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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 12:56

cover-alcool et nostalgie

 

 

 

L’alcool et la nostalgie

de

Mathias Énard

 

 

            Il y a quelque mois maintenant que je voulais écrire une chronique sur ce livre. Le temps voyage et nous laisse sur des quais de partance. C’est là que je suis restée… avec ce goût de l’Alcool et de la Nostalgie qui m’est descendu là, quelque part où le feu brûle encore comme un souvenir qui ne veut pas mourir.

 

            Et pourtant c’est bien de mort dont il est question dans cet ouvrage qui se lit comme on vide un verre sans y penser, en songeant à autre chose… Quatre vingt dix pages pour dire l’amour, l’amitié, pour accompagner le cercueil de Vladimir jusqu’en Sibérie. Quatre vint dix pages pour se rappeler, pour monologuer.

 transsiberien

           

            « Volodia, je crois que je ne suis pas fait pour voyager, même avec toi. Seule m’intéresse la perspective de l’amitié, de la rencontre, mais je sais par ailleurs que c’est une chose qui n’est pas facilement offerte au voyageur. Il n’y a que la Patagonie, la Patagonie qui convienne à mon immense tristesse. Mensonge que tout cela. Tu sais ce que c’est tout cela la solitude et l’ennui d’une chambre d’hôtel, où l’on a rien à faire, où l’on ne fait pas ce qu’on devrait faire, dormir, boire, lire, lire où écrire des œuvres inoubliables. Rien de tout cela…. 

 

            On voyage toujours avec des morts…

 

            Je te ramène à ton village Vladimir, je te ramène chez toi à deux cent vingt trois kilomètres de Novossibirsk, à deux mille huit cent quatorze de Moscou, et cinq mille trois cent quarante de Paris soit une bonne centaine de jours à cheval, de troïka ou de traineau en hiver…

            Moi qui hais les voyages, me voila servi, des heures et des heures devant moi, seul avec Vladimir qui ne parle pas, seul avec les souvenirs, l’alcool et la nostalgie voilà tout ce qui me reste, comme disait Tchekhov le médecin mort en buvant du champagne, seul avec des phrases, des vers, des souvenirs… »

 

            Bien souvent, lorsque je décide d’une chronique il y a, penché sur mon épaule, un visage, celui d’un être vivant, ou mort, ou les deux, ou dans mes pensées quelqu’un croisé dans la vie ou sur la toile ce voyage immobile, autant de voies et de voix entrecroisées qui sont là dans l’ombre de mes pensées. Et je sais, que, avec un peu de chance, qu’il y aura en me lisant, une petite émotion, un battement de cœur peut-être, ou seulement un sourire, ou un questionnement « Est-ce à moi que ?... » Oui, peut-être bien…

 

            J’écris toujours pour quelqu’un. Quelqu’un que je connais un peu, ou que je ne connais pas encore. C’est cela, voyager avec les mots, voyager avec les livres on conjugue le hasard… au fil des phrases…

 

            « Cette fameuse âme russe, n’existe pas » écrivait Tchekhov… A savoir… L’âme russe est de tous les ciels, de tous les cœurs, ceux qui sont à vif, ou égarés dans la tendresse… des ivresses impossibles !

            Il n’est d’ivresse impossible que dans la déchirure de ce qui ne peut s’oublier.

 

            « Qu’est-ce qu’on cherche dans les déplacements, que veut-on dans les voyages, rien ne me rendra jamais Vladimir… »

 

            « Je me souviens que lorsque nous avions visité la maison de Gorki Vlado m’avait expliqué que chez lui cela ressemblait un peu à ça, des pièces minuscules, une remise, un poêle en faïence ; on avait peur du feu, plus d’un ivrogne avait brûlé vif dans sa baraque en oubliant de retirer les braises le soir… »

 

            Je ne vais pas raconter tout le voyage, ni toute l’histoire… Lorsque j’ai acheté ce livre là, on m’a demandé : 

            « Il faudra que vous me disiez ce que vous en pensez, je l’ai lu… mais… ce livre… il est… ah !... il laisse une impression terrible… et cette femme, suspendue par des crochets… qui veut souffrir, les crochets et le sang… et ces relations entre ces trois là… Mathias, Vladimir et Jeanne… » J’ai répondu oui.

 

            Je suis bien retournée dans cette librairie, mais je n’ai rien dit. On ne m’a rien redemandé. L’alcool et la nostalgie… On n’en parle guère… C’est passé de mode. On fait semblant d’être joyeux, on détourne les yeux…l’amour, l’amitié… Voyager jusqu’au bout des choses et des sentiments… Qui veut accomplir ce périple ?...

 

            Des crochets de boucher dans les boites de nuits moscovites… pour donner plus de raison aux larmes, pour rendre plus physique la douleur…

 

            Il y a du sang sur la neige en Russie, il y a des morts, des écrivains, des poètes, Essenine, Maïakovski, Gogol, « Les âmes mortes »,  Tolstoï, Nabokov amoureux des coléoptères, Dostoïevski, « Souvenirs de la maison des morts », le tzarevitch Alexis, mort sur le coup d’une balle derrière l’oreille… Une terrible histoire d’ogres révolutionnaires.

            Il y a Mandelstam mort d’épuisement sur le chemin de la Kolyma, mort de faim et de froid…

 

            Dans le vacarme de la mémoire, la nostalgie est aussi innocence et adolescence, pétales multicolores, pivoines et roses dans la procession des jours.

 

            « Les Tzars buvaient du vin portugais, du vin venu des Açores… Ils importaient à grand frais du Vinho do Pico…

 transsiberien neige

 

 

            Une vie plus tard me voilà dans ce train qui se traîne maintenant avant d’affronter l’Oural…ces mélèzes, ces bouleaux, cette taïga, et le permafrost, cet incroyable sol perpétuellement gelé où dorment toujours les mammouths et les corps oubliés des déportés… »

 

            « Nous rêvions d’une toute autre mort, je sais, nous rêvions d’un sacrifice, d’une noblesse, d’un courage…

 

            Jeanne m’avait bien prévenu, ça ne sert à rien ce voyage, c’était peine perdue, je suis venu pour te ressusciter, pour mourir moi-même, pour te rejoindre je crois…

 

            On ne va jamais au bout des voyages, on s’arrête toujours avant… »

 

Hécate

 

L'alcool et la nostalgie de Mathias Enard Babel 

 

 

 

 

Œuvres de Mathias Énard:

 

La perfection du tir 2003

Remonter l'Orénoque 2005

Bréviaire des artificiers 2007

Zone 2008

Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants 2010

L'alcool et la nostalgie 2011

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 21:58
freux d'Aiolos 
 
Ô mon corbeau

 

Ô mon corbeau

Pousse ton cri déchiré

Pour ma bouche

Qui ne peut même pas murmurer

 

Ô mon corbeau

Ma nuit de jais emmurée

Apprends-moi la patience

Du vol entravé

 

Noire apparence jeu de reflets sauvages

Entre fragilité et violence

Ô mon corbeau…

 

Cœur de neige

Tombé dans la suie des hommes

Faite de douleur et d’ignorance

Tu sais le prix de la peur

 

Toi qui connais la parole

Sa vérité et son envers

Pour l’avoir apprise avec le cœur

Ô mon corbeau…

 

Pousse ton cri déchirant

Apprends-moi le chant

De l’infinie beauté

Ô mon corbeau…

 

                                                                                                       Hécate

 

 

 

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 11:10

lorca

  

 

 

   

Federico Garcia Lorca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma rencontre avec la poésie de Lorca, je n’en sais plus ni l’année ni la saison… mais jamais je n’ai oublié cette voix obsédante qui scandait…

 

 

arbre et branchage vert 1

 

Verde que te quiero verde.

