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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 09:24

Gérard de Nerval

Gerad-je-suis-l-autre.jpgou

L’épanchement du songe…

 


     « Etre dans une histoire, un aussi indispensable chaînon et ne se sentir retenu ni du côté du passé, ni du côté de l’avenir… »

 








     Ce que cherche Gérard de Nerval dans les livres, comme dans la femme, c’est sa propre présence, lui que tourmente la peur d’être absent de soi. La recherche de sa propre identité est un élément plus révélateur de sa destinée profonde que la généalogie fantastique qu’il eut l’idée de se construire.

Un champ (propriété de famille) situé sur l’emplacement d’un ancien camp romain, le clos de Nerval lui vaudra son pseudonyme. (Nerva était un empereur.) Sensible à ses origines, il établit une foisonnante collection de notes manuscrites concernant sa généalogie.

 

Horoscope.jpg     A paris à vingt heures, le 22 mai 1808 naissance de Gérard Labrunie, jour de la Saint-Emile (il verra par la suite un signe favorable dans le prénom du Dr Emile Blanche qui le soignera avec dévouement) à cause de cette coïncidence. Il attachera une importance énorme à son horoscope, bien évidemment.

Le petit Gérard une fois baptisé est confié à une nourrice, car deux ans après sa naissance, il perd sa mère. La mort ne cessera de jalonner sa vie.

 



     Au château de Mortefontaine près d’Ermenonville dans le Valois, il grandit dans ce long bâtiment flanqué d’une tourelle où une pièce d’eau servait de miroir au ciel. 
 
      le-ch-teau-de-Mortefontaine.jpgSes rêveries commencèrent là ; replié  sur l’imaginaire dès qu’il comprendra qu’il ne reverra jamais sa mère morte en Silésie, il va recomposer sa destinée. Aucun portrait d’elle, tous disparus ou volés. Il sait qu’elle ressemblait à une gravure d’après Prud’hon ou Fragonard : « La Modestie ».

 

     Son père devient l’obscur ennemi qui l’a «perdue » quelque part en Allemagne, perdue jusqu’à ses lettres, ses bijoux. Malheurs de la guerre et de la fuite. Il pensera que cette fièvre qu’elle avait prise en traversant un pont chargé de cadavres est cette même fièvre qui s’empare de son esprit à intervalles périodiques.


     C’est à Mortefontaine que Sophie Dawes, la baronne de Feuchères lui apparaîtra, furtives visions…

Elle devint Adrienne dans ses récits, il la voit comme une Diane – Artémis déesse des chasses et des forêts.la-baronne-de-feuch-re.jpg











     Plus tard, lorsqu’il ira danser aux fêtes de la St Barthélemy au bal de Loisy, c’est avec une nommée Sylvie qui transparaîtra dans ses récits en prose.


     « Le rêve est une seconde vie » écrit-il.

     Mais la vie est un combat. Le poète des «chimères » s’épuisera une grande partie de sa vie à gagner de l’argent dans le monde littéraire. Il traduit «Faust » à l’âge de vingt ans, malgré une médiocre connaissance de l’allemand, mais Goethe est à la mode ; même si l’exercice est périlleux, il le tente. A cette époque, la méconnaissance des langues étrangères est assez courante.

 

     En 1830, au côté de Théophile Gautier et d’autres, dont Petrus Borel l’écrivain républicain surnommé le Lycanthrope, il assiste à la bataille d’Hernani et boit du punch dans des têtes de mort. Ils admirent Hugo et se souviennent de Napoléon fiévreusement. C’est l’effervescence gothique, la gaieté est putride. On va aux catacombes, on se promène au Père Lachaise,  on voit sous la parure des femmes, le squelette.

     Avec Gautier, il a sans doute en commun cette idéalité de la femme et de la mort, le goût de l’onirisme, voir de l’ésotérisme, du théâtre et celui des voyages. Gautier tombe amoureux de la danseuse Carlota Grisi et esquisse pour elle le thème du ballet «Gisèle » ; Nerval s’éprend d’une cantatrice. Amis leur vie durant, ils écriront, solidaires, des chapitres du feuilleton de la presse, se relayant l’un l’autre.

 

     Jenny-Colon.jpgLe blond, le doux Gérard court donc les théâtres et s’enflamme pour Jenny Colon, cantatrice aux variétés. Gérard rêve… Jenny devenue Aurélia… Pourtant, elle est dans la vie un peu lourde, soucieuse du sens pratique. Elle mettra de nombreux enfants au monde une fois devenue l’épouse du flûtiste Leplus. Transformée en héroïne romantique, il l’aima, l’imagina surtout, mais cette liaison où il demeure impuissant servira de point d’appui à sa mythologie, sera le lien et la chaîne de ses souvenirs chimériques. Il n’importe qu’elle le ruina.

     L’héritage paternel sera englouti, il avait fondé  pour elle, une revue luxueuse qui ne dura pas. « Le Monde Dramatique ».

 

     Par nécessité, le voilà obligé d’alimenter les journaux de chroniques, de feuilletons. Son œuvre devient une marchandise à placer. Nerval en proie à ses servitudes plus que d’autres encore, va voir son monde coupé en deux. L’asservissement au quotidien, la réalité brute a laquelle il se plie, et l’autre où il libère son esprit dans la fréquentation des illuminés : initiation à la franc-maçonnerie, plongée dans la culture ésotérique. Démarches, quêtes d’un perpétuel adolescent dans le monde moderne. Nerval n’est pas un génie à l’état sauvage, comme le furent Rimbaud ou même Lautréamont.

      Il est profondément humaniste, fidèle à sa vocation de se nourrir par pur plaisir à la lecture des classiques. Il s’enrichit sans cesse en sortant de lui-même pour se pencher sur l’expérience des autres. Sa culture est immense, mais ne réside pas qu’en des œuvres figées par le temps. Elle est un style de vie, un don d’observation aiguë, un échange de conversations, un sens du voyage. Pour lui, la connaissance est inséparable de l’action et du lien avec les hommes, car sans cela, elle serait imparfaite et stérile. Cet univers orienté par le rêve et les labyrinthes de la pensée, n’exclue pas une curiosité tendue vers les œuvres du langage dru.

     S’il lit Shakespeare, il puise dans Dickens l’exactitude et la sobriété descriptive. Il apprécie le concret chez Balzac. Le monde des comédiens (Molière, Racine, Théophile de Viau) significations symboliques à ses yeux.

