etats - Unis."

 

 

Bibliographie :

 

Mireille Balin ou la beauté foudroyée, Editions de La Manufacture 1989.

Nocturnes, HB Éditeur, 1996.

La Province des ténèbres, Phébus, 1998, Prix Femina du premier roman

En silence, Phébus, 2000, Grand Prix Jean Giono du deuxième roman

La Ville assiégée, Le Rocher, 2000.

Lily, Phébus, 2002.

Ivresses du fils, Stock, 2004.

Des chevaux noirs, Stock, 2006.

Des amants, Stock, 2008, Grand Prix Thyde-Monnier de la Société des Gens de Lettres

Alberto, Editions du Chemin de fer 2008

Un certain mois d'avril à Adana, Flammarion, 2011 prix Chapitre du roman européen 2011.

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