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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 22:21

miloszportrait5.jpgMilosz l'Enchanteur

Poète Européen.

 { 1 }

 

            Milosz disait qu’il écrivait pour une génération future, car il eut à souffrir parfois, de l’incompréhension de ses contemporains.

 

            A travers la poésie,  il conçoit le sens mystérieux de l’existence, et l’Art est pour lui une délivrance, la lumière de son âme tourmentée.

Les vers de Milosz se colorent de mille feux éclatants. Mais la pensée du poète, toujours originale, vogue vers les régions les plus douloureuses de la vie.

 

            C’est en lisant Hölderlin que Milosz trouve ce qu’il appellera « l’Affirmation » opposée à « la Nécessité ».

            Il lit Novalis dans le texte. Il sait Goethe par cœur. Il aime en Nerval le rêveur éveillé, le noble voyageur et, dans « La fin de Satan » du Hugo, la profondeur ésotérique. 

 

            « La poésie est un état d’âme à la fois terrestre et supra-terrestre accompagnée d’un besoin d’extériorisation. » 

 
            A. Breton ne croit pas à la religion organisée socialement et juge le savoir absolu impossible, il pénètre l’art par la voie occulte, la cryptesthésie des bas-fonds, ce qui différencie l’expérience de Milosz de celle des surréalistes. Le surréel de Breton n’intéresse pas Milosz ; qui tenait  à rattacher ses expériences mystiques à la recherche scientifique. Il lisait maints ouvrages sur la physique et la chimie moderne.

            Pour Milosz le Rien est l’unique contenant intelligible d’un univers libre et pur qu’il ne faut pas confondre avec le vide. Goethe s’identifiait aussi à cette vision.

 

"Ce que nous pressentons, il ne faut pas le dire ;

Nos frères et nos sœurs ne le comprendraient pas.

Gardons-nous de mêler à leur danse, à leur rire

L'écho surnaturel des accents de Là-Bas…

Ce que nous pressentons, il ne faut pas le dire"

 

Il se tait et confie à la vague apaisée

De mon sein le sommeil de sa tête d'enfant,

Léger comme ces vents qu'à travers leur rosée

Baisent les jeunes filles. Sur mon sein maintenant

Il dort comme le ciel sur la vague apaisée.

 

                                Extrait du "Consolateur"

                                                     ( livre II )

 


            "Un jour, je m'éveillais tout hébété à mon destin véritable et je reconnus être une de ces âmes infortunées où les imaginations brûlantes de l'adolescence consument la réalité de toute une vie.

Néanmoins, secouant ma torpeur, je me composais du mieux que je pus, je fis mon entrée en scène – et le spectacle commença."

 

C'est en Biélorussie, sur un ancien territoire de Lithuanie qu'Oscar Vladislas de Lubicz – Milosz naît le 28 Mai 1877.

Lubicz signifie "volonté de Dieu". Son père, Vladislas, officier de la garde du Tzar abandonne tôt l'armée. C'est un original réputé pour ses excentricités. Il aime la nature à sa manière, interdit les coupes de bois, apprivoise les fauves, mais chasse les biches, tue les oiseaux, force les femmes.

Violent, romantique, ses paysans bénissent à distance ses bontés, tremblent de ses tempêtes.

Comme ses ancêtres, il s'intéresse à l'alchimie et possède d'antiques grimoires familiaux relatifs au grand Art ! Milosz se dira alchimiste par hérédité.

Sa mère Maria Rosenthal est une juive polonaise d'origine modeste, dont la famille appartient à une haute classe enseignante formatrice de rabbins.

           - "Je dois reconnaître, que le sang hébraïque apporté dans la famille par ma mère est pour quelque chose dans ma poésie et ma métaphysique." 

 

Enlevée sur la route – résiste – t – on  à un boyard, à un seigneur – cette jeune femme quitte son milieu et se convertit au catholicisme dans l'intérêt de son fils. Ils ne s'épouseront que lorsqu’ils seront à Paris. Milosz a seize ans. Cette union considérée comme une mésalliance l'affecte. Il est trop conscient du décalage social, entre ses parents.

Sur une photographie, madame Milosz apparaît comme un ange noir à la taille de guêpe, et elle a toute l'allure d'une reine gothique.

 

-   " Je dis : Ma Mère. Et c'est à vous que je pense ô maison ! …

Car je n'ai jamais eu, ô nourrice, ni père, ni mère.

Et la folie et la froideur erraient sans but dans la maison…"

 

            Milosz a fort peu séjourné dit-on, dans ses terres de Russie, mais le château de son enfance solitaire le hante. C'est au début du 19° siècle que les Milosz achètent leur propriété à un prince Commandeur de l'ordre de Malte.