     Il a lu Homère, Euripide, Sappho Virgile, Cicéron, Pétrone. Il se veut fils de la Grèce. La littérature médiévale lui est familière, et le moyen - âge est vivant et peu conventionnel dans sa pensée. Le XVI siècle lui est encore plus favori ; dans le XVIII siècle avec Rousseau il retrouve la contemplation des paysages qui le renvoie au monde de son enfance, à Mortefontaine.

 

     Son versant noir, nocturne, romantique, ésotérique est tout aussi important. Lumière et ombre, grandeur tragique de Dante, voie allemande du coté d’Hoffmann. Il cultive c’est évident une érudition bizarre entraîné par le plaisir d’étonner. Il est capable de dévorer des œuvres orientales en quelques jours. Toute cette science des mots, des livres, qui laissait pantois ses interlocuteurs et qui se bousculait dans sa tête, l’amusait. Il passe vite pour un prophète illuminé dont la raison s’est égarée en Allemagne, dans les sociétés secrètes et les symboles orientaux. Nerval en tire une méthode de connaissance du monde et de lui-même.

 

     Les voyages incessants pour trouver les sujets et les décors de ses feuilletons (toujours gagner sa vie pour mieux la rêver) malgré la maladie et l’inquiétude lui apportent des trêves.


     En 1838, il retrouve Alexandre Dumas en Allemagne, qui écrira parlant de lui «qu’il était un esprit charmant, distingué, chez lequel de temps en temps un certain phénomène se produisait qui par bonheur (ils l’espéraient tous) n’était pas inquiétant. Tantôt il est roi d’Orient il a retrouvé le sceau qui invoque les esprits, il attend la reine de Saba, et alors, il n’est nulle conte qui vaille ce qu’il raconte à ses amis… qui ne savent s’ils doivent le plaindre ou l’envier. Un jour, il se croit fou et raconte comment il l’est devenu et avec un si joyeux entrain, que chacun désire le devenir pour suivre ce guide… tantôt c’est la mélancolie qui devient sa muse, alors retenez vos larmes, si vous pouvez, car jamais Werther, jamais René, jamais Anthony n’ont eu plaintes plus poignantes, sanglots plus douloureux, paroles plus tendres, cris plus poétiques… »

 

     Prisonnier de son univers mental, Nerval promène son corps en bateaux, en coches, en diligences. Homme des missions poussé par la nécessité et l’impatience de ses propres limites, il aiguise sans cesse sa sensibilité et élargie sa capacité de connaissance et de création.


Marie-pleyel.jpg    


      En novembre 1839, au cours d’un long voyage qui le mène de la Suisse à l’Allemagne jusqu’en Autriche où il rencontre Liszt et Marie Pleyel. Il est sorti de sa crise sentimentale, mais la pianiste au visage de «pâle reflet de lune », véritable héroïne romantique aux yeux et aux cheveux sombres, le trouble. Elle l’aidera à dépasser sa passion et son angoisse à travers le mythe. Elle apparaîtra dans le récit «Pandora ».





    robert-le-diable.jpg  En 1840, il revoit Jenny Colon; femme d'un autre, elle est toujours Aurélia.
     En Belgique, un jour de Noël alors qu'elle interprète le rôle d'Isabelle dans "Robert le Diable" de Meyerber, cette représentation l'impressionne par son côté spectral; des nonnes sortent de leur tombe et errent des flambeaux à la main. Il puisera là encore des thèmes qui lui sont chers. 


    



      A son retour, il retrouve soucis et problèmes financiers. Le mois de décembre de cette même année marque profondément le poète, puisque Sophie Dawes s’éteint. La baronne de Feuchères, c’est toute son enfance, c’est Mortefontaine, c’est le domaine familial. C’est aussi la translation des cendres de l’empereur. Il s’est également incorporé dans le mythe Napoléonien, à cause du choix de ce pseudonyme rattaché à cet empereur romain Nerva, qui devint Nerval. Y voit-il de mystérieux signes ?
     « L’extraordinaire fait aussi partie de l’ordinaire » écrit Maurice Blanchot.


     Dès 1841, les premiers troubles mentaux apparaissent. Il a trente trois ans. En 1842, Jenny Colon épuisée par les maternités et les tournées provinciales meurt.

     En 1849, nouvelles crises et séjours en avril – mai chez les docteurs. En 1850 une période de dépression nerveuse l’assaille en juin. Il est soigné de nouveau. En 1851, en février il voyage en Touraine après avoir réglé l’édition définitive du «voyage en orient ». En 1853 il travaille à «Sylvie » il séjournera à la maison de santé municipale faubourg St Denis. Les frais seront pris en charge par le ministère de l’Instruction publique.

     Et en août après avoir été conduit à l’hôpital de la Charité, il entre à la clinique du Dr Emile Blanche à Passy. clinique_dr_blanche.jpg« Sylvie » est parue le 15 août dans la revue des deux mondes. Le Docteur Blanche lui conseille de mettre par écrit ses illuminations. « Diriger mon rêve éternel au lieu de le subir » écrit-il encore. Tout ce qui est dans «Aurélia » a d’abord été vu. Les visions sortent de l’ombre.

 

     Antonin Artaud note que les anciens écrivains alchimiques nourrissaient pour les termes de théâtre une affection particulière. Le symbole est théâtral. Nerval est fasciné par le théâtre ; La création de l’opéra les «Monténégrins » est crée six ans après la mort de Jenny Colon.

                       

                              « Les belles choses
                                N’ont qu’un printemps
                                Semons de roses
                                Les pas du temps »

 

  (un couplet de la chanson gothique de cet opéra.)

 

     Son monde intérieur est théâtre. Le symbole alchimique est comme le double spirituel d’une opération. C’est cela qui a attiré Nerval. Son livre de chevet, un ouvrage du religieux Bénédictin Dom Pernety présente le théâtre alchimique à travers les couleurs.

 

     Cette correspondance d’une couleur pour chaque divinité de la mythologie egypto – grecque séduit l’imagination de Nerval. En lisant Pernety, Nerval se rencontre lui-même. Il ne s’évade pas il se retrouve !

     Il écrit ironiquement à Dumas que ses sonnets perdraient du charme à être expliqués, si la chose était possible.

 

     « El Desdichado » parle toujours à celui qui, insatisfait de soi-même se cherche sans le savoir, il parle à qui rêve, à qui le mystère détient un charme qui transporte. Sans rien savoir, sans rien connaître, ni de l’alchimie, ni des tarots, ni du symbolisme, ni du poète lui-même, les vers de ce sonnet ont un écho.

     Nerval sollicite les visions, refuse de les recevoir passivement. Le mystère de la création poétique : aimanter les mots dont le poète doit régler l’ordonnance.


     « El Desdichado » et «Artémis » écrits à l’encre rouge, furent adressés à Alexandre Dumas le 14 novembre 1853. Le poète, ici est alchimiste. Le 15 novembre, il recopie à l’encre rouge le poème «A Victor Hugo qui m’avait donné son livre du Rhin ».    
     Nerval, lecteur de Pernety savait que rouge correspond au stade ultime de l’œuvre, celui de la fixation. Il écrit également à l’encre rouge, une lettre au Dr Emile Blanche… «mes épreuves sont terminées, et pour parler comme les initiés :  j’ai déposé la clef d’Osiris sur l’autel de la sagesse ».
     A ce moment, il semble vouloir indiquer qu’il a atteint son but, que sa carrière, son œuvre sont achevé. Il a à sa manière accompli le grand œuvre.

 

     Quand Julia Kristeva affirme que la mélancolie Nervalienne est une identification au Christ abandonné par le père, doublé d’un athéisme qui ne croit plus au mythe, elle suggère que sa philosophie est encore un christianisme immanent couvert d’ésotérisme. Un nihilisme secoue l’Europe, de Dostoïevsky à Nietzche : Dieu est mort ! Nerval substitue un dieu caché, une spiritualité diffuse. Mort de la mère, mort de la femme aimée, identification avec la mort même. Toutes apparitions féminines deviennent uniques et se fondent en un seul être, Isis, Marie, Aurélia, Sylvie, Sophie… Diane.

 

     Nerval a caché la clef des «Chimères » composées selon la symbolique alchimique, suivant une méthode de création qu’on pourrait nommer méthode d’imagination dirigée. Il veut peut-être faire croire qu’elles sont le fruit d’une imagination déréglée.  
     Nerval brouille les pistes ; il sait le prix de la folie, de ses crises. Il maîtrisera dans son art, ce qu’il ne maîtrisera plus dans sa vie. D’une poétique hermétique, il veut faire une source littéraire de rêve. Pari réussi ; Alain Fournier semble avoir été fortement influencé par l’univers Nervalien. Dans «le grand Meaulne », on retrouve cette recherche du temps perdu de l’adolescence féerique. La fête au château est bien dans la lignée et l’atmosphère du château nervalien… Le cinéaste Alain Resnais aurait-il filmé «L’année dernière à Marienbad » avec cet espace mental si particulier transcrit par l’image, sans la connaissance de son œuvre ?

 

Gerad-je-suis-l-autre.jpg                       Avant d’aborder «El Desdichado » plus en détail, je veux signaler une anecdote : dans une brochure qui lui était consacrée et où figurait un portrait de lui, il ajoute un dessin, un oiseau en cage, jouant avec les mots, d’abord la lettre G, puis Gérard (geai - rare) pour signifier que son âme est captive dans le tombeau de son corps. Sous le portrait initial, il ajoute la mention : « Je suis l’autre ».








     Mais la présence des oiseaux qui jalonnent toute son œuvre, cygne, perroquet etc. ne sont pas que des repères symboliques initiatiques. Quand on sait que dans son enfance, il pleura inconsolable la mort d’une tourterelle aux pieds roses, et qu’il eut un perroquet, on ne peut adhérer aux froides analyses du seul savoir. Gérard eut jusqu’au bout cette sensibilité merveilleuse, cette fraîcheur enchantée, même dans le désenchantement. « Nous sommes tous d’anciens perroquets prétendait-il et les perroquets étaient des hommes enchantés ».

 

 

 

El Desdichado

 

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l’Inconsolé,

Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

 

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui ma consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

 

Suis-je Amour ou Phoebus ? … Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la Sirène…

 

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

     Bien des interprétations ont été écrites à propos d’El Desdichado, toutes plausibles ; avec le vrai poète toutes les facettes d’une même œuvre offrent des vérités différentes.

Je retiens ici, celle qui me semble initiale, celle de la composition des couleurs dans l’œuvre alchimique.

 

                                   Le règne du noir

                                   Le règne du blanc

                                   Le règne de la citrine safranée

                                   Le règne du rouge.

 

     Le Ténébreux c’est Pluton, ce qui explique le choix de Nerval au début du sonnet, c’est que de tous les Dieux, il fut le seul à garder le célibat, tant sa difformité effrayait les Déesses.
     Le Soleil noir (1° phase alchimique, à cause de sa couleur, il lui a été donné le nom de tête de corbeau) la Mélancolie, c’est la putréfaction de la matière noire ; (c’est parallèlement l’humeur du corps humain, regardée comme une bile noire.)

     Dans le 2° quatrain l’allégorie de la fleur fut une figure emblématique de Nicolas Flamel.
     La Fleur c’est le symbole du blanc. La couleur blanche succède à la noire, le souffre blanc étant le premier degré de perfection. Les philosophes emploient le mot tombeau pour des allégories de la putréfaction de la matière.
     Le pampre c’est la couleur de la rouille… celle de Mars (Mars que l’on retrouve avec Biron, nom d’un guerrier décapité. A noter, que Nerval se pendra ! ) Biron est un personnage de Shakespeare dans «Peines d’amour perdues», l’union du pampre et de la rose c’est donc l’union de Mars et de Venus ; c’est donc le passage du blanc au rouge à travers l’or safrané qui annonce le soleil. La blancheur s’altère, mais la rougeur foncée du soleil dure, parfaisant l’œuvre du souffre, que les philosophes appellent sperme masculin, couronne royale et fils du soleil.

     La rose désigne Vénus. La rougeur appelée mâle, cachée sous la blancheur de la matière nommée femelle, réunis comme deux sexes dans un même corps, font un composé hermaphrodite qui commence dès que la couleur safranée se manifeste.
     Nicolas Flamel, cité par Pernety, qui reprend les dires d’Orphée, disciple d’Hermès, affirme que Diane était Hermaphrodite.

 

     Le Pausilippe et la mer d’Italie représentent le mélange du souffre et du mercure dans l’œuf philosophique. (Pausilypon en grec signifie : cessation de la tristesse.)