Verde viento. Verde ramas

El barco sobre la mar

y el caballo en la montaña.

 

Verde, verde… comme un refrain toujours, verde…

  feuillage 1

 

"Romance Somnambule"

 

Vert comme je t’aime vert.

Vert le vent. Vertes les branches.

Le bateau sur la mer

et le cheval dans la montagne.

L’ombre lui barrant la taille

elle rêve à sa balustrade,

verte la chair, chevelure verte,

avec des yeux d’argent froid.

Vert comme je t’aime vert.

Sous la lune gitane,

les choses la regardent

et elle ne peut les regarder.

 

Traversée de couleurs, de parfums, de fièvres de fleurs et de vent est la poésie de Lorca assassiné à trente huit ans par les franquistes.

 

« Les émotions de l’enfance sont en moi. Je n’en suis pas sorti. »

 

Ne vois-tu pas ma blessure

de la poitrine à la gorge ?

trois cents roses brunes

à ton plastron blanc.

Ton sang s’égoutte et s’exhale

tout autour de ta taille.

 

Mais déjà je ne suis plus moi,

et ma maison n’est plus ma maison.

Laissez-moi monter au moins

jusqu’aux hautes balustrades,

laissez-moi monter ! laissez-moi

jusqu’aux vertes balustrades.

Balustrade de la lune

par où l’eau retentit.

lune gros plan 

Mille petits tambours de cristal

blessaient le petit matin

… …

 

Le grand vent laissait

dans leur bouche un étrange goût

de miel, de menthe et de basilic.

 

Lorca tombé sous les balles franquistes à la « Fontaine aux larmes ».

 

casa natal de LorcaNé à Fuente Vaqueros, petit village silencieux et odorant de la Vega de Grenade : « C’est dans ce village que je serai terre et fleurs. » écrit-il à dix sept ans se voyant déjà devenu poussière donnant naissance à une profusion de fleurs dont déborde sa poésie, de l’œillet viril à la giroflée, la peau est d’olive et degiroflée jasmin, et le sombre magnolia est au ventre de plâtre ou de neige.

 

Moins d’un an avant sa mort, alors qu’on lui pose cette insolente question : qu’est-ce que la poésie ?

 

Lorca répond :

 

« L’homme approche le plus rapidement par la grâce de la poésie du bord où le philosophe et la mathématicien tournent le dos au silence. »

 

cover LorcaLorca emploie le mot « grâce » et non pas «  force » ou « mystère » par exemple. La grâce ! est-il écrit dans la préface de Yves Vequaud. Editions Orphée La Différence, deuxième édition parue en mai 2012 consacrée à Lorca. (1899 – 1936.)

 

            « Sa conversation étincelait comme un diamant fou. » (Dali)

 

            « Sa clarté était enrichissante. » (Jorge Guillen)

 

            Paré de talents, il est marionnettiste, dramaturge, dessinateur, pianiste et guitariste.

            Telle fut sa destinée et d’entrer sans purgatoire, dans la légende.

 

            Noces de sang, son entrée dans la mort. Il avait écrit le chant funèbre pour Ignatio Sanchez Mejias.

 

A cinq heures du soir

Il était juste cinq heures du soir

Un enfant apporta le drap blanc.

a las cinco de las tarde…

 

« Cinq heures du soir est-il plus heureux que cinq heures de l’après-midi ? Nous nous sommes prononcés, en tenant compte aussi de l’euphonie ou du rythme. Choisir, c’est renoncer, n’est-ce pas ? C’est se priver d’un double sens, d’une allusion ou d’une musique. Nous en demandons merci. Lorca est mort sans avoir pu revoir ses manuscrits. Nous avons décidé pour lui. Et priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! » (Yves Véquaud)

                                                

            C’est  à cinq heures du matin, que Lorca va mourir… Son corps jeté dans la fosse sera mêlé à d’autres corps, à la terre, à la poussière… dans le murmure ininterrompu des sanglots de la « Source des larmes. »

            Le jour n’est pas encore levé…

  mare verte sous-bois

"Mort d’amour"

 

Mère quand je mourrai,

qu’on informe les messieurs.

Envoie des télégrammes bleus

qui aillent du sud au nord.

Sept cris, sept sangs

sept pavots doubles

brisèrent des vitres opaques

dans les salons obscurs.

Pleines de mains coupées

et de petites couronnes de fleurs,

la mer des serments

résonnait, je ne sais où…

 

Et mon front est place baigné de lune, et mon cœur un tambour de nacre, quand les mille petits chevaux perses de Lorca galopent dans ma chevelure, son Romancero gitan me traverse de mille parfums de fleurs de couteaux encore et ce, depuis le premier jour.

Des émeraudes lyriques pour des questions au ciel suspendu :

 

« Combien d’enfants la mort a-t-elle ?

Ils sont tous en mon sein ! »

 

« Les roses du soir seront

Comme celles du matin. »

  5

            La griffe des années n’a pas desserré son étreinte de mon amour pour les chansons de Lorca l’andalou.

 

« Le soir a dit : Je suis altéré d’ombre !

La lune a dit : Moi, d’étoiles brillantes.

La source cristalline veut des lèvres

Et des soupirs le vent. »

 

« Vent du Sud

brun, ardent,

ton souffle sur ma chair

apporte un semis

de brillants

regards et le parfum

des orangers. »

 

D’une sensualité à fleur de peau, le vent dans son œuvre est un personnage violent et érotique; Lorca est un être traversé de frôlements et d’effluves, la nature le trouble  et il veut en traduire les sortilèges.

 

« Je voudrais faire une œuvre mystérieuse et claire, qui serait comme une fleur : tout en parfum… je ferai une œuvre populaire et tout à fait andalouse. »

« Je compte construire plusieurs romances avec étangs, romances avec montagnes, romances avec étoiles.

Evocation de bruits d’ongles sur le tissu, de chuchotis de lèvres amoureuses. »

rose dragon et noeud 

« Je suis un pauvre garçon passionné et silencieux qui, à peu près comme le merveilleux Verlaine porte en lui un lys impossible à arroser, et j’offre aux yeux stupides de ceux qui me regardent une rose très rouge à la nuance sexuelle de pivoine d’avril qui n’est pas la vérité de mon cœur. » (Lorca)

 

Déjà, lorsque j’écoutais « L’amour sorcier » et « Nuit dans les jardin d’Espagne » de Manuel de Falla, mon cœur s’emplissait d’indicible nostalgie ardente. Je ne savais pas que Federico Garcia Lorca était un ami du compositeur, ni qu’il jouait aussi du piano. Pas davantage que les quatrains d’Omar Khayyâm enchantaient la sensualité de Lorca qui lisait aussi Hâfez de Chiraz, les deux poètes persans célébraient les belles femmes, le vin, les roses, les pierres mystérieuses, la nuit bleue infinie et les échansons. « Gacelas » et « Casidas » leur empreintent beaucoup… parfums, nard, et se vêtent d’amour obscur, d’amour désespéré ou imprévu. Casida de la main impossible...  

