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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 11:25

 

 

J'ai découvert tout à fait par hasard son premier roman « La robe » totalement captivant et singulier.

« La véranda » est le plus troublant, le plus subtil, le plus délicat de ses romans. L’auteur a dit lui-même dans « le matricule des anges » que son lecteur idéal ne s'arrête pas au récit.
         « -j'aimerais que chacune de mes phrases soient pour lui un point de départ... le roman développe des intuitions ». « La véranda » est son roman le plus marginal. Il ne s'y passe presque rien... mais quel rien !!!

Le liseur se demande s'il s'est assoupi, s’il a manqué quelque chose par ... distraction? Non, il s’est laissé hypnotiser par la magie d'une écriture arachnéenne.
La première approche de ce livre n'est que l'effleurement indicible de l'irréel dont l'auteur dans l'ombre de son narrateur est un guide discret « -Il fallait seulement apprendre à changer de point de vue ».

Par de petites phrases presque anodines, il conduit vers l'indiscernable qui devient
proche, presque palpable. Il échafaude une histoire dont l'architecture semble composée d'abstraction : « -L'imminence de la mort génère paraît-il cette singulière archéologie ».

S'aventurer dans « la véranda » c'est s'ouvrir à la perception de la terrible beauté d'un songe lancinant, c'est aussi consentir à une immersion dans la liquidité insondable dont est fait le regard du Destin. « -La métaphore du lac gelé m'amusa un instant. Nombreux étaient ceux qui ne vivaient qu'à la surface des choses ».

La frontière entre la vie et la mort est la charnière où se greffe « la transgression des limites ». Un thème cher à Robert Alexis.

Dans ce roman le sortilège opère comme les charmes d'antan. Une rencontre va être dont le déploiement sera sans équivalent: « -Je me souviens de ce moment comme l'un des plus forts de ma vie ». Ce livre s'articule autour d'un livre d'Hofmannsthal qui va accroître « le lien d'ombre » prêt à précipiter l'irruption de l'irréel dans la réalité.

Une fantastique évasion, une emprise terrible qui poursuit longtemps. La vie serait-elle un songe oublié ?  

Un voyage en train, une halte à Linz, une villa entrevue, avec une véranda attire le narrateur. « - Je prends ce train peut-être pour la dernière fois ».

C’est bien d’un voyage dont il s’agit. Réel, symbolique. Revenir, renouer le fil d’un rêve interrompu. Illusion ? Mémoire ? Transparence des apparences… images nébuleuses d’une époque révolue… « la volonté d’en finir avec mes pressentiments… »

La villa aux abords d’un lac contient le passé prestigieux des Hohenhels. Le narrateur va acheter la demeure à vendre.  

Deux femmes entrevues ajoutent au sortilège du paysage. « Très proches l’une de l’autre, on les voyait souvent réunies, vêtues de noir portant le deuil d’une dynastie parvenue à sa fin, s’aidant mutuellement à supporter la charge trop lourde des siècles. »

Edulcorer la puissance romantique du roman, la réduire à une énigme dont le mystère ne cesse de grandir est impossible car elle repose toute entière sur le velours d’un style à savourer comme une pipe d’opium dans le boudoir du Songe.

« Je réalisais aussi pourquoi rien jusque là ne m’avait retenu à la vie. Mon caractère refusait l’attachement aux personnes et aux lieux afin, du moins m’en persuadais –je, de demeurer disponible. »

La torpeur pernicieuse de la réalisation idéalisée de son fantasme suscite un brusque effroi dans l’âme du narrateur : « Le monde reprit ses droits, ouvert comme une blessure, forcement vide loin de celle que j’aimais… Dont les appels, cependant demeuraient irrésistibles ».

La seconde partie du roman n’est plus qu’une fuite éperdue, peut-être frustrante pour le lecteur aussi égaré que le narrateur et dont toutes les perceptions exacerbées  sous les effets des drogues glissent en dérives fiévreuses vers un érotisme délétère à Istanbul, après une halte brève en Roumanie.

En de somptueux tableaux dignes des peintres orientalistes les plus audacieux, Robert Alexis par la fulgurance de son écriture restitue toutes les impudeurs des pulsions. « Le Bosphore ressemblait au Léthé qui efface toute mémoire… », « Durant des nuits entières l’alcool emplissait le petit verre ciselé des diplomates, on fumait paresseusement le houka, on mâchait je ne sais quel mastic de pavot… »

L’égarement semble définitif.

…  « une fillette apparût, un doigt sur ses lèvres pour imposer notre silence. Nous montâmes sous les combles dans une pièce meublée d’un seul lit rose. De la minuscule lucarne, un rayon de lune venait envelopper les visages d’une soie immatérielle. » 

Mais le souvenir de la villa délaissée devient lancinant…

J'ai lu ce roman trois fois. Pas une de trop, bien au contraire... jamais lassée de l’envoûtante errance, de l’incessante quête identitaire, obsession qui plane dans tous les romans de l’auteur.

 

Hécate janvier 2009.

Edition José Corti 2007.