     Phoebus c’est le Soleil ou Adonis, l’or philosophique. Phoebus, Amour, le front rouge symbolisent la phase du rouge. 
     Ce que les alchimistes appellent Reine, c’est l’eau mercurielle, ainsi nommée parce qu’ils ont appelé le souffre : Roi. Ils doivent être mariés ; l’eau est l’épouse naturelle et sa mère.


     Pour Nerval dans le poème, le baiser sur le front désigne ce mariage alchimique du Roi et de la Reine, de l’enfant philosophe avec sa mère.  Dans les écrits des philosophes, il est dit qu’il faut marier le Soleil et la Lune, le frère et la sœur, la mère avec le fils. Tout cela n’est que l’union du fixe avec le volatile qui se fait au moyen du feu.

 

    

     La Sirène c’est l’eau mercurielle purifié du souffre impur. C’est Mélusine avant cette purification elle est nommée la Femme prostituée. « Les soupirs de la Sainte », c’est Artémis, Diane, la vierge ailée pure qui accouche dans le «désert des cieux » (par symbolisme, Diane c’est Sophie Dawes la baronne de Feuchère). Nerval est amant et frère de la Femme. Une femme confondue en une seule image, qu’il idolâtre et vénère. Quand son âme retombe à la matière, ces femmes décevantes (hors du mythe) le quittent, le déçoivent où meurent. Et souvent le tout à la fois.
     L’alchimiste fait sortir le blanc du noir, la Sainte et la fée ont franchi l’Achéron, elles ont quitté le monde de la putréfaction, la couleur noire, qui est le monde de Pluton.

 

     Nerval identifié au Ténébreux à l’histoire de Pluton, le sonnet devient sa propre histoire, son malheur sien, sa transmutation en Phoebus sa métamorphose.

     Avec la fleur blanche, il revoit la femme aimée, perdue. Le drame alchimique est son propre drame.

« Ils est certains conteurs qui ne peuvent inventer sans s’identifier aux personnages de leur imagination (- confie Nerval à Alexandre Dumas). Ce qui n’eut été qu’un jeu pour vous … est devenu pour moi une obsession, un vertige. »


     Dans le poème suivant, «Artémis », Nerval affirme son choix définitif pour le nocturne. Le Ténébreux est à la fois le Diable du Tarot et le Diable alchimique, l’Anteros et la noire Hécate, la lune de l’enfer.

 

     Le poète à retraversé l’Achéron et la nuit se referme. Il retourne au monde enseveli de la mélancolie, c’est le refus de la transmutation intérieure.

     En 1853, il termine donc les «Filles du Feu » et les «Chimères ». En 1854, en août il entre chez le Dr Blanche, travaille à «Aurélia ». Il quitte la clinique le 19 octobre, menant une existence errante, difficile, sans domicile fixe.


     Rue-de-la-Vieille-Lanterne-par-gustave-d 

     Le 26 janvier 1855, il est trouvé pendu rue de la Vieille - Lanterne par moins 18° sous zéro.

     L’identité impossible et tellement cherchée se trouve résolue. Mis par la maladie, dans l’impossibilité d’écrire, de produire, de donner, il ne pouvait plus survivre.


     Ses dernières lignes écrites sur un billet laissé à une tante qui l’hébergeait sont un étrange adieu qui renvoient une ultime fois au règne alchimique : « - Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche. »

 

 

     L’œuvre Nervalienne prend son sens dans la mesure où elle dépasse tout entendement réel, écartant toutes les limites.
     Ce langage unique alliant l’intemporel au réel, le souvenir et l’imaginaire, démarche pour comprendre ou devancer ce qui sera fuite, oubli, mort, touche cette part mystérieuse que chacun porte en soi.
     L’émotion dépasse le savoir.

 

 

Hécate.

 

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Published by Hécate - dans Essais
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commentaires

cronin 19/07/2012 16:13


Bonjour Hécate,


Merci beaucoup pour cet article, richement documenté, sur la vie et l'oeuvre de Gérard de Nerval (qui fait partit de mes poètes préférés).... Bien des poètes, se sont initiés à l'alchimie...et le
savoir acquis sur des terres orientales...car c'est en Syrie, que Gérard de Nerval, acquièrent un savoir mystique et ésotérique... il le publie d'ailleurs, dans "Voyage en Orient". A lui, qu'on
disait, qu'il n'avait point de religion, un être impie, il répondait : "j'en ai au moins 17 !" Chaque poète, à son propre style... l'important, est de faire passer des émotions, des rêves,
l'Amour en lui même, est une alchimie de tout les jours...tous les poètes d'antan, ne sont point oublier, et les poètes d'aujourd'hui sans souviennent ! merci Hécate, étrange est la poésie... aux
rives inaxcessibles, du coeur, de la raison, de l'oubli, des souvenirs, mais une coupe de parfum en nectar à la vie ! Belle soirée. Corinne (Cronin) ma rose d'amitié.

Hécate 21/07/2012 10:07



CORINNE ,


c'est moi qui te remercie de revenir sur cette chronique Nervalienne qui m'a demandée beacoup de recherches inspirées de multiples façons comme je l'explique dans mes réponses aux commentaires
précèdents .


Un grand poète qui ouvre sur la vastitude du pouvoir du Rêve !!!


                                                                                                  
Amicalement


                                                                                                                      
Hécate



aiolos 08/04/2012 20:28


Pleurer inconsolable la mort d'une tourterelle aux pieds roses... Ich das nichts ?

Hécate 09/04/2012 10:47



Il était ainsi ...


J'ai eu aussi un oiseau blanc aux pieds roses...Je l'ai pleuré ...beucoup ,beaucoup....


                                
Quel sens a ta question Aiolos ?


                                                                               
Hécate



Fred Milongeroz 29/03/2012 18:36


L'écriture a ce pouvoir comme les contes de proposer divers degrés de compréhension aux lecteurs, selon le chemin de chacun!


Parfois on s'étonne même, ayant écrit un texte, de découvrir ses propres clefs!!!

Hécate 31/03/2012 09:37



Bonjour FRED ,


C'est là en effet toute la force d'une oeuvre quand elle ouvre vers tous les possibles ...


S'étonner de que l'on a écrit  ...oui ! Surtout après avoir oublié en partie la teneur de l'écrit .Soit ,c'est la déception ,soit c'est la surprise ...:)


                                                             
Bonne continuation


                                                                                              
Hécate



Fred Milongeroz 27/03/2012 20:35


Trop long non. Juste le petit commentaire sur le poème au milieu qui demande un effort d'aller et retour entre poème et explications, qui nous plonge dans une petite étude. Ceci dit, la vie de
Gérard de Nerval tu l'abordes d'une bien belle manière. J'ai lu avec enthousiasme et soif d'aller jusqu'au bout... sachant comment ça finit! Mais même à la fin, j'ai découvert un contexte autour
de sa mort et notamment son dernier billet : j'ignorais et à l'époque je n'avais pas internet pour en savoir davantage : autant te dire que Gérard était devenu un véritable mystère pour moi ces
deux derniers mois alors que je tapais ma pièce! Je m'explique davantage sur mon article de tout à l'heure dans lequel d'ailleurs je renvoies mes lectrices et lecteurs ici même sur ton essai.


 

Hécate 28/03/2012 23:21



Bonsoir FRED ,


oui ...l'analyse du poème alchimique demande une certaine attention et connaissance de tout ce que connaissait Nerval .Ses textes n'en finissent pas d'étonner ,d'éblouir par leurs multiples
sens .


Comme j'ai cru comprendre selon ton article si tu as lu les commentaires je n'en ajouterai pas plus . Une expérience humaine à la limite de l'extraordinaire  !


                                                
Merci à toi Fred


                                                              
Bien sincèrement .


                                                                              
Hécate



Fred Milongeroz 27/03/2012 19:35


Merci Hécate pour l'émotion et les réponses apportées par ton essai dont la lecture a été très agréable et très intéressante.


Je re-découvrir la vie et l'oeuvre de Gérard de Nerval avec beaucoup de plaisir.


Tu as donc bien fait de m'inviter ici!

Hécate 27/03/2012 19:41



Bonsoir FRED ...une lecture un peu longue pour la toile peut-être ,mais merci d'être venu .En lisant chez toi le nom de Nerval ...j'ai pensé que cela pouvait t'intéresser .


Ainsi  ,de plus cela me sera plus aisé de retourner te lire ...:)


                                              
Hécate



ariaga 16/03/2012 16:11


j'ai passé le temps qu'il fallait à lire ton article qui m'a vraiment "bluffée". Évidemment c'est la dernière partie qui m'a le plus intéressée mais l'ensemble de l'analyse est passionnant. Un
phénomène de synchronicité qui ne te surprendras pas maintenant que je te "connais" un peu mieux :Juste à gauche sous mon regard, dans la bibliothèque derrière l'ordi je vois le dictionnaire
mytho-hermétique de Pernety ...


Si tu avais faim de mes commentaires je vais te décevoir car plus la vie avance et moins j'aime parler pour ne rien dire ou pour REdire. Tu as exactement analysé les relations de Nerval avec
l'alchimie et je ne vois pas ce que je pourrais ajouter et je dirais même que j'ai beaucoup appris sur le poète que j'ai lu à une périodes où je ne m'intéressais pas aux alchimistes du XVI°
Siècle (les plus brillants) . La manière dont il avait à la fois les pieds enfoncés dans la matière et la tête dans le rêve, ta très belle phrase : "la symbolique alchimique est comme le double
spirituel d'une opération ", la manière dont il s'est brûlé comme le faisaient les alchimistes qui devenaient fous dans les vapeurs et la contemplation de leurs cornues, tout y est. Alors je ne
peux que te remercier pour le temps  que j'ai passé avec toi sur cette note.

Hécate 16/03/2012 18:46



Chère ARIAGA ,je suis bien touchée de ce temps attentif à lire mon article qui est le fruit d'une sorte de longue rêverie autour de Nerval ,poète qui m'attirait beaucoup depuis l'adolescence
...Puis il y eut la rencontre avec un jeune poète qui voulait un regard sur ses vers lors d'un Printemps de la Poésie . Comment il se fit , à peine avais-je parcouru quelques vers ,j'y vis une
correspondance dans les symbolismes  avec ceux de Nerval qu'il ne lisait pas . Nous avons prolongé la conversation ailleurs ,plus tranquillement et avec la fougue qui était mienne alors ,je
me suis évertuée à le persuader de lire certains des  textes nervaliens . Cela lui fit un choc ,une révélation ...Des soirées entières de nos palabres , m' est donc venu le désir
d'aller plus avant .Cette seconde partie je la dois à cette rencontre  et aussi à la lecture d'un petit essai de Georges Le Breton  autour de Nerval et de l'Alchimie . 


Ma bibliothèque est bien modeste ,des livres un peu partout ,un parcours buissonnier ...Non ,je n'ai pas le Dictionnaire  Mytho-Hermétique de Pernety ,seulement quelques aperçus ...


Je pense qu'il me serait difficile d'écrire encore ainsi . Trop long pour la toile ...


Je te remercie de tout coeur de tes mots ici .Heureuse de ce partage avec toi ,de ton regard sur ce texte écrit avec  tant de flamme ...


                              Mes amitiés


                                          
Hécate



ariaga 12/03/2012 11:33


J'ai suivi le lien et comme c'est un article qui m'est inconnu (nous ne devions pas être en lien à l'époque et c'était un e période très douloureuse) il me faudra un peu de temps pour une lecture
attentive et en tirer le "suc". A bientôt.

Hécate 12/03/2012 11:42



ARIAGA , non nous n'étions pas en liens à cette période .Il faut du temps pour lire et entrer dans cet article .


Et ,je m'aperçois que tu étais ici ,alors que j'étais chez toi ...:)


                                                                                   
Bien amicales pensées  à toi .


                                                                                                                                
Hécate



sixfrancs21 23/06/2011 16:53



Je connais très mal l'oeuvre de Nerval, mais j'apprécie énormément le poème magnifique qu'est El Desdichado et je pourrais même le réciter par coeur ... Souvenir nostalgique et
marquant de la fac! On avait fait 2 études très enrichissantes, l'une stylistique et l'autre structurale. Ton analyse (par les  couleurs & l'alchimie) me semble très 
intéressante aussi ... Il serait  peut-être bon également de l'étudier par rapport aux correspondances voyelles-couleurs du poème de Rimbaud !



Hécate 24/06/2011 19:13



C'est par ce poème El Desdichado  que j'ai découvert Nerval ,mais j'ai eu  ses poésies en collection de poche ,j'ai toujours ce bouquin et les pages s'abîment tant je l'ai ouvert et
lu ...


Mon article est assez long comme ça ,Francis  ...:) et j'ai eu la chance d'avoir en mains un des ouvrages alchimiques que prisait Nerval ,et c'est en discutant avec un jeune ami poète
que j'ai eu l'inspiration pour me lancer dans cette analyse ( il venait de me montrer des poèmes de sa composition ,et j'ai fait une comparaison spontanée par rapport à des vers très précis de
Nerval ,qu'il n'avait point lu ...et voilà ....:)


                                                                        
Merci d'avoir lu mon billet ...


                                                                                                                
Hécate



l'ambuleuse 30/03/2010 17:34



« ˝Il n’est pas donné à tout le monde d’écrire
l’Eloge de la folie.˝


On ne peut lire aujourd’hui sans trouble, ni même sans émotion, cette première phrase des Illuminés dans laquelle on
reconnaît si bien Nerval, avec sa façon d’invoquer les grands auteurs et de s’en juger indigne, et surtout de jeter des sorts dans un cercle tracé d’avance. Non qu’il prophétise ou qu’il défie
l’avenir, comme Rimbaud du haut de ses dix-sept ans, mais chez lui la moindre phrase est une vérité profondément éprouvée, presque un aveu, même quand elle a l’air d’être écrite en passant, même
quand elle est le résultat d’une commande ou d’une urgence, même quand elle est le fruit d’une collaboration. Nerval n’est ni un devin ni un initié, et si sa phrase se charge d’un sens qui se
révèle après coup, quand ce n’est pas sur l’instant, c’est qu’il se passionne en poète pour la vie de l’esprit, et qu’il se laisse porter par l’imaginaire. »


 


                                 
  je suis l'autre, de Gérard Macé (Le Promeneur, 2007)






Hécate 30/03/2010 20:54



Commentaire bien documenté dont je vous remercie chère Ambuleuse .


Je n'ai pas lu ,Gérard Macé ,mais je ne doute point que vu par un autre poète ,Nerval ne soit encore à regarder sous une des multiples facettes du
possible.


                                                                                                         Bonne
soirée


                                                                                                                        
Hécate


                                                                                                                         


 


  


 


 



L'Oisel 10/01/2010 12:37



Sans doute l'un de ces rares hommes qui ont vraiment compter. La lecture de cet article ne fait que corroborer mes dires de l'autre fois, vos articles sont une véritable mine d'or! et un
ravissement pour les yeux et l'esprit.
Il est de ces génies dont on ne peut qu'envier la folie, je crois pouvoir dire de Nerval qu'il est de ceux-là.

Vos visites me sont un réel plaisir, bien à vous jusqu'à la prochaine fois...



Hécate 10/01/2010 18:49


Vous retrouver l'Oiseul avec Nerval est une belle réussite alchimique des mots qui furent miens puisque vous êtes intéressée par cet homme assez extraordinaire ,virtuose des
visions et du verbe .
Quand la folie atteint ces sommets est-ce folie ou capacité qui dépasse l'entendement ordinaire ?
Je vous fais mes compliments de vous être attelée  à cette lecture avec enthousiasme ,et suis flattée de votre présence .
                                
votre Hécate


mel-and-tof 09/12/2009 23:11


Bonsoir ma chère Hécate
Oui j'ai bien lu ton commentaire sur   Monsieur de Nerval
C'est ce que je pense
Bonne nuit ma belle
Gros bisous MEL


mel-and-tof 08/12/2009 23:28


Bonsoir chère Hécate
J'ai aimé en classe gérard de  Nerval
Mais à l'inverse de Krsiteva je n'identifierai pas la mélancolie nervalienne au christ c'est une aberration !!
Maintenant que le mental de De Nerval péchait ,je veux bien le croire tous les grands littéraires ont plus ou moins eu des problèmes  de ce coté là
Cependant je continue à aimer de Nerval !!!
Bonne nuit ma belle Hécate
Gros bisous MEL


Hécate 08/12/2009 23:50


Bonsoir Mel ,Julia Kristeva est professeur à l'Université de Paris et psychanaliste. Elle s'est penchée aussi sur le mysticisme .Et il ne faut pas y voir une négation Christique ,mais
bien une identification à la Douleur du Christ. Le moment où Jésus se sent abandonné ,est un passage Biblique .Que l'on soit croyant on non.
Les désordres dont a souffert G.de Nerval n'altéraientt pas sa grande intelligence ,ses dons peu communs .
Il est parfois complexe à saisir ,tout comme l'Alchimie et ses phases de métamorphoses toutes en rapport avec une Symbolique  ardue.
Oui ,comme tu le dis ,continuons à aimer Nerval car nous n'en avons pas terminé de découvrir tous les sens subtils de son oeuvre .
                                 
Bien sincèrement .
                                                                 
Hécate



Dane 27/04/2009 12:37

Être transporter, (re)découverte passionnante. Un petit voyage pas en Orient mais sur un blog qui m'enchante...
Je reviendrai. Belle journée à toi Hécate

Hecate 26/04/2009 09:23

Je croyais que V.S devait revenir exposer son avis sur le "toc" alchimique? Bachelard s'est penché,comme les philosophes de l'antiquité ou les anciens alchimistes sur les quatre éléments:air,feu,eau,terre .
Toute opinion est la bienvenue ici. Hécate

Hecate 22/04/2009 00:02

Il ne m'arrive rien de plus que de vous laisser vous endormir evec l'hommage de G. et non de vous quitter cher Crâne, ne tremblez point de me perdre si ce n'est avec vous sur ce voyage si bien commencé . Avec vous par la pensée...dans les bras de Morphée, croyez-le.Votre Hécate. ( Il est proche de minuit et mon carrosse me ferait la rossererie de se changer en citrouille si je tarde...votre "Cendrillon",petit grillon du foyer d'une fée vêtue d'OS...très ancien et très précieux ).

gertrude 21/04/2009 23:49

Que vous arrive-t-il?
êtes-vous lassée d'un crâne pourtant si plolymorphe et prêt à plier son os à tous vos désirs?

Hecate 21/04/2009 23:41

Hécate ne chante plus, elle a brisé son luth, le Soleil noir de la Mélancolie ayant accompli son Oeuvre, mais cette musique là,croyez bien que ses doigts l'eussent jouée sur sa mandoline où naissait la chanson de Mignon( Peregrinus vous expliquerait...) Vous remerciant ,Gérard , vous murmure la chanson de Buckingham dont il connaissait l'air : "Je vous ai vue ô reine un soir Toute vêtue de velours noir Je vous ai vue ô reine un jour Toute vêtue de noir velours !"Gaston Phoebus d'Aquitaine pour copie :G..de Nerval Dioscures. Vous ayant transmis l'hommage, daignez,Chère, que mon congé de vous je prenne, si me l'accordez. A vous servir, et, bien vôtre...Hécate

gertrude 21/04/2009 22:21

"Au printemps l'oiseau naît et chante :
N'avez-vous pas ouï sa voix ?...
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l'oiseau - dans les bois !

L'été, l'oiseau cherche l'oiselle ;
Il aime - et n'aime qu'une fois !
Qu'il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l'oiseau - dans les bois !

Puis quand vient l'automne brumeuse,
il se tait... avant les temps froids.
Hélas ! qu'elle doit être heureuse
La mort de l'oiseau - dans les bois ! "


Le même "Dans les bois"

Hécate chante-t-elle encore?

Hecate 21/04/2009 10:13

Vincent,la " reine des poissons"...j'ai jeté une nageoire de ce côté,et au gré de mes vagabondages,je fus peu étonnée de retrouver allusion à quelque feuillage d'aulne...et à Thor.Vous suivez ma pensée?...Y a-t-il même nécessité d'une réponse hormis pour le seul plaisir?...

Hecate 20/04/2009 19:44

Je comprends tout ,Gertrude et ce ramage du geai( rare ) chante à mon âme sa mélodie... Je bois l'ambroisie dans le Crâne que vous me tendez...C'est de circonstance et G .ne contredirait pas G . Un hommage très fervent dans les sphères de l'Onirisme... à Gérard de Nerval notre complice !

gertrude 20/04/2009 19:28

Imaginez un seul instant Hécate (et comprenez mon émoi) que Gertrude fut une belle ténébreuse dont la destinée tragique a croisé celle de Gérard de Nerval : G & G (ce n’est pas ce que vous croyez).
Gertrude n’est-elle pas absente d’elle-même ? Car si ce n’était pas le cas, serais-je ici à vous parler dans les limbes de cet espace fantastique digne de tous les imaginaires nervaliens (imaginaire tel qu’il a su garder son romantisme intact face à une Jenny pondeuse appartenant à une autre basse cour… Quelle abnégation !)
Gertrude, elle, a bien des côtés nervaliens : elle est fascinée par sa propre image vaniteuse et morbide , se lovant langoureusement dans son désespoir et ses mémoires tragiques fantasmées ; elle ne détesterait pas le spectacle de quelques nonnes mortes vivantes sortant de leurs tombes moisies. Ne se prend-elle pas pour « J’erre-Art » que Gérard en « Geai-rare » ?
Voyez, Sorcière furieusement romantique, commet vous faites perdre la tête à « J’erre- Trude » ; sachez que pour elle, qui n’a que sa tête et plus toute sa tête, c’est une situation d’autant plus grave qu’elle est embarquée dans un vaisseau fantôme à la dérive, piloté par un ténébreux Capitaine dont le thème astral révèle la présence pesante et inquiétante de Pluton au milieu du Ciel.


Merci de ce Céleste voyage.
Je ne suis qu’un crâne vulnérable et bête à vos pieds.

Hecate 20/04/2009 16:13

Enée,je suis touchée...C'est que Nerval ,ce n'est pas tous les jours qu'il y a un poète aussi vaste,et, la suite?...Enfin tu verras bien. Au moins tu ne regrettes pas d'être venu sur le fil,et ,cela c'est réconfortant !...(pour moi,et pour Nerval ).Amitié à toi.

Enee 20/04/2009 14:46

Plus je relis ... et plus je suis béat d' admiration
Vivement les prochains sujets !

Hecate 20/04/2009 11:15

"A chacun de tes coups...Vibrant dans le ciel ouvert, Je sens le passé plus lointain, Je sens la nostalgie plus proche"(Pessoa)Ce n'est pas Nerval et pourtant...les rêves épanchés des multiples songes...ne lui manquèrent pas! Pour un écho ,à la cloche de 7h...)

Hecate 20/04/2009 11:09

"O cloche de mon village,

V.S. 20/04/2009 07:23

Chère Hécate, petite provocation seulement, car là aussi j'ai mes réticences. Et d'alchimie, je ne fréquente guère, philosophiquement, et de loin, il est vrai, que la chinoise… et taoïstement encore.

Par ailleurs, n'étant pas un prince des ténèbres - je préfère les aubes fleuries et je devrais réserver mes soirées à d'autres exploits chevaleresques, bien que de plume également - il m'est arrivé hier soir de m'empêtrer dans mes propres références : il y a actuellement trois occurrences pour Nerval dans mes pages de 'sous, le clavier…' : 'Angélique' et 'la reine des poissons' dans 'chemin faisant…' et une intéressante lecture du Nerval par Albert Béguin, assez bas dans la page de '… plurielles' /1/ d'octobre 2003, à l'époque où je débutais aussi et étais prolixe. Par sécurité, utilisez le moteur de recherche en haut de page.

Pour le reste, revenir en effet sur tout le méli-mélo symboliste, notamment belge. Cela rejoint d'ailleurs par le biais vos préraphaélites. Vous avez de la suite dans les idées. Et pour le reste encore et pour ce que vous m'en écrivez, je ne me fais pas d'idées… mes rêveries me suffisent. Je suis un adepte de cette conception quelque peu bouddhiste des trois mondes : de la réalité, du rêve et de l'imaginaire.

Écrire, c'est soigner ses souffrances en les cultivant.

Bonne journée. Je retourne à mon petit café, au chant du coq voisin et aux cloches de sept heures.

V.S.

Hecate 19/04/2009 23:23

Cher V.S,vous n'êtes pas obligé d'être un adepte de ma pensée alchimique...Du Toc ?...J'attends la polémique...vous ne saviez pas que j'avais un côté un peu vieux grimoires,et que je prisais les soirs sur le mont Bröcken ?...Je vous ai prévenu...il faut s'attendre à être un peu surpris.Si nous convoquions Nerval ?Dommage,il est parti rêver logtemps ailleurs...

Hecate 19/04/2009 23:15

Enée,plus question d'échapper à cette passionnante invite.Et demain, je gage qu'il y aura une visite esbourrifante,le Capitaine d'un Triblog d'Enfer me réserve quelque chose que je n'ose imaginer .Cette personne est plus que bienvenue ici,et,par avance je l'assure de toute ma déférente attention.La tempête sous un Crâne est un programme à ne point manquer.Le tourbillon du vieil océan va s'engouffer ici comme chez lui! Je salue Isidore...on me comprendra!...

V.S. 19/04/2009 23:15

Hécate, vous êtes la maîtresse… du lieu, régentez ! Mais sur l'alchimie nervalienne, romantique (et, excusez, un peu toc), je reviendrai.

Ces joutes autour de la dame de cœur, doucement verbales, me rappellent un certain 12e siècle provençal que j'ai bien connu ;-)

Hecate 19/04/2009 23:06

Enée,l'affaire Nerval promet des suites étonnantes...Et, je suis bien satisfaite de nos échanges.j'espère faire plus ample connaissance avec toi dans nos espaces respectifs.

V.S. 19/04/2009 23:04

Cher Enée, n'hésitez surtout pas, commentez le commentaire, si bon vous semble. Toute chose dite est faite pour être mise en question. Il en va de notre survie.

Hecate 19/04/2009 22:59

Cher V.S, il faut parvenir à saisir vos subtilités...Hécate devine beaucoup, ce serait l'un de ses petits talents magiques,mais je sens qu ' elle a avec vous un cas assez ardu ,c'est captivant.Et cette complicité,bien agréable,vraiment.

Enee 19/04/2009 22:52

:-) Du coup j' ai lu avac attention le premier commentaire ...
Bien sûr je ne me permettrais pas de commenter un commentaire, si enthousiaste fut-il !

V.S. 19/04/2009 22:45

Le commentaire de 22 h 17 s'adresse à l'histoire, à sa vérité, si elle en a une…, à l'énigme de la mort de Gérard…, qui, excusez l'expression, n'en plus rien à cirer. Bruno, c'est une autre affaire, grandement sensible aussi pour moi. Aucune polémique, croyez-le bien, Chère ! Aucune !

Hecate 19/04/2009 22:42

Bonne soirée à vous.Alphaville ...c'est très...comment dire...c'est racé cette manière d'énoncer les choses . Je savoure vraiment vos nombreuses visites.J'espère ne pas trop vous décevoir.Et j'apprécie aussi l'humour.Bien à vous cher V.S

V.S. 19/04/2009 22:34

Donnez-moi le temps de gratter dans mes archives. Présentement, je suis Auvergnat… et mon misérable portable n'a pas toute sa mémoire. De retour à Alphaville, j'aurai le temps et la disponibilité.

Je pense qu'il ne s'agit pas seulement de l'enfer des bibliothèques — quoique les éditions de Verlaine et Rimbaud, par exemple, des années 40-44 apparaissent fameusement expurgées —, il s'agit, selon moi, d'un regard passéiste et 'romantique' — mauvaise manière — sur la prétendue misère du poète. Manière d'exorcisme !

Ne le prenez pas mal. Nous sommes plus que complices, solidaires en cette matière.

Bonne soirée.

V.S.

Hecate 19/04/2009 22:32

Ce commentaire de 22H17 ne s'adresse pas à Hécate je présume?Allumerais-je quelque bûcher?On ne va pas brûler encore un Giordano Bruno ?

Hecate 19/04/2009 22:18

De quel autre Gérard plus flamboyant s'agit-il ? Vous attisez ma curiosité...Maudits?...On veut les voir ainsi...On a tout fait pour les enfermer dans l'Enfer des bibliothèques!!!Que voulez-vous, je ne fais qu'être avec mes coups de coeurs...Refaire, oui, c'est fastidieux, mais c'est mieux que de laisser sombrer dans l'oubli.J'ai beaucoup à découvrir,et vous m'y aidez avec un entrain...endiablé!!!

V.S. 19/04/2009 22:17

Dernière énigme nervalienne : comment retrouve-t-on un pendu avec son chapeau sur la tête ? Avis à tout 'écriveur' de polar…, un bédéiste ferait bonne figure.

V.S. 19/04/2009 22:08

Qu'y puis-je si je suis né là ! J'ai fréquenté Mortefontaine, il y a déjà longtemps, et connu ses reliquats de mentalité féodale bien ancrées, dans ce Valois, chez certains 'latifundiaires'.

Mais l'essentiel est Nerval, si sensible pour moi (vraiment), vous trouverez des pages dans mes '… plurielles' ('Angélique', 'la reine des poissons') et, pour vous encore, j'en restituerai d'autres. Vous me donnez le courage de cette tâche assez fastidieuse que je renâcle à effectuer - refaire ce que l'on a déjà fait est si frustrant !

J'aimerais évoquer un autre Gérard, plus flamboyant… J'ai horreur des 'artistes (dits) maudits', et de cette sorte de pitié gratifiante dans laquelle on les enferme généralement. Il en va ainsi, de même, de Verlaine, de Baudelaire… Mais, il y a tant a dire !

Oh ! que tous ces regards que vous proposez sont importants, essentiels. Heureux lecteurs nous sommes !

Donc, à attendre encore une heureuse suite de vous.

V.S.

Hecate 19/04/2009 22:04

Eh! bien...Cela manque à ma culture...je retarde...je m'attarde dans les abîmes du temps.C'est de Nerval dont tu parles?..ou de l'auteur du commentaire premier?

Enee 19/04/2009 21:53

C' est très intéressant ... je n' avais à peu près aucune idée de la vie de ce monsieur

Encore un petit mot de Desproges sur la culture :
"La culture, c' est comme l' amour. Il faut y aller à petits coups au début pour bien en jouir plus tard."

Hecate 19/04/2009 20:13

Cher Vincent vous me faites l'honneur d'être le premier à m'écrire un commentaire nervalien .D'après ce que vous me dites comment m'étonner d'une verve aussi étincelante que la vôtre!...Le Vallois doit y être pour quelque chose...car vous savez accorder la lyre et faire chanter le verbe.Merci . Votre Hécate.

V.S. 19/04/2009 12:02

Oh ! Nerval, le somnambule du rêve ! Moi, né près d'Angélique de Longueval et qui suis le petit cousin de la Reine des Poissons ('Les Filles du feu' et 'Contes et légendes du Valois'), je suis plus que sensible à ces regards et visions. Merci à vous pour ceci.

N.B. : Mortefontaine, demeure de ses grands-parents, n'est pas si proche d'Ermenonville. Le Valois, première province rattachée au fief du roi de France, est vaste ; il y a plus que quelques lieues, par exemple, de Senlis à Villers-Cotterêts… Mais, quoiqu'en laisse supposer, par ailleurs, Gérard, Longueval, près Beaurieux (confins de la Picardie et de la Champagne), n'en est plus. On excuse tout à un visionnaire. Parole de Valoisien !

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