...Casida de la rose…   rose eternelle

La rose

ne cherchait pas l’aurore :

presque éternelle sur sa branche

elle cherchait autre chose.

 

La rose

ne cherchait ni science ni ombre :

confins de chair et de songe,

elle cherchait autre chose.

 

            « Lorca se définissait non comme homme, ou même poète, mais comme pulsation blessée qui sonde les choses de l’autre côté » (A. Bensoussan)

 

"Thamar y Amnon"

 

Thamar rêvait,

des oiseaux dans la gorge,

au son de froids tambourins

et de cithares baignées de lune.

Sa nudité dessous l’auvent,

nard coupant de palme,

appelle des flocons pour son ventre

et de la grêle pour ses épaules.

Thamar chantait

dénudée sur la terrasse.

 

Autour de ses pieds,

cinq colombes de glace.

Amnon, mince déterminé,

de la tour la regardait,

l’aine pleine d’écume

et la barbe d’oscillations.  

… …

La lymphe d’un puits, oppressée

fait naître le silence des jarres.

Dans la mousse des troncs

chante étendu le cobra.

Amnon gémit sur la toile

très fraîche du lit.  

… …

Thamar, efface-moi les yeux

avec ton aube immuable.

Mes fils de sang tissent

des volants sur ta jupe.

Laisse-moi tranquille, frère.

Tes baisers sur mon épaule

sont des guêpes et des brises

en un double essaim de flûtes.

 

Déjà, il lui saisit les cheveux

déjà, il lui déchire la chemise.

 

Ah ! quels cris on entendait

par-dessus les maisons !

Quelle épaisseur de poignards

et de tuniques déchirées !   7

Autour de Thamar

crient des vierges gitanes

et d’autres recueillent les gouttes

de sa fleur martyrisée.

Des linges blancs s’empourprent

dans les alcôves fermées.

  Duende Lorca[1]

 

 

 

 

            Le Duende est en Federico Garcia Lorca, force mystérieuse qui s’empare de l’être en certaines circonstances, dans les ultimes demeures du sang. Il en fait la condition même de l’émotion. Avec le Duende le corps est habité par les dieux, - Dionysos ou Méduse -, et parcouru de frissons.

 

            « Un mort en Espagne est plus vivant en tant que mort que nulle part au monde : son profil blesse comme le fil d’un rasoir. » (Lorca)

 

 

 

            « L’annonce de sa mort fut un choc terrible. De tous les êtres vivants que j’ai rencontrés, Federico est le premier. Le chef d’œuvre c’était lui, il me semble même difficile d’imaginer quelqu’un de comparable. Il pouvait lire n’importe quoi, la beauté jaillissait toujours entre ses lèvres. Il avait la passion, la joie, la jeunesse. Il était comme une flamme. » (Luis Buñuel)

 

« Qui a fauché la tige

de la lune ?

(Mais l’eau

nous laisse ses racines)

Comme il nous serait facile de couper les fleurs

de l’éternel acacia ! »

  clair de lune

 

            Tous mes chaleureux remerciements à la générosité d’Aiolos dont le regard de photographe inspiré s’est fait complice de cette chronique poétique.

 

 

 

                                                                                                                                                            Hécate

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 09:53

Eaux pâles, Opale, encre d'Hécate

 

Les Eaux Pâles de l’Existence

  

 

 

L'esprit tourne comme une mystérieuse opale noire

Au doigt aminci d’un tourmenté fébrile

A son chevet, les Parques vêtues de fatidique moire

Consument leurs feux, tisseuses habiles

 

Nourries par l’astre topaze du vaste ciel

Aussi pur et antique qu’une turquoise persane,

Préparant la vie, mêlant l’amertume au miel

Accroupies et chuchotantes comme de rusées gitanes,

 

Elles offrent dans le cristal de la coupe précieuse

Le vin d’améthyste que Bacchus prépare pour elles,

Cette pourpre impériale enivrante et audacieuse,

La bouche, joyau éphémère aussitôt étincelle

 

Et mêle ses lèvres de chair à leurs lèvres de vent,

Au lapis-lazuli du ciel, cette blessure abstraite

Qui dispense un goût d’infini sans mouvement ;

Sans force à présent, il n’est plus de possible retraite

 

Pour la parfaite image de la vie, vérité scientifique,

Perle, goutte pleurant à l’oreille des mignons,

Que tu viennes d’un lointain golfe Persique

Nacre protectrice des irritantes frictions,

 

Ou bleuie par les nuits des longs chemins d’Australie,

Perle, beauté évadée de la pluie et du coquillage,

Ambrée par la fumée des encens de Birmanie,

Beauté évadée, tu es l’éternelle vie sans âge.

 

Un jour étendue, cherchant le repos dans des lits froissés

D’amour ou de solitude, déesse parant l’écrin,

Un autre, jouant le rôle d’être jusque dans la mort terrassée,

Coquetterie, afin de reposer au cercueil tapissé de satin.

 

Cassettes de velours embaumées par le santal

Coffres lourds, prisons où l’on enclos ton miracle

Vie, perle, sautoirs des reines, parures du mal

Farouches pensées, brutalisés et pâleurs fatales.

 

Les perles ont vu le sang couler, rouge comme rubis

Faire valoir de la fragilité de l’essence subtile,

Combien de carats, le poids d’une vie sur le tapis ?

Tient-il compte de la douleur, le lapidaire habile ?

 

Marchand qui compulse froidement de ses doigts calculateurs

Le diamant et le béryl médiéval, le saphir de Ceylan,

Soupçonneux des opales qui brillèrent de tant d’ardeur

Aux temps des pestes de Venise, sur ceux promis au néant.

 

Opale des Indes d’où naquit la grande sagesse

Opale de Hongrie, Orphanus, nom de l’opale unique,

Tel un orphelin glorieux de sa sublime détresse

Tu ornas la couronne du saint empire Germanique.

 

L’homme qui ne te possédait pas perdait toute chance

D’accéder à sa valeur, à son sceptre, à ses  cimes ;

Opale, esprit dirigeant tout pouvoir, toute arrogance

Vineuse et blanche, pure, tu inspiras complots et crimes.

 

Opale de feu du Mexique, seule à pouvoir être taillée

Comme la pensée qui se torture, un jour tu devins maudite

Opale bleu, pourpre où  tous les verts sont travaillés

Mosaïques de lumière déconcertante, tu tombas proscrite.

 

Pensée, ta chance tourne et danse comme un arlequin,

L’opale évincée par l’émeraude, est semblable à toi, elle est ta sœur,

Desséchées, l’une et l’autre par indifférence et mépris assassin

Vous dépérissez perdant brillance, dissipées dans la non couleur.

bague opale d'Australie Hécate.

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 14:44

Rafael Alberti

        

Plage de Santa Maria

    

           

    

Si ma voix à terre mourait

Portez-là au bord de la mer            

Et sur la rive laissez-là

 

 

 

 

 

            Rafael Alberti poète de l’exil, des tribulations de l’aventure sociale politique et littéraire né le 16 décembre 1902 au port de Santa Maria fut très tôt arraché à l’arc bleuté de la baie de Cadix, par les vicissitudes familiales. Lors de son exil sans retour, lorsqu’il quitta la vie à l’âge de 96 ans, c’est à quelques encablures de sa petite ville natale que ses cendres furent dispersées.