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Published by Hécate - dans Avis de lectures
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commentaires

rotko 28/05/2013 13:07


oui, il y a chez Alexis, une recherche du mot  rare, désuet, qui donne effectivement une impression d'intemporalité, ouvre sur un monde onirique. "Des berges avenantes", certes, c'est
tout-à-fait dans le ton, mais "accortes" me paraît plus contestable, ce que confirmerait le dictionnaire http://bit.ly/11ue0oE

Hécate 29/05/2013 10:45



ROTKO votre lien du dictionnaire ne m'est pas accessible, certes" accorte" s'utilise habituellement quand il s'agit d'une femme, d'une jeune fille gracieuse...Ici il s'agit de
"berges"...faut-il y voir une des facéties de l'humour de R.Alexis ?( il n'en manque point ) Peut-être est-ce un mot à dessein, à relire le paragraphe le narrateur dit : "Seul m'interessait
vraiment le dialogue avec cet autre caché sous les formes admises "..."La mort veillait sous les rires d'un enfant." ....."Les berges accortes"...seraient  une vision féminisées, peut-être
?...Ce diable d'auteur étant passionné par la Nature sous toutes ses formes...et qui s'acharne à répéter dans son oeuvre à nous dire d'apprendre à changer de point de vue...


Cet échange  est intéressant, merci à vous encore de relever ce détail ( ce passage était l'un de ceux que j'avais plus ou moins souligné au crayon lors de la lecture ).


Bonne journée.


                                       
Hécate



rotko 27/05/2013 12:53


Bonjour,


je crois avoir connu une Hécate sur zazieweb. Merci, pour ces analyses fouillées de "la véranda"; je viens de terminer cette lecture. je ne crois pas remettre le livre trois fois sur le pupitre.
Le thème ne me touche pas de si près.


 Oui, le STYLE ! mais p.71, les "berges accortes" ? bonne continuation à vous :-) http://bit.ly/12Y6kcx

Hécate 28/05/2013 11:10



Bonjor ROTKO


Je pense que ce devait être une autre Hécate sur zazieweb. Robert Alexis a déclaré qu'il n'écrirait plus jamais un livre tel que "La Véranda"...


Le thème m'avait touchée, et j'aivais eu l'envie de le relire. Le STYLE dites-vous ?...J'ai repris cette page 71, "les berges accortes"...je n'ai rien trouvé là de pertrurbant...les berges
avenantes  pourquoi pas !  A chacun ses impressions...


Merci de votre lecture de cette chronique et du lien que vous m'avez indiqué. Bien cordialement à vous.


                                                                                                                                  
Hécate



aiolos 08/04/2012 18:41


Linz, je connais bien (une ville en Autriche). D'une chambre sous les combles, j'ai suivi inlassablement le vol des choucas des tours. Pas Corone dans le lot....Schnif, schnif... 

Hécate 08/04/2012 18:48



AIOLOS ......................Linz ! Tu es allé à Linz ????????


                                       
Là ....l'émotion monte....


                                                 
Tu es sur la trace d'un des écrivains  dont je soutiens les oeuvres .


                                                                                            
La Corneille Noire



Clémence 08/06/2011 19:14



Avez-vous cliqué récemment sur le lien de notre végétarien préféré?



Hécate 08/06/2011 19:25



Ah.......................J'en arrive et ...on me demande un mot de passe !!!!!!!C'est ...quoi cette nouveauté ????


Notre habitant de la mare y était passé ...il y a quelques jours .


                                             Je
suis ....


                                                                     
Hécate Z ahurie ...



Hecate 09/08/2009 14:33

Tout dépend de la personne qui lit,et surtout du livre!!!!Lire deux fois "La véranda" ne semble pas trop...Certains auteurs me captivent...Et parfois il m'arrive de parvenir à traduire ce que j'en ressens.Parfois assez vite,parfois non,je n'ose ne sachant comment m'y prendre.Je m'en voudrais de détruire le climat d'un roman que j'ai aimé ...Robert Alexis est un écrivain qui m'a fascinée,juste àprès Daniel Arsand.C'est en cherchant un titre d'Arsand ,que je suis tombée sur Alexis!...
Bien amicalement.Hécate

sonja 09/08/2009 11:42

Bonjour
Voilà bien une étonnante manière de tenir le lecteur. Le mystère semble vissé à chaque coup de plume. La pause à Istambul doit être assez passionnante. Tu nous donnes envie de lire et encore lire.
Tu parles des auteurs et de leurs écrits d'une façon qui pousse à l'action. Mais je n'arriverais jamais à lire trois fois le même livre...
Bonne journée

Hecate 20/06/2009 10:52

Ah! Plaiethore...vous étiez donc sur cette" Véranda" agitant ma nuit de sensations diffuses, il me venait des froissements de velours à ce tissu de ténébres où se matérialisent d'intuitives émotions...Vous êtes un peu magicien...et vos errances dans ces pages vous porteront très loin,et très près de mes propres songes...
Votre Hécate

Plaiethore 20/06/2009 01:40

Alanguir ses pensées sous les ailes de cette véranda serait donc encore plus troublant que de porter une robe cousue à vif sur son esprit ?

Soit ! Vous souhaitez amener vos visiteurs à l'ombre flamboyante de l'irréalité, à la rayonnante obscurité des songes qui sculptent nos existences, j'acquiesce donc, confiant à vos mains baguées de siècle qui était le notre, mes alvéoles d'oxygène pulvérisable.

Chère Hécate, vous souvenez-vous... l'oubli de soi... le partage... Rien ne s'oublie ; vous vivez dans ce vous nous offrez, votre passion...

Bien à vous en cet instant et encore demain le votre.

Hecate 30/05/2009 21:22

Dane, que puis-je répondre?...sinon ,que tomber dans un roman de Robert Alexis c'est déjà un climat, cest subir une ambiance dont la dépendance est imprévisible et qui n'est pas forcement sur le moment celle à laquelle on s'attendait.
amicalement.H

Dane 30/05/2009 13:13

C'est la fascination du lieu qui tend à prendre le dessus si on n'y prend gare... :-)
Belle analyse je vais le relire.
Pour ma part quand on doit lire un livre "la robe" pour cet auteur-là, il ne faudrait pas lire un autre de ses ouvrages en attendant.....
Patienter avec un autre auteur...

Bien à toi Hécate

Hecate 15/05/2009 22:53

Chère Gertrude,je suis très honorée de votre excellente appréciation de cette "Véranda" dont nous ne nous sommes point lassées,l'une et l'autre.
Quand à ce naguère où j'allais dites-vous commenter vos travaux, il n'est que très proche encore; parfois je ne veux ,par trop de hâte vous laiser d'une étourderie irréfléchie, me faisant dériver de ce que vous vouliez exprimer,et manquant d'à propos .
Acceptez voulez-vous bien , de m'octroyer quelques heures ; ma fidélité n'étant pas en cause, seulement une légère fatigue.
Bien à vous. Votre
Hécate

gertrude 15/05/2009 22:34

Cela fait maintenant un moment que j'ai lu pour la deuxième fois "La véranda", pas une fois de plus, pas une de trop. Car arrivée à la fin du texte, il y a comme une invitation à retrouver les signes semés sur le parcours, les petites clés qui subtilement ne peuvent être perçues comme telles qu'à la fin du récit mais dont le souvenir reste suffisamment imprécis pour nous donner envie d'y regouter..

Mais je ne sais pas pourquoi je vous dis cela à présent, car c'était le temps où vous disiez bonsoir et que vous commentiez les images de mon espace...

Donc, bonne nuit, Hécate.

Hécate 11/04/2009 22:39

Merci de votre visite ici, c'est un réel plaisir pour moi ."La véranda" est certes le roman de R.A qui me laisse des traces indicibles. J'avoue , sans fard, qu'au départ,je fus si captivée par "La robe",que ce roman lu aussitôt après se dilua dans une sorte de brume .Ce ne fut qu'ensuite qu'il vint à me hanter,à me poursuivre comme un rêve dont une partie se dérobe, chassée par la réalité d'un réveil trop brusque .Ensuite, il s'imposa,avec discrétion.Entre D.Arsant et R.Alexis l'obsession mit peu de temps à concrétiser le désir où m'avait menée ces romans, j'en fis une "lecture" sur cassette pour une amie malvoyante tant j'avais le besoin de communiquer mes découvertes,deux romans,désormais liés à cette exploration de leurs oeuvres .Avec Les figures" ce fut l'apogée, ce dernier roman coîncidait avec des thèmes qui n'avaient cessé de me posséder durant une bonne année...aussi, me fut-il aisé( si j'ose dire) d'écrire ces trois commentaires dès la parution des "Figures" et de les glisser dans des avis de lecteurs afin d'étendre un partage anonyme de cette oeuvre stupéfiante.Non, je ne suis pas étonnée que ce livre mérite votre faveur; mais qui sait si à sa sombre lumière,comme je le fus ,serez-vous tentée d'approfondir ce que dégage l'oeuvre de cet écrivain dans son ensemble?...Le temps seul saura le dire.Je ne connais que ma prore expérience, toute de subtilité et assez inexplicable encore...Le charme est là , ensorcelant .A vous.

Gertrude 11/04/2009 21:50

J'ai commencé à lire "La Véranda"; je ne suis pas encore très loin dans le roman mais j'ai la conviction que de tous les romans de RA, c'est celui qui vous fascine le plus et qui vous convient le mieux. Pour ma part, je n'en sais rien encore mais quelque chose me dit que c'est "Les figures" qui auront ma préférence (ça vous étonne?).
Je dis cela car cette nuit, dans un demi-sommeil je superposais ce que j'avais lu de "La Véranda" à un écrit (manuscrit) que j'ai aussi lu aussi hier, et qui m'a beaucoup impressionné. Tout cela se mélangeait, et j'en ai gardé une drôle d'impression d'étrangeté...

edwood 09/03/2009 04:42

Bien belle chronique une fois de plus!
Ce roman ouvre au lecteur des horizons insoupçomnées. De la littérature pure, sans fioriture, comme je l'affectionne.
Merci Hécate de faire vivre Robert Alexis sur la toile.

Callophrys 12/02/2009 11:19

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