            Tout le mystère de sa poésie a pris sa source dans la forêt mystérieuse du domaine et une nostalgie tourmentée le suivra jusqu'au bout de sa vie.



- "Les morts, les morts, sont au fond moins morts que moi ! " 

 

Cette pensée de la mort qui hante le poète, il l'appelle : "la saison du silence". Il affectionne le charme des choses qui ne sont plus dans la réalité, mais dans la vérité de sa pensée.

 

                        Chanson

 

Me voici, me voici, chère d'autrefois !

La tristesse de ton jardin m'a reconnu.

Me voici, me voici, très belle d'autrefois,

Très douce qui ne me reconnais pas…

 

Au clair des lampes d'il y a longtemps

Tu songeais sans doute à mon grand voyage.

Ton visage, Annie, oh ! qu'il est étrange

Au clair des lampes d'il y a longtemps

 

Les roues et les rouets ont tourné trente ans.

Voici mon retour, ô ma grande amie !

Les jours de jadis se sont endormis,

Au vieux bruit des roues, au vieux bruit des rouets…

 

-  C'est vous, c'est bien vous, ô mon très – aimé !

Vite, le beau miroir où le soir seul est vieux,

Vite, la belle robe aux couleurs d'adieu,

Pour fêter le retour de mon bien – aimé !

 

-  La robe est grise, ô chère de jadis;

Où sont les couleurs d'adieu ?

Le miroir est blanc, ô chère d'il y a longtemps ;

Ton visage y est vieux.

 

Ce que nous pleurons ne reviendra pas.

Adieu ! adieu ! ô ma pensive d'antan !

Que ferais-je ici, Annie, plus longtemps ?

Les roues et les rouets ont tourné trente ans…

 

                        (Le poème des décadences.)

 
miloszportrait3-copie-1.jpg

 

 

 

 

 




            Il rêve, vit avec les livres : Faust, Edgar Poe, la Bible, Homère, avec les grands magiciens des romans de chevalerie et ceux des contes. Il rêve aussi de voyages lointains, d'îles très vieilles et de voiliers perdus dans le grand silence du temps…





- "Jusqu'au jour où, m'apercevant que j'était arrêté devant un miroir je regardai derrière moi..." 

 

 

 



 


            Symphonie inachevée         (extrait)

 

Ecoute bien, ma sœur d’ici. C’était la vieille chambre bleue

De la maison de mon enfance.

J’étais né là

 

C’est là aussi

 

Que m’apparut jadis, dans le recueillement

de la vigile,

Mon premier arbre de Noël, cet arbre mort devenu ange

Qui sort de la profonde et amère forêt,

Qui sort tout allumé des vieilles profondeurs.

 

De la forêt glacée et chemine tout seul,

Roi des marais neigeux, avec ses feux follets

Repentis et sanctifiés, dans la belle campagne silencieuse et blanche :

 

Et voici les fenêtres d’or de la maison de l’enfant sage.

 

Vieux, très vieux jours ! Si beaux, si purs ! C’était la même chambre

Mais froide pour toujours, mais muette, mais grise.

Elle semblait avoir à jamais oublié

Le feu et le grillon des anciennes veillées.

 

Il n'y avait plus de parents, plus d'amis, plus de serviteurs !

Il n'y avait que la vieillesse, le silence et la lampe.

La vieillesse berçait mon cœur comme une folle un enfant mort,

Le silence ne m'aimait plus. La lampe s'éteignit.

 

Mais sous le poids de la Montagne des ténèbres

Je sentis que l’Amour comme un soleil intérieur

Se levait sur les vieux pays de la mémoire et que je m’envolais

Bien loin, bien loin comme jadis dans mes voyages de dormeur.

 

 

            Et il la revoit, cette enfance idéale que sa nostalgie recrée, une enfance pleine de chevauchées et de randonnées en traîneau, une enfance nourrie de contes de fées dans un logis seigneurial, parfois bourdonnant de chants, de rires, mais surtout de solitude…

          Autrefois, au début du 12° siècle, c'est un royaume de trente mille hectares de forêts et de marais, de villes et de villages ; sur ces vestiges, un père extravagant règne en maître…

 


marais.jpg


           -   "Venez, je vous conduirai en esprit vers une contrée étrange, vaporeuse, voilée, murmurante. Un coup d'aile, et nous survolerons un pays où toutes choses ont la couleur éteinte du souvenir. Une senteur de nymphéas, une vapeur de forêt moisissante nous enveloppe. C'est la Lithuanie… (…) Le ciel tiède et pâle de la pensive contrée qui s'ouvre devant nous a toutes les fraîcheur du regard des races primitives, il ignore la somptueuse tristesse de mûrir…

            Une lueur blafarde enveloppe la plaine, une brume de souffre se couche sur les forêts, la pâleur de l'idée fixe noie la force silencieuse du soleil…"

 




            Est-ce légende, cet enfant terrorisé par les colères de son père, ses emportements, ses coups de folie ?

            Ce père, un jour tente de se tuer et s'ouvre le ventre avec un vieux sabre. L'enfant n'a-t-il pas alors traversé des salles pleines de ténèbres en appelant des domestiques pour secourir celui dont il parlera ainsi :

                 -  "Mon père était un grand voyageur : ses chasses en Afrique et ses exploits d'aéronaute le tenaient, la plupart du temps, éloigné de la maison.

J'ai grandi dans une solitude morale presque absolu… c'est de là que me vient mon amour de la nature et la teinte plutôt sombre de mon caractère."

 

            Czeslaw, le neveu de Milosz raconte : " – Ce père, sur la fin de sa vie avait la manie de la persécution, les cheveux tombant jusqu'à la ceinture, il restait des jours entiers dans la cave en serrant sur ses genoux une hache affûtée."

            Fuyant un père malade, un logis morose, Milosz fréquente toute l'élite artistique de Paris. C'est un véritable prince noctambule. On le voit au café "Vachette", à la "Closerie des lilas", au bar américain. Il y a là Paul Fort, Stuart-Merril, Oscar Wilde, Jean Moréas.


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            Dans une soirée au "Rat mort" un cabaret de Pigalle, il admire Polaire aux côtés de Colette et Willy. Le poète Jean Lorrain est là aussi.

            Chez Tortoni il rencontre Vielé – Griffin, Henri de Regnier.

            Milosz dégage un charme à la fois slave et oriental. Il est la distinction même. Son visage est fin, couronné de cheveux naturellement ondulés, ses yeux sont couleur de feuille d'automne, sous de très épais sourcils mordorés.

            Sa bouche est amère et mince, sa voix gutturale avec un très léger accent. C'est un jeune homme de haute taille, d'apparence étrange, une sorte de grand seigneur sorti tout droit du 18° siècle ! Son vaste front pourrait se coiffer d'une perruque poudrée, son profil d'aigle se pencher sur un jabot de dentelle.

          

             

            Milosz n'oubliera jamais la leçon de ses aînés à la recherche d'une libération du vers. Pour "Les serres chaudes" de Maeterlinck il nourri une profonde admiration.


Germain_Nouveau.jpg
           



             Au lycée Janson de Sailly il a Germain Nouveau (cet ami de Verlaine et de Rimbaud) comme professeur de dessin. Les crises mystiques de ce poète ne le laissent pas insensible.

            A l'école du Louvre il étudiera l'épigraphie hébraïque et assyrienne.

            A son arrivée à Paris, à douze ans il parle déjà trois langues : le français, l'allemand, le polonais. Plus tard ce sera l'anglais et le russe, puis un peu d'italien. (Sa grand-mère paternelle est une cantatrice issue d'une vieille famille génoise.)

           





            Il a 24 ans quand il tente de se suicider. Un léger différent avec son père est probablement la cause de ce geste désespéré. Dans une lettre datée de 1901 il s'explique à un ami américain rencontré 1 an auparavant :

 

-          « Vous savez combien la vie me répugne : c'est cette haine – raisonnable parce qu'elle est sans raison – qui m'a poussé à attenter à mon existence – si utile au monde et à l'humanité. Le premier janvier de cette année, vers onze heures de la nuit, – avec un calme parfait, cigarette aux lèvres – l'âme humaine est tout de même une chose bien bizarre, – je me donnai un coup de revolver dans la région du cœur. Comme vous voyez, je me suis manqué, – hélas – quand la vie s'attache à une proie elle ne la lâche pas facilement.

-          Mais l'indulgence du hasard est vraiment pire que toute mort ; j'ai horriblement souffert, – le lendemain le docteur – le premier chirurgien de Paris, Marchand, n'a pas voulu m'opérer, disant que j'étais trop faible et que je ne vivrais pas jusqu'au soir. Le cœur et le poumon gauche étaient tellement enflés et tellement noyés dans le sang de l'épanchement interne, que je n'avais plus de place pour respirer : j'allais d'un moment à l'autre, mourir étouffé. Un abbé est venu m'administrer. Mais le soir j'ai tout de même pris un peu le dessus, au grand étonnement des médecins. Je suis resté un mois et dix jours au lit. Je me lève depuis deux jours. »

 

Il se remet à écrire, commence à rédiger son "Don Juan". Cette même année il rencontre Guillaume Apollinaire, Claudel publie "L'arbre". "La volonté de Dieu" pèse déjà sur Milosz.

      En 1921 dans une lettre, il écrit :

 

" – Je vois la solitude devant moi comme une éternité. Je vis depuis quelque temps dans une atmosphère de suicide. Malheureusement pour moi, j'ai perdu ce droit là comme tous les autres, je ne m'appartiens plus – je suis à celui qui est le Lieu seul situé et où je reposerai ma tête."    

      Et dans une autre lettre du 22 septembre 1922, il constate :

 

 " – La Révolution bolchevik m'a jeté sur le pavé. Domaine de famille, capitaux, tout fut confisqué le même jour."

 

      Plus tard, avec humour, il évoquera sa situation de ci-devant dépouillé par les soviets (– qui ne sont pas, entre nous soit dit, si antipathiques que ça !)

 

Par ailleurs, il écrit cette même année :

 

-          Ainsi je vis – aussi peu surhomme que possible – mais avec le sentiment terrible que le jour approche où je me mettrai à parler à Dieu comme personne, pas même Dante, pas même Goethe ne lui a parlé encore".

 

Une nuit en 1914, il a été frappé d'une illumination mystique. Il traversait alors une crise tragique de santé et n'ouvrait sa porte qu'à de très rares intimes. Un matin de cet hiver là, il avait dit :

 

-  "J'ai vu le soleil spirituel…"

           

Milosz poète européen, romantique, symboliste, est plus que jamais visionnaire. Il est en quête de pureté et d'idéal, mais sa vie d'homme est très active. Il est rédacteur diplomatique et ministre de Lithuanie en France.

            Tourné vers le passé dans sa pensée la plus intime, il voyage pour lui, puis pour sa carrière. De 1896 à 1916, il sera en Russie, en Pologne, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Afrique Française enfin.

 

 Il est l'intermédiaire entre le ciel et la terre, entre les hommes et les guerres.

           

De ces voyages et du séjour qu'il fait dans ses terres de 1902 à 1906, il rapporte des souvenirs à foison, mais presque exclusivement des souvenirs tristes, désenchantés.

 

-          …"Ah ! mélancolie et lassitude des arrivées, sentiment mélangé de vide et de regrets des départs ! Et cette accablante certitude que l'âme sera demain ce qu'elle est aujourd'hui, et ce qu'elle fut hier, et il y a dix ans, et de toute éternité."

"J'avais longtemps couru le monde avec mon frère

Sans repos : j'avais veillé avec l'angoisse

Dans toute les auberges du monde : Maintenant j'étais là,

Tête blanche déjà comme le frère nuage. Et il n'y avait plus personne."

 

            Sa vie est intense, riche d'actions politiques, de rencontres, de grandeur et d'humilité, de lascivité et de pureté ; la femme idéale, très haut placée, ne sera sa compagne et sa sœur qu'en des cimes où l'amour mortel n'a pas sa place.

 

L'Etrangère

 

Tu ne sais rien de ton passé. Tu l'as rêvé,

-          Oui, sûrement tu l'as rêvé.

Je vois ton visage dans la lumière grise de la pluie.

Novembre ensevelit le paysage et ma vie.

Je ne sais rien, je ne veux rien savoir de ton passé.

 

Tes yeux me parle de brumeuses villes lointaines

Que je ne verrai jamais

Et dont jamais je n'entendrai le nom dans ta voix.

Novembre est sur toute mon âme, novembre est sur toute la plaine

Je te vois inconnue à travers Autrefois.

 

Ce sont des choses depuis longtemps mortes

-          Mortes irrémédiablement –

Des musiques étouffées, des luxures flétries.

Je suis sûr que novembre est derrière la porte

Je vois vivre en ton cœur ce que ton cœur oublie.

 

Ton âme est loin, bien loin d'ici. Ton âme étrangère

Est une nuit de brume,

De brume et de bruine sale sur des faubourgs

Où la vie a la couleur froide de la terre,

Où des hommes mourront, sans avoir connu l'amour.

 

Tu m'as déjà rencontré jadis, t'en souvient-il,

Oui, jadis, tristement jadis,

Au pays des vieux livres et des vieilles musiques,

Dans le crépuscule bleu d'une maison tranquille

Aux fenêtres léthargiques.

 

Le fantôme des paroles dont tu ne te souviens pas

Ou que tu ne prononças pas,

Donne un sens si bizarre à ta lointaine présence.

Je déchiffre dans le livre de ton silence

Ton histoire morte à jamais, même pour toi.

 

Ma raison pâle est une illusion de clarté,

Un jour de soleil ancien

Sur la route où ta joie rencontra ta douleur.

Tout cela n'a peut-être jamais été

Mais si je te le disais, tu mourrais de peur.

C'est triste comme un jour d'hiver sur les banlieues

Où chemine la mort de la ville,

Comme la maladie et le deuil dans un mauvais lieu,

Comme un bruit de pas dans une maison étrangère

Comme le mot jadis quand l'ombre est sur la mer.

 

Je ne veux rien savoir de ton passé. Je vois

S'éteindre le jour,

Le dernier jour sur ton visage et sur tes mains.

Laisse-moi la douceur d'ignorer les chemins

Où le hasard a su te guider jusqu'à moi.

 

Je retrouve en tes yeux des réalités de rêves,

De rêves rêvés dans le vieux temps

Et des visions écloses au soleil de la vie.

Dans le demi-jour empoisonné de la pluie

On dirait que toute une éternité s'achève.

 

Je reconnais en toi des êtres mystérieux,

Des voyageurs au but secret

Rencontrés autrefois dans la brume des gares

Où tous les bruits ont des inflexions d'adieux.

Parfois aussi tu m'es une atmosphère de foire

 

Avec ses lumières en pleurs et ses relents

De moisissure et de vice,

Avec sa misère et la joie malade de ses musiques.

Des souvenirs de maisons de jeu nostalgiques

Se mêlent au chaos de mon énervement.

 

Si je sortais, si je fermais la porte, que ferais-tu ?

Ce serait peut-être

Comme si tes yeux ne m'avaient jamais connu.

Le bruit de mes pas mourrait sans écho dans la rue

Et je ne verrais que la nuit à tes fenêtres.

 

C'est comme si tu devais me quitter aujourd'hui

Tout de suite et pour toujours

Sans songer à me dire d'où tu viens, où tu vas.

Il pleut sur les grands jardins nus, ton âme a froid,

Novembre ensevelit le paysage et ma vie.


                                                                                       (Les sept solitudes)

miloszportrait1.jpg



Fin de la première partie...


Hécate.

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Published by Hécate - dans Essais
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Catharsis 22/11/2010 18:48



le sens mystérieux de l’existence


Je serai curieux (à mon tour) de connaitre ta perception de la chose.


« La poésie est un état d’âme à la fois terrestre et supra-terrestre accompagnée d’un besoin d’extériorisation. »



J'apprécie l'idée et la formule.


A. Breton juge le savoir absolu impossible. Je ne peux que le rejoindre.
De même je ne crois pas au vide, car comme le disait quelqu'un dont j'ai oublié le non, la nature a horreur du vide. Mon sentiment est que l'essence de l'existence, elle aussi, ne peut qu'avoir
horreur du vide.
Donc je ne rejoints pas Milosz qui distingue le Rien du Vide, laissant entendre que le vide se peut. Quant à l'intelligible dont Milosz perçoit le rien comme unique contenant, ma vision est que
l'intelligible (au sens du pourquoi et du comment des choses et des êtres) nous sera toujours inaccessible.


D'ailleurs, et si je devais développer mon idée de l'intelligible, je ferai immédiatement la distinction entre "cohérence" et "sens", et me ferait fort de démontrer qu'une vision cohérente,
exigeant donc une certaine forme de compréhension, apporte effectivement un (ou des) sens au(x) phénomène(s) étudié(s) (donc de l’intelligibilité),  mais ne permet en aucun cas de saisir
l’essence même des phénomènes étudiés. Aussi, ne pas pouvoir saisir le pourquoi intime de l’existence d’un phénomène, quelqu’en soit notre compréhension mécanique, logique ou affective,  est
en méconnaitre son sens. Dit autrement, c’est bien beau de décrire la vie, le vivant, les atomes et les molécules, de croire en Dieu ou de ne pas y croire, mais parce que nous ignorons ce qu’est
la mort, alors nous ignorons ce qu’est la vie, car il me semble évidant que ces deux états ont le même sens, même si la fonction (ou les fonctionnalités) de chacun différent.



Je crois que toute notre compréhension du monde, donc de l’être et, en bout de chaine, de soi-même,  n’est qu’une immense illusion (ou méprise) (ou mauvaise farce) du fait, justement, de
l’impossibilité donnée à nos cinq petits sens d’accéder au moindre sens absolu. Aussi, nous construisons des cathédrales sur des châteaux de cartes (ce qui en soi n’est pas grave), persuadés que
là est le sens, le vrai et le réel (là commence le danger), prêts à exclure, rejeter ou tuer au nom de ces hypothétiques présupposés (et là, je ne peux que maudire notre bêtise).



Bref, penser que l’intelligible se peut quelque part, pourquoi pas, mais je ne peux que me méfier de quiconque prétendrait pouvoir (ou l’avoir) touché de ses synapses.  A celui qui dit « je
sais », je préfère amplement celui qui dit « je sais que ce n’est pas çà, même si je ne sais pas ce qu’il en est ».



Mais je m’égare, alors revenons à Milosz.
Bien que j’ai un véritable faible pour le surréalisme (la théorie, bien plus que les écrits), je suis néanmoins dans l’optique de Milozs et tiens à rattacher toutes mes expériences, tous mes
questionnement  à la lumière de la recherche scientifique (non parce qu’elle serait plus vraie que la recherche théologique ou autre, mais uniquement parce que sa logique me convient mieux).
 


 


"Un jour, je m'éveillais … je fis mon entrée en scène – et le spectacle commença.


Lorsque cela s’est produit pour moi, pour ma part j’ai décidé de quitter la scène et de ne plus participer au spectacle. Quoi qu’il en soit, tant dans la forme que dans le fond, j’aime beaucoup
cet extrait.

Concernant la Symphonie inachevée ou la Chanson, que de nostalgie dans ces vers, bien trop à mon goût. Effectivement, et peut-être à tort (la suite de ma lecture, éventuellement, le dira) 
je ne peux imaginer que quelqu’un qui regarde constamment son passé puisse apprécier son présent (on dirait qu’il ne fait que regarder derrière lui, comme le suggère également la citation
"Jusqu'au jour où, m'apercevant que…).



Vous savez combien la vie me répugne



Un état d’esprit que je n’ai pas, mais qui est, bien malheureusement, celui de ma compagne Mimesis. Pour ma part, et comme tu l’as peut-être déjà bien compris, c’est notre bêtise et nos diverses
prétentions qui me répugnent (et donc, plus d’une fois, je n’ai pas été tendre avec moi-même face à la cruelle lumière de mes propres erreurs)


 


Il est l'intermédiaire entre le ciel et la terre, entre les hommes et les guerres.


J’aime beaucoup cette phrase, son esprit et ses images.



Quant à L'Etrangère, là je suis soufflé et essoufflé par la beauté et la profonde désillusion de ce poème, une désillusion qui, vers après vers, poursuit une course
folle après son propre vide (ou « rien » selon Milosz).


 


A la réflexion, car souvent j’ai pensé à Cioran tout au long de cette lecture, je dirai que face à l’inconvénient d’être né, Milosz ne semble pas avoir cherché de raison lui permettant
d’apprécier de vivre, tandis que Cioran, je le crois,  les as cherché toute sa vie. Je trouve donc Milosz très défaitiste (ce qui n’ôte rien à son talent d’écrivain) et parce que je veux
croire en tout les possibles (afin de tenir debout), je ne sais si je le lirai plus amplement.


Cependant je reviendrai pour lire ta seconde partie, car qui sait, peut-être m’amènera-t-elle à l’envisager autrement.


 


Quoi qu’il en soit, une fois de plus, une fois encore, mon appréciation n’ôte strictement rien à la qualité de ta présentation.




Bien à toi Hécate !



Hécate 23/11/2010 21:42



Bonsoir à toi Catharsis,


J'ai tardé à répondre à ton long commentaire ,attendant un moment propice ( je ne suis guère rapide au clavier ...)


Tu me demandes quelle est ma perception du " sens mystérieux de l'existence " ?  Je me suis interrogée souvent et  à divers moments de ma vie ,depuis ma conscience
d'être au monde en fait .


La Poésie a été en moi très tôt ,comme une particularité physique ( avoir les cheveux bruns ou blonds ) mais comme je n'avais pas les mots ,j'ai commencé à noter mes rêveries par des
dessins .


 


 


Mon attrait pour Milosz s'est fait au hasard d'un poème ,j'y retrouvais sans doute un écho de mes propres sensations . C'est ainsi que j'en suis venue à me pencher sur son oeuvre ,sa
vie .


Je devais monter un spectacle autour d'un poète ,et j'avais alors un ami qui me semblait tout à fait correspondre à tenir ce rôle . L'amitié  pour Milosz tenait beaucoup de place
,j'avais ce point en commun  très absolu  chez ce poète .


Je n'ai pas abordé ici le côté mystique très étrange de Milosz  qui a tenu une place importante  dans la dernière partie de sa vie ,ce qui explique ce vide ,qui n'est pas le
vide ,mais un "espace" intérieur pour s'emplir ,s'ouvrir ,s'apprêter à recevoir ,comme dans les pratiques d'Asie  ( cette comparaison est la mienne ) .


 


Milosz était très déçu par le comportement des hommes ,du monde ,désenchanté par les guerres . Il a toujours oeuvré pour la paix . "La dure planète  terre ne lui semble qu'un
assemblage de fantômes ,d'être décérébrés ".


 


"Quand même irions-nous sur la lune ,disait-il à son ami N.Beaudouin qui lui vantait la conquête de l'espace  etc,est-ce que cela résoudra nos disharmonies ,les soffrances
morales...? "


Il était déjà d'une époque où l'idéalisme était passé de mode . Il en souffrait .


En son âme assoiffée ,je retrouvais un peu la mienne . Son père était malade mentalement ,sujet à de nombreuses crises de violence ( le mien aussi ...),Milosz eut des phases
dépressives . L'exil ,la solitude intérieure ...l'incompréhension  de ce qu'il mit dans ses premiers poèmes  . L'amour qu'il cherchait ...trop haut placé sans doute .


Il avait un don avec les oiseaux ,ce fût reconnu de tous ceux qui l'approchait . Un détail ,mais de cette importance ,c'est peu commun . Ma connivence avec les oiseaux ( moindre que
la sienne c'est évident ) fait encore que j'ai eu le désir à travers le temps ,m'approcher au plus près de Milosz. Son dévouement incessant pour "être cet intermédiaire entre le ciel et la terre
, les hommes et les guerres "  ne peut me laisser insensible ...


 


J'ai lu Cioran ,et j'avoue savourer ce cynisme plein d'humour qui traverse son oeuvre ,oui , à sa manière il combattait son pessimisme .Même si ,j'ai dérangé plus d'une fois en disant
que je trouvais des points positifs chez Cioran !!!


Je te remercie vraiment de m'avoir lue et donné tes pensées autour de Milosz ,certes il faut aimer ce climat qui habite son oeuvre  qui beigne aussi la Lituanie . Ton regard
,ton ressenti m'intéresse ...


Je ne sais si tu connais la musique de Peteris Vasks né en 1946 en Lettonie  ,donc en ces pays Baltes ,pour moi ,en écoutant "Tala Gaîsma" (Lumière lointaine ) j'ai tout à coup
été émue comme par certains poèmes de Milosz . Cette musique ne m'apporte pas de tristesse ,mais une exaltation d'âme sans laquelle ,si je la perds ,c'est comme perdre la force de vivre
!...


                                                                                                           
Bien à toi .


                                                                                                                                    
Hécate



Pili 08/06/2010 21:58



Bonsoir,


Je tenais à vous remercier pour votre retour d'informations sur les poemes de Miloz. Les leins m'ont bien aidé. Mon prof a aimé mon explication de texte.


Merci beaucoup



Hécate 08/06/2010 22:05



Je suis bien heureuse si j'ai pu vous être un peu utile ,et je vous remercie beaucoup de venir me tenir informée de cela. C'est vraiment très aimable . Il m'arrivait régulièrement de penser à
votre recherche ,ne sachant si j'aurais quelque echo . 


Merci Pili et bonne soirée :)


                                                 
Hécate



Pili 02/05/2010 12:02



Bonjour,


j'ai une explication de texte à faire sur le poeme "le pont sur le rhin".je voudrai savoir pouquoi Milosz a écrit ce texte, dans quel contexte... sur internet aucune info ne permet de faire le
lien entre cet ecrivain et ce poeme.


Merci pour votre réponse.



Hécate 02/05/2010 13:16



Tout ce que je puis vous dire sur ce poème est qu'il a été publié dans "Autres Poèmes " (1915),et dans la préface des éditions A.Silvaire ,on mentionne qu'avec  les "Derniers
poèmes",ceux-là sont extraits des "Scènes du Don Juan "(1906) .


Les "Scènes du Don Juan" sont la troisième partie du receuil "Les Sept Solitudes "...


Toute l'oeuvre de Milosz  se tient, et ce qui n'engage que moi ,qui l'ai lu et abordé ses écrits ,sa vie et les autres poètes ,il est évident qu'il y a ici ,un écho à Apollinaire
qui a beaucoup chanté dans ses vers le Rhin.( " Rhénanes " ( 1901-1902) )


Lors d'une soirée littéraire ,j'avais mis en parallèle "Le pont sur le Rhin" de Milosz avec un poème d'Apollinaire" Nuit Rhénane "( texte tiré d' "Alcools ".


Dans le gros bouquin d' Alexandra Charbonnier ,le nom d'Aollinaire  figure à l'index à plusieurs reprises . Ce livre est touffu . Et ,j'avoue ne plus bien me
souvenir de tous les artistes qui gravitent dedans !


Je ne sais si ma réponse vous aidera tant soit peu . Je suis assez interessée par le fait que vous ayez une explication de texte sur ce poète que j'aime beaucoup et dont je possède
 plusieurs tomes de ses vers . 


Eventuellement voici deux liens sur le net où vous pourriez peut-être prendre contact :


Bon courage  pour vos recherches .


                                                                     
Bien cordialement .


                                                                                              
Hécate


http://www.amisdemilosz.org/index.html

http://milosz.ifrance.com/milosz/ 



Pili 30/04/2010 22:15



Bonjour,


Serai-t-il possible de savoir ou trouver des informations sur le poeme "le pont sur le rhin"?



Hécate 30/04/2010 22:27



Bonsoir...Pili ,quel genre d'information sur ce poème souhaitez-vous ?


Si je puis mieux cerner votre demande ,je me ferais un plaisir de vous répondre .


                                                                                                                  
Hécate



spooky-dream 27/09/2009 11:45


la peinture de la femme est sublime, je suis restée vraiment planté devant sa beautée.

Artiste je sais pas :p, mais oui je chante depuis maintenant 9 ans, et je suis soprano :)
merci toujours plus pour tes passages répétés qu'y me font vraiment plaisir, et je m'excuse de ne répondre plus tôt, mais je suis (malheureusement ou heureusement ?) très occupée ^^'


Hécate 27/09/2009 11:57



Oh! je suis contente de découvrir ton commentaire sur Milosz, j'en ai eu peu. Celà représente un grand travail passionné de ma part ,et une partie a été fait dans le cadre d'une
soirée littéraire dans un château 19ème ,une création ,je vais dire une première en ce lieu.
Oui,la photo ,c'est celle de Polaire?... Elle est fascinante. Elle avait une taille de guèpe,une mensuration très miniature,inouïe,je ne sais plus bien ,autour de 42 centimètres (sous toute
réserve:) ).
 Absente ,hier,j'ai aussi du retard dans mes réponses.
Soprano depuis 9 ans!...Quel répertoire as-tu? (pour me faire une idée:) )
                                                                                                                                        
Hécate



Hecate 14/05/2009 11:26

En réponse à ton premier commentaire Eric, il n'y a pas de violence chez Milosz, seulement la recherche intérieure, une solitude d'âme profonde, une vie active vouée à la paix dans le monde.
Il n'y a pas que les démesures qui m'attirent !
J'ai aimé tes fantaisies, n'en doute pas!...Je sais que je porte un nom de carrefour, de nuit, de vent, de fleurs éparpillées dans les sanglots du passé!...
Amicalement.Hécate

Hecate 14/05/2009 08:59

Eric,rassures-toi, j'ai de l'humour...Si mes pas d'enfant furent sur les traces de ceux de Gilles de Rais...qu'y puis-je ?...
Artiste...oui, c'est un peu présomptueux...pompeux, mal vu..à notre époque...si tu en as un autre mot pour s'appliquer à ce que font les rimeurs, les créateurs...etc

Eric LOW 13/05/2009 15:38

1 "artiste" (quoi je ne sois pas sûr de savoir ce que c'est) n'est pas obligatoirement adepte de Gilles de rais ou de Jack The Ripper ! tu es sûre que tu n'arrachais pas les ailes des mouches quand tu étais enfant ?...
(je parle sur 1 mode léger : je plaisante sans méchanceté... ne prends pas ma gouaille au 1er degré !)

Hecate 13/05/2009 14:57

Qui sait?...Sans les artistes la vie serait sans saveur!
A une prochaîne visite si tu trouves le fil conducteur!...(c'est comme pour le fil d'Ariane...)

Eric LOW 13/05/2009 14:50

effectivement "européen" est le 1er terme qui m'est venu à l'esprit en oyant le nom de Milosz... mais je remarque surtout ton style : tu vas jusqu'à placer 2 fois "mystère" ou "mystérieux" sur la même ligne... il te faut des chasseurs de fauves... des étrangleurs de p'tits zoziaux... des forceurs de femmes... la vie te paraît trop plate chère Hécate ?

Humanimalités 10/05/2009 20:55

Ah ! Si l'Europe avait été celle pensée par les poètes et les artistes et non pas une Europe ou les seules valeurs sont marchande… Alors notre vieux continent aurait pu être une belle image du monde occidental.

V.S. 10/05/2009 07:54

'Je n'ai vécu, en quelque sorte, que pour avoir à quoi survivre. En confiant au papier ces futiles remembrances, j'ai conscience d'accomplir l'acte le plus important de ma vie. J'étais prédestiné au Souvenir'

Milosz, L'amoureuse initiation

À poursuivre ici c/ses précieuses lectures. Vraiment.

V.

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