 

            Petit fils d’émigrés italiens venus cultiver la vigne andalouse, adolescent madrilène il pensait devenir peintre. Ami de Salvator Dali, au musée du Prado, il apprit à copier les tableaux de Goya, de Zurbaran.

 

            Mais un soir d’automne 1920, son mouchoir se teignit de sang. Le début d’un mauvais mal. Une radiographie et une analyse de salive précisèrent ce dont il souffrait : adénopathie hilaire avec infiltration dans le lobe supérieur du poumon droit.

 

            Exilé encore par plusieurs mois de réclusion, de silence, de crainte, d’ennui. Et comme la fièvre montait à la moindre conversation, il refusa tout contact et élimina les visites amicales.

 

            Pour se distraire il lisait. Beaucoup. Il n’avait pu finir ses études secondaires. Et il se mit à écrire :

RafaelAlberti« Mon terrible, mon féroce et angoissant combat pour être poète avait commencé. Je constatais à chaque instant avec plus d’évidence, que la peinture en tant que moyen d’expression me laissait complètement insatisfait, car je n’arrivais pas à faire entrer dans mon tableau tout ce qui bouillonnait dans mon imagination. En revanche, sur le papier j’y parvenais. Je voulais seulement être poète. Et je le voulais avec ferveur. »

 

            De sa chambre de malade, il envoya quelques vers à la revue Ultra qui ne les publia pas. Déception de Rafael Alberti mais non découragement.

« Mes nostalgies maritimes du Port commencèrent à se présenter à moi sous une forme différente, je les voyais en lignes et en couleurs, mais estompées par une multitude de sensations désormais impossible à rendre avec des pinceaux. Je voulais être poète. Et je le voulais avec fureur… »

 

Rêve de marin 

 

 « Mon rêve arborant médailles des mers

va sur son vaisseau, ferme et assuré,

tout amour pour une verte sirène,

 

coquille des fonds de l’eau ténébreuse.

Matelot, rends-moi au creux des ondes :

- Sirène jolie, ah ! je t’en supplie !

 

De ta grotte sors, je veux t’adorer,

de ta grotte sors, viens vierge semeuse,

semer sur mon cœur ton étoile vive.

                                      

…. … … lune-sur-l-ocean 2

 

Laisse le cristal de ta main se fondre

dans la nivéenne urne de mon front,

algue de nacre qui chante en vain

 

Sous le verger indigo du courant.

Noces glaciales noces sous-marines

avec pour témoins la lune et l’eau

 

et l’ange nautonier de la rosée !

Mer et terre et vent je vais sillonner,

ma sirène, noué à tes cheveux fins,

 

lié à tes cheveux algides et verts… »

 

            En mai 1921, allongé sur une chaise longue, il passa l’été dans la Sierra de San Rafael. Parmi les pins et les peupliers, il écrivit comme un fou des poèmes.

            Dans une chambre mortuaire, celle de son père il avait écrit son premier poème.

 

                        « …ton corps

                        long et drapé

                        comme les statues de la Renaissance

                        et quelques fleurs tristes

                        d’une maladive blancheur. »

 

            Chaque année, dès le printemps, Rafael Alberti dont la convalescence s’éternisait repartait vers la Sierra de San Rafael où il séjournait jusqu’à l’automne.

            Lectures et promenades. Sa poésie s’envolait. La nostalgie d’une enfance encore proche emplie d’océan, de châteaux de salines, de parfum d’orangers. Obsédante nostalgie ! et puis il y eut la lecture du premier recueil d’un jeune poète dont on commençait beaucoup à parler à Madrid. Federico Garcia Lorca. En automne 1924, il écrivit ce poème.

 

A Federico Garcia Lorca

Poète de Grenade.

  

Cette nuit où le vent et son styletFederico-Garcia-Lorca  

poignardent le cadavre de l’été,

j’ai vu, dans ma chambre, se dessiner

ton visage brun au profil gitan.

 

La vega fleurie. Les fleuves, alfanges

rougies par le sang virginal des fleurs.

Lauriers-roses. Chaumines et prairies.

 

Et dans la sierra, quarante voleurs.

 

Tu t’es réveillé sous un olivier,

avec près de toi la fleur des comptines.

Ton âme de terre et brise, captive…

 

Lors abandonnant, très doux, ses autels,

l’ange des chansons est venu brûler

devant toi une anémone votive.

 

            Une amitié que l’assassinat de Lorca par les franquistes interrompra !

 

            « Je m’imaginais pirate, voleur d’aurores boréales sur des mers inconnues… la fiancée à peine entrevue du haut d’une terrasse de ma lointaine enfance au Port se métamorphosa peu à peu en sirène jardinière, en fiancée cultivant des vergers et des potagers sous-marins… je pavoisai les mâts frêles de mes chansons de flammes et de fanions aux couleurs les plus variées. Mon livre commençait à être une fête, une régate scintillante poussée par les soleils du Sud. »

 

                        « Mon cœur écartelé

                        entre ville et campagne.

 

                        Luminaires nocturnes !

                        Mes verts saules pleureurs ! »

 

                        « Hier promise du pin vert,

                        promise aujourd’hui du pin mort.

                        Cheveux fous hier pour le vent,

                        pour l’air aujourd’hui solitude. »

 

            Rafael Alberti avaient vingt trois ans quand il publia son premier livre : Marin à terre. La poésie n’était pas rentable. Il avait sur les conseils d’un ami envoyé son œuvre naissante au Concours Nationale de Poésie. Du jour au lendemain il devint célèbre en remportant le premier prix. Il ne commencera à être vraiment considéré que quelques années plus tard avec le recueil de poèmes « Sur les anges ».

  ange

                        « Ange mort, réveille-toi

                        Où te tiens-tu ? Illumine

                        de ton regard le retour.

                        … …

                        Habillé comme ici-bas,

                        mes ailes, on ne les voit plus.

                        On ne me reconnait pas

 

                        Dans les rues qui se souvient ?

 

 

 

 

  

            Alberti a perdu son paradis de l’innocence et de l’amour. Une intensité visionnaire d’un esprit imaginatif des sombres états de l’âme, la confiance et le soutien des choses de l’existence qui l’avaient jusqu’alors guidé et gardé chavirent.

            A la même époque Neruda écrit « Résidence sur terre ». Le poète chilien sera son ami jusqu’à la mort. Tous deux pressentent le délitement à venir d’une société ou plane la menace de la guerre.

 

            « Rafael et moi nous sommes ce que j’appellerai simplement des frères. La vie a enchevêtré nos existences, bouleversés nos poésies et nos destinées. » (Neruda)

 

            Le lyrisme optimiste n’est plus, la poésie le consume et l’histoire va l’embraser.

            Mais avant il écrivit « L’aube de la giroflée ».

  giroflée blanche

                      Tout ce que j’ai vu grâce à toi

-   l’étoile sur la bergerie,

le charriot de foin en été

et l’aube de la giroflée –

si tu me regardes est à toi.

 

     Tout ce qui t’a plu grâce à moi

-    le sucre doux de la guimauve,

la menthe de la mer sereine

et la fumée bleue du benjoin –

si tu me regardes est à toi »

 

           

  

  

            Dans la Giroflée Blanche, l’ange est confiseur, il y a un orfèvre, un savetier, un pécheur…et une bohémienne.

                                                                           Femme à l'oeillet                  

« Toi si propre, si bien coiffée,

avec sur tes temps plantés

deux petits peignes assassins,

dis-moi, dis-moi : d’où viens-tu donc ?

 

Avec cette jupe carmin

et là, ces deux roses de lin

sur tes deux petits souliers verts,

dis-moi, dis-moi : d’où viens-tu donc ?

 

 

            Il y a des estampes, des annonces publiques, des fleurs, des chansonnettes… et même l’Allumeur de Lune et sa fiancée.

 

- Tu peux bien me chérir ici : Lune Aiolos

N’ai-je pas allumé la lune

pour toi, mais oui, pour toi, mais oui !

-  oui, pour moi, oui

-  tu peux bien m’embrasser ici,

 phare, farouche fanal, femme

 algide comme autre ne vis.

-  Allons, c’est oui.

-  Et tu peux bien me tuer ici,

 lunaire et froide fiancée

 du phare fari-faribole.

-  Tiens. Voila. Oui.

 

Dans la Giroflée Noire, le chant poétique d’Alberti s’assombrit… 

 

Dessin-plante-du-jardin-giroflee…  «   Et puisque tu voles mes yeux

et que mes lèvres assassines,

redeviens donc lézard noir

sur lequel crachent les crapauds !

 

Et puisque mon cœur tu piétines

et puisque tu suces mon sang,

redeviens donc rouge vipère

ou corbeau tout noir dans le vent !

 

Et puis tu t’es faite clou

et que tu es marteau et dague,

Redeviens donc crabe tout noir

et que l’eau t’avale d’un coup ! »

    

 

 

 

De la Maudite à la Séquestrés, des accents douloureux…

 

         « Seul à mourir, sur cette marche

            me voici pour la nuit entière.

            Je sais que tu es printanière

 

            Des ombres venues de la rue

            grimpent, maintenant silencieuses,

            à l’escalier vert de ton lierre.

            … … …

            Et c’est pourquoi, sur cette marche,

            seul à mourir, veillant sur toi,

            Me voici pour la nuit entière. »

 

            La Giroflée Verte c’est à nouveau la poésie des ritournelles andalouses et le retour à la mer.

 

 « Le soleil dans les dunes.sirene par alberti

Et le sable brûlant.

Je  cherche sur la plage

un coquillage vert.

 

Sur les vagues, la lune,

Et le sable, mouillé.

je cherche sur la rive

Un coquillage blanc. » 

… … …

 

Je suis capable de me tuer.

si vivant, je ne peux te voir,

t’avoir enfin pour épousée.

 

Je suis capable de me tuer,

sirène, pour t’avoir à moi. »

 

                

            Rafael Alberti rencontra Maria Teresa León, celle sans qui « il se serait tu ». Ils se marièrent en 1930. Et puis commença le long exil…

 

Trente huit années d’exil !

 

alberti âgéIl ne retrouva son pays qu’à l’âge de  soixante quinze ans. Rafael Alberti avait eu pour arme de combat la poésie et la dramaturgie. Il écrivait pour dénoncer une société hostile, mécanisée et aliénante et avait été le secrétaire des intellectuels antifascistes.

 

            « Je suis parti le poing fermé car c’était le temps de la guerre, et je reviens la main ouverte, tendue à l’amitié de tous. »

 

            Il renonça à son poste de député de Cadix, fidèle à sa poésie inspirée et chatoyante. Celui à qui l’Espagne fut longtemps interdite n’a cessé de chanter son pays, même dans ses poèmes d’exil à la dimension de sa nostalgie.

            En 1983, le prix Cervantès lui a été décerné, la plus haute distinction couronnant un écrivain de langue espagnole.

 

            Quelques mots encore pour expliquer comment j’ai découvert celui qui a côtoyé les plus grandes figures du XXème siècle, Picasso, Buñuel, Aragon, Elsa Triolet, Boris Pasternak…Dali…

 

           poveda En écoutant Miguel Poveda chanter « Poemas Del Exilio », un récital en 2003, je n’ai alors eu qu’un désir en savoir, en comprendre d’avantage…

 

             María Asunción Mateo, seconde épouse de Rafael Alberti à propos de cette création a écrit :

            « Dans cet enregistrement d’Enric Palomar et de Miguel Poveda, accompagnés par de magnifiques musiciens, la force créatrice de leur jeunesse s’y trouve mise en évidence, capable de s’approprier les sentiments d’un poète universel et de les transmettre aux autres. La sobriété et la passion que ces deux artistes impriment à des poèmes écrits pour nous accompagner toujours, pour ne mourir jamais, ainsi que le désirait leur auteur. »

 

 

 

NANA DE LA CIGÜEÑA
 
Que no me digan a mi
que el canto de la cigüeña
no es bueno para dormir.
 
Si la cigüeña canta
arriba en el campanario,
que no me digan a mi
que no es del cielo su canto.
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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 09:44

chandelleAdonis

 

 

 

 

« Quelle est douce cette bougie !

Elle ne consent à faire ses adieux à la nuit

qu’en essuyant ses larmes. »

 

« Chaque jour, le soleil laisse des lettres

au bord de ma fenêtre.

La nuit seule sait les lire. »

 

 

 

 

 

            Né en 1930 près du port syrien de Lattaquié, Ali Ahmed Saïd Esher a grandi à l’écart du monde moderne. Pas d’électricité, pas de cinéma, pas de voiture.

          Une destinée aussi étonnante qu’un conte oriental. A douze ans, désobéissant à ses parents, il participe aux joutes rimées dans la ville voisine où le premier président de la République syrienne se trouve en visite officielle. Arrivé pieds nus, couvert de la poussière de la route, il est écarté, il insiste. Impressionné par la déclamation de son poème qui subjugue l’assistance, le président veut récompenser Ali Ahmed. Il demande seulement à entrer dans une école secondaire.

 

«Ce fut pour moi comme une révélation, une épiphanie que je ne cesse de questionner et que je ne comprends toujours pas. » (Adonis)

 

« Le dieu de l’amour est né en même temps que moi que sera donc l’amour lorsque je serai mort ? »

 

Lassé de ses poèmes refusés dans les revues arabes, il a dix sept ans, il prend le nom d’Adonis. Ce mythe d’un dieu né d’une fleur rouge, d’un dieu né de la mort et de la résurrection va porter sa poésie au monde.  

 adonis

Adonis le païen mystique !

 

    « J’ai mes secrets pour marcher

    sur la toile de l’araignée

    J’ai mes secrets pour vivre

    sous les cils d’un dieu qui ne meurt jamais. »

 

« Sans attache, parce que déraciné ; sans repos parce que fils de l’inquiétude et d’une histoire massacrée ; sans illusion parce que voué à la vision lucide, âpre et nue ; sans faiblesse parce que revenu des au-delà de l’enfer, Adonis s’abreuve aux étoiles excessives qui égarent plus qu’elles ne mènent aux lieux saints. Sa poésie, hors de toute obédience doctrinale, continue d’interroger et de décaper. Elle aborde, par accélérations successives et sursauts incantatoires le thème d’une identité poétique et humaine, thème inexploré depuis la mise en garde coranique. Ici se cherche l’être même de la parole, entre ruines et enfance, éloignements et sang, amour et légendes. » (André Velter)

 

Adonis est Mémoire du vent, Charmeur de poussière, Refuge dans l’éclair, Chants pour la mort, Chants pour l’amour, Miroir, Rose, Perle, Orient et Occident…

 

          « Un temps s’écoule, un temps s’enfuit

                    comme l’eau

          Et moi aussi je cours…

 

          Je suis venu

          Encre était le monde sur ma route

          Phrase tout frémissement

          J’ignorais qu’entre nous

                    un pont était jeté – foulées

                    de flammes et prophéties

          Un pont de fraternité…

 

          Me voila pareil au fleuve

          et je ne sais comment en tenir les rivages

          moi qui ne sait rien excepté la source

          l’errance où vient le soleil comme magique herbe noire…

 

          « Mon corps est mon pays. »

 

Adonis l’exilé, s’installe à Paris en 1986.

          « Ô ami, ô fatigue…

 

          Ô jasmin des destructions, ô rose de sang !

 

          Oui

          mon rêve a le droit de délaisser mon corps

          et mon corps a le droit de trahir l’insomnie,

                    l’insomnie qui le hante. »

 

CD Adonis« Le chant traverse tous les canaux de l’esprit et de la chair avant de se poser sur les lèvres et partir pour demeurer chez les autres. La poésie a toujours été dans les anciens temps déclamé, chantée ou dite. » (Abed Azrié)

 

Abed Azrié, voix de chair et de vent sculpte les mots, la langue du chant, la plus vielle langue du monde.

Il a chanté Omar Khayyam, Ibn Arabi, Samih Al Quassam… d’«Aromates » à « Lapis Lazuli » il a chanté « Fleur d’alchimie » et « Pont de larmes » d’Adonis.

 

Une profonde amitié au long fleuve des années.

Abed Azrié chante à nouveau Adonis.

Un aboutissement de toute beauté en rupture avec  tout archaïsme.

 

Un CD et le DVD du récital donné le 14 mai 2011 à l’Institut du Monde Arabe.

Harmonia mundi distribution.

A regarder et à écouter ici un extrait :

 

« Commencement du chemin ».

 

          La nuit était papier et nous étions encreAdonis Commencement du chemin

          (Tu m’as demandé)

          « As-tu dessiné un visage ou une pierre ? »

          (Je t’ai demandé)

          « As-tu dessiné un visage ou une pierre ? »

          Je n’ai pas répondu

          Tu n’as pas répondu

          Nous nous sommes épris de notre silence

          Qui n’a pas de chemin

          Comme notre amour qui n’a pas de chemin.

 

 

                                                                                   Hécate.

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:18

à ARIAGA

 

GothicGothic

Les Amants de Mory

de

Laure Fardoulis

 

La poésie, inaltérable, prédispose  le mystère. L'errance des êtres, leurs ombres portées, tracent l'énigme de leurs existences, lors les instants évanouis et soudain immortels s'inscrivent  spontanés dans nos consciences tels des météores incandescents.

 

" Jamais une œuvre gothique, prétendument hermétique et obscure, n’a jeté autant de lumière sur la passion, les sentiments et, plus précisément, sur la solitude, ainsi que sur l'idée culte que nous nous faisons de ces simples énigmes qui sont le moteur de la vie et de la mort ".

Zoé Valdès

 

 

Il y a certains livres qui me hantent comme hante l'irréalité d'un rêve, qui me captivent et me capturent. Devenue leur proie il m'est impossible de résister à leur appel.

Celui-ci vampirise comme l'amour inattendu au détour d'une nuit !

 Il est tel un songe drapé du suaire de la transparence, tissé d'ébauches qui débauchent l'esprit et égarent sens et raison.

 

« Le village picard de Mory, à flanc de coteau .Un manoir, une belle propriété, quelques fermes…une église élancée, passablement abimée par le vent du nord…

La fille du maître du manoir, Pandora, si bien nommée par l’esprit fantaisiste de son père, est une belle jeune fille de dix-neuf ans, grands cheveux noirs et petit visage triangulaire, idéaliste et sauvageonne.

…Benito est un jeune homme brun au visage pâle, solitaire et voué à des tâches qu’il n’a pas choisies.

 

L’histoire commença en l’an MMXI, lorsque Pandora se demanda quel était ce bruit profond et sourd qui habitait ses nuits et la maintenait éveillée.

…ce qui vient des entrailles de la terre vous semble à jamais familier, tel le mouvement perpétuel du magma des tous premiers temps. En ces nuit d’été si douces, Pandora se relevait et quittait sa chambre pour rejoindre les grandes étendues éclairées, taches lunaires presque fluorescentes : il lui semblait alors que l’histoire du monde avait laissé quelques anciens vestiges de vie qui, ainsi accumulés, constituaient la texture d’un temps fluide, légèrement tremblante… habitée. »

 

lune aiolosSous la lune, de l’ombre gothique de l’église, un étranger va se lever, et aborder la jeune fille.

 

« Ai-je donc tant d’intensité sans espoir en moi pour penser qu’un acte aussi anodin qu’une telle rencontre pût émaner d’une prophétie et que j’en sois l’héroïne ? » 

 

« -  Benito, dit-il en se présentant…  Content que vous ne soyez pas une ombre. »

 

« Chaque nuit, à des heures différentes, se levait Pandora, mais son nouvel ami restait invisible…

Et la deuxième rencontre ne renversa d’aucune manière les données romanesques précédemment immergées de la nuit picarde. »

 

Sur la troisième marche d’un petit escalier de la porte de l’église, Benito assis attendra Pandora.

 

« Les mots n’existaient plus, raccourcis d’instants ; en un laps de temps vraiment immoral… ils s’étreignirent. Parole déjà vaine. Et la longue chevelure se répandit sur la peau de Benito. »

 

Dans la réalité du jour appréhendé, s’écoule la vie quotidienne dans une  maison vouée à la fantaisie d’un père monologuant Shakespeare.

 

« Où est mon fou ? Holà ! Tout le monde dort ici ! »

 

Pandora retrouvera Benito…

 

« Exactement assis sur la troisième marche du petit escalier de la porte latérale de l’église… »

 

« Ils entrèrent dans l’église.

                              Je suis sans antécédent.

Ma nudité n’appartient qu’à la nuit

                              dont tu es le gardien.

J’ai froid et mon cœur est démesuré.

                              Ce qui me déchire ? L’absence de Toi…

Rien n’est immoral. Rien n’est amoral.

-        nous sommes sans antécédent. »

 

 

L’alternance des nuits, des jours, des attentes tandis que le père de Pandora majestueux Roi Lear invectivait le vent du nord.

Alternance de la présence. Alternance de l’absence. Attente de l’aimé.

 

« La nuit suivante il était là.

                                        Nulle retenue, pour les véritables amants.

 

Encore en elle

                                        Confondus.

 

église nocturne aiolosEn pleine lumière, l’église semblait s’adresser à ces amants de contrebande qui la hantaient nuitamment sans scrupules. »

 

Pandora perdu en conjectures, interrogeait, dévêtue, le miroir du salon, s’évaluant.

 

«  Comment garder une apparence intacte dans le mouvement irréversible du temps ?

Benito rêvait que son sang à elle était aussi le sien, un sang chaud, l’irradiant entièrement : sœur incestueuse ; ils accéderaient ainsi ensemble à une identité comme indéfectible, née de cet instant de chaleur charnelle, contre cette vieille cloche, au milieu des plumes, des débris d’ailes éparpillées dans la poussière, sous le regard fixe d’un hibou lové dans l’ogive de l’une des deux fenêtres frontales de l’église, immobile. »

 

                    « Je la rejoindrai, ne serait-ce que dans la luxure.

Puissé-je me dissoudre en elle en murmurant ce vœu

Je la rejoindrai, puisqu’à son égal, je suis l’immature.

Ainsi tous mes actes demeureront purs.

                    Je suis enterré depuis si longtemps. »

 

Benito qui n’était ni jeune, ni vieux, ni beau, ni laid, était au-delà. Et s’il lui fallait prendre un confesseur, à l’avenir, ce serait celui qui parlerait le mieux de l’enfer !

 

« Dans le silence, il vint s’étendre lentement sur elle et posa ses bras sur les siens, en croix : ironie, jeu, provocation ou sens inné du sacré ? Il resta ainsi immobile sous la voûte en bois peinte, blanc usé. Au loin, une vierge en pierre posée à leur niveau sur les dalles pourrait témoigner, bien que son regard inexpressif se perdit au-delà. »

 

Univers de dédales, de terre, d’appel des profondeurs, de géographie, de lieux de temps autres dans la marge de l’Histoire, comment ne pas songer au terroir nervalien, ici à Mory modeste hameau aux six puits, aux trois fontaines, aux deux moulins à vent… Quand le songe s’épanche et répond à tous les songes sortis de la terre et non ensevelis… notion abstraite de l’avenir. Ramifications veineuses des mains, petite porte rouge d’un hangar en brique dont la clé ouvre sur une trappe et… sur l’amour absolu !

 

« Pandora se sentait délicieusement diluée… » Un seul des filets bleutés à fleur de peau en s’ouvrant, et « le rouge se répandrait et descendant le long des marches, s’enfoncerait dans la terre jusqu’à lui… »

 

Athéna Aiolos« Entourés d’un mur, les cimetières de Picardie sont presque toujours en dehors du village.

Et Pandora, ce jour-là, en poussa la grille.

Dans la plaine lunaire, l’ombre des grands arbres formait des taches noires… ils marchaient tous deux vers les cyprès et l’enclos du petit cimetière…

Une sorte de gaité éphémère les emportait vers le point mystérieux de leur histoire… Derrière eux, les lumières du manoir situaient le village. »

 

« Quel effet la vision de notre propre tombe pourrait-elle produire sur nous même ?...

 

La splendeur passée d’un pays et d’autant plus pathétique lorsque des vestiges en témoignent encore. »

 

                    Escales baroques de haute nuit et de sacralité abolies de toutes frontières… fusion alchimique du rêve et de la vie.

 

 

EST- Samuel Tastet Editeur.

 

Hécate.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 16:19

Photo Aiolos pour poème

 Ilustration de Aiolos

 

 

FADO  D’UN  INCERTAIN  DESTIN

 

 

    Incertitude, intranquillité me vêtant

    En ce pays où je n’existe qu’en rêve

    Que suis-je sinon une ombre d’absence…

 

Vous joindre, vous, tous mes ailleurs

Qui n’êtes pas, sinon un peu d’encre

Où ancrer quelques bribes perdues

 

    Fantomale errance où je vais

    A me dissoudre de terrible rigueur

    Arbre de miséricorde, offrez-moi

    Quelque branche où me pendre.

 

Crochets qui m’arrachez le cœur

Reliques de moi-même, embaumez

Ce que je fus, ce que je ne suis plus.

 

    Nuit profonde, bandeau sur mes yeux

    Que mon sang soit cette trace effacée

    Où crucifier ma nostalgie fleurissante

    J’exhale un parfum qui n’est pas d’ici

    Qui saurait me respirer tel qu’alors ?

 

A vivre les jours sans les connaître

Et les nuits sans jamais les dormir…

 

    Cette soif, jamais assez étanchée

    Me poursuit dans ce désert d’être

    A me consumer sans être assez dévorée

    Holocauste de brûlures qui me marquez.

 

    Est-il assez grand ce sacrifice d’aujourd’hui

    Incertitude, mon habitude, ma constance ?

    Aveugles fidélités qui me sucez l’âme

 

Appels muets serez-vous un jour entendus

Par-delà le mur qui m’enterre d’impossible

 

Je n’ai plus de prières qu’en secret

Ne sachant où les porter, où les perdre.

 

    Dans cet infini qui m’attend peut-être…

    Ma lassitude sera-t-elle assez couronnée

    Pour qu’éclosent les pétales de l’oubli,

 

A mon front harcelé de pâle inquiétude

Sera-t-il enfin brisé ce cercueil  où je me meurs ?…

 

 

                                                                       Hécate

 

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 13:37

blesse, ronce noire coverBlesse, ronce noire

de

Claude Louis-Combet

 

 


« Blesse, ronce noire. Ce sont les derniers mots que Georg Trakl fait prononcer à sa sœur, Gretl, dans le poème Révélation et anéantissement, écrit peu avant la bataille de Grodek (1914) d’où, la drogue aidant, il ne devait pas revenir.

Lorsqu’on considère les photographies conjointes du frère et de la sœur, on peut se demander qui fut le premier à dire les mots de la douleur, de l’amour et de la faute et dans quelle secrète complicité naquirent les poèmes. Dans l’espace de la proximité ouvert entre ces deux faces d’amants et d’artistes, on peut rêver abondamment sur le sens de la dilection, de l’écriture et de la déréliction. »

 

Automne 1897 

            « Le garçon a tout juste dix ans et sa sœur vient d’en avoir cinq. De tous les êtres qui peuplent la maison, cette petite fille a été reconnue par son frère, depuis le commencement, comme celle par qui la ténèbre arrive. »

 

            Dans un soir d’un songe ardent, tourné vers le miroir, multitude d’apparences et de reflets, les enfants pouvaient se découvrir tels qu’en feu et se regarder agir sans perdre de vue la languissante exténuation du crépuscule.

 

            « La petite fille s’empara de la plus grande des poupées, l’unijambiste, et l’étala comme une étoile sur un coussin de velours sombre… Cependant le grand frère avait dégainé le sabre et celui-ci, qu’il tenait à deux mains, luisait doucement dans l’espace profond du miroir. Assurément, une exécution – un sacrifice allait s’accomplir…

            La lame était légèrement recourbée, mais la pointe acérée. Ce sabre était un bel ornement de flibustier, une pièce de panoplie de pirate fornicateur…

Le garçon engagea son arme sous la robe qu’il souleva et rabattit. Le pantalon de poupée fut alors exposé clairement et, à son enfourchure la lame put pénétrer, sectionner. La petite fille regardait… elle adhérait, de tout son désir d’enfant, à la volonté de son frère. Il était le maître…  Voir – voir et regarder, contempler un instant – suffisait largement au désir…

            Elle n’avait que cinq ans mais elle avait beaucoup pensé et s’était aventurée loin en elle-même. Elle se laissa donc dépouiller le bas du corps et, tout le temps, regarda dans le miroir son frère qui la regardait.

            Il n’y eut rien de plus…

            Un regard seulement, un long regard tandis que le jour s’absentait, juste le temps nécessaire pour que s’éveille l’adoration. Le corps était à la fois clos et ouvert, offert et réservé. Il n’était ni indécent ni outragé mais singulier, en vérité. Le dessin du sexe paraissait ici, dans l’insolite complicité des enfants… Ils éprouvaient, comme une morsure du cœur, à quel point ils se trouvaient interdits de désir entre eux et contre quoi il leur faudrait se dresser s’ils voulaient se retrouver un jour au seul miroir de leur destin. »

 

            Ni roman, ni biographie « Blesse, ronce noire » est une plongée hallucinée dans le passage de l’enfance à l’adolescence jusqu’à la finalité fatidique.

            Une langue de toute beauté où le classicisme est une force plus que jamais qui porte haut les ténébreuses amours incestueuses et le paysage intérieur du poète Georg Trakl tout de silence et de stupeur stupéfiante.

            Imprégné de Novalis, d’Hölderlin, de Rimbaud, Nietzschéen dans le nihilisme et l’exigence des aboutissements des pulsions, se débattant dans la douloureuse hantise du mal et de l’idéalisation sans limite, comme de la conscience dans le mal, l’œuvre de Trakl est toute entière traversée d’écorchures, d’écartèlements, de désolations dans la neutralité hivernal de l’engloutissement blanc de la mort, dans la descente aux profondeurs.

 

 «… se dressa sur des ailes de lune par-delà les cimes verdoyantes et les récifs de cristal la face blanche de la sœur. 

            Sur des semelles d’argent je descendis les degrés envahis par les ronces et pénétrai dans le réduit chaulé. » (Georg Trakl) 

 

Eté 1905 

            « C’est l’été des treize ans, une nuit de canicule. La jeune fille a le ventre lourd… Le sang de lune se prépare à couler pour la première fois et la jeune fille veut le voir sourdre de son sexe. Elle l’a promis à son frère. Elle lui a écrit : Cela se passera une nuit et moi, je veillerai… Et mon sang ne sera pas chrétien. Il ne viendra pas d’en haut, provoqué par un rais de lumière, mais d’en bas et du fond, là où la terre est plus noire que la terre et où il se trouve que je suis ta sœur par-dessus toute femme, ta sœur qui t’aime et qui t’attend.

            Elle écrivait chaque jour à son frère mais ne lui envoyait pas ses lettres.

            Tu es parti mais tu ne m’as pas quittée. Tu es toujours ici. Tu me regardes. Regarde-moi encore. Je voudrais passer toute ma vie à être regardée par toi… »

 

1905 – 1909 

            « Il aurait voulu être chimiste pour connaître et pharmacien pour soigner…

            Composer des pommades et des pilules, cueillir et conserver des simples, exécuter des ordonnances, c’était autant de tâches dont le seul horizon se voulait la santé, le bien-être, le secours et la consolation. »

 

           800px-Engel-Apotheke Linzer Gasse Georg Trakl commença un stage à Salzbourg à la pharmacie de l’Ange Blanc, bien qu’associant dans ces rêveries sa quête de l’élémentaire à l’obscur préparation du péché. Il considérait que ses études étaient une faillite. La pensée idéaliste ne lui paraissait pas animer la recherche scientifique.

 

            « Il fallait que l’homme connût la chair de l’être qui lui était, par l’esprit, le plus proche, la chair du Double, la chair de l’Ombre que deux êtres fussent entre eux comme le Même : nécessairement ils devaient s’aimer, jouir ensemble, au-delà de toute jouissance commune…

 

            Nous serons la flamme – écrivit-il à sa sœur, dans l’ivresse de sa vision. »

           

            « Il buvait dans la solitude, sans jamais sombrer dans le tangage des ivresses communes. Il accédait par l’alcool à la transparence, à la netteté de la sensation…

            C’était une difficile entreprise de création de soi-même, un opiniâtre dévoilement de l’être et du monde, à distance de toute effusion romantique comme de tout formalisme d’écriture…

            Etre, écrire, aimer – les termes s’interchangeaient dans l’unité d’un même mouvement de raréfaction du verbe et de retour en soi. »

 

            Dans son rapport avec les femmes, il avait éludé son désir et différé le moment. Eloigné de sa famille, il ne caracola pas dans les multiples cercles de la réalité féminine. Souci de ne pas se lier, timidité, concentration sur lui-même.

 

            « Cependant, il lui fallait affronter l’épreuve du sexe. Un désir épuisant le tenaillait. Céder alors…

schiele            Les oripeaux de ces dames se ramenaient à peu de chose : une paire de bas noir, des froufrous avachis… vaste corps bouffis… seins ballottants, pubis exubérants, cuisses veinulées et cireuses couvrant de leurs replis la fondrière du sexe… et le grand moment de solitude du désir impartageable…

 

            Il était, à présent une béance et une loque, rien moins qu’un petit mâle au zénith…

 

             Et tout comme il affectionnait les boissons incendiaires qui torturent le goût sans le remplir, il se soumit à des vulves excessives qui le malaxèrent tout entier et l’épuisèrent sans jamais entamer ce noyau de virginité autour duquel son cœur s’était construit et qui s’exprimait plus lumineusement que jamais dans les poèmes de rêve et de folie qu’il écrivait pour sa sœur…

            Cependant quelque chose en lui résistait à cette fascination du néant sexuel et de la petite mort. »

 

Eté 1909 

            « Comme ce jour-là était un dimanche, ils étaient allés à la messe en famille, le matin. Ni l’un ni l’autre n’avait prié. Ils rejetaient Dieu violement. Cependant ils croyaient en Dieu, ils croyaient en la Présence réelle…

            La sœur avait beaucoup grandi, s’était développée, épanouie… Elle marche devant. Elle porte une jupe claire et un corsage léger.

            Elle avait écrit déjà : Je t’emmènerai hors du regard, là où Dieu seul pourra nous juger.

            La sœur le précède comme une ombre blanche. Mais lui, dans la tension de sa pensée, la perçoit plus noire, plus attirante et dangereuse qu’un puits ouvert soudain dans l’espace de son cœur…

            Il peut se considérer lui-même aussi vierge que sa sœur. »

 

            Sous un ciel insupportable d’intensité, la montée d’un élan exalté, avec la barrière des sapins, dessin d’une ligne noire, paysage d’autres confins vont s’accomplir vers l’autel des orties et des ronces, les noces sacrées.

            «  Il ne tenait qu’à elle de s’arrêter sur le chemin, elle le ferait bientôt, de se retourner vers son frère, d’ouvrir sa robe et de dire, ainsi qu’elle l’avait écrit : Prend, je t’appartiens, prend cette sœur qui t’est réservée, et blesse, blesse-moi, ronce noire. »

 

prunus spinosa 1             « ...le frère, que l’angoisse du désir accablait, avait brisé de ses mains une tige épineuse, une tige feuillue et fleurie en son bout – une branche d’églantier. Sa main saignait…

 

            Sa tige à lui était dure et cruelle, obstinée et implacable. Elle avait poussé aux premiers temps dans le désert, là où le cœur est calciné avant d’avoir battu. Elle portait des griffes et des crochets et avait fleuri dans la famine…

            Cette fleur était virginale, mais à quel prix ?

            …de sa verge d’églantier, il l’agaçait dans le cou, entre les épaules, contre la joue, la caressant de sa fleur, la griffant de ses épines…

… Et la sœur, dans la tourmente des parfums et le fouaillement incessant des épines sur sa peau, sentait ses flancs s’élargir et son âme monter avec son souffle. Sa main blessée d’épines brûlait. Il avait dans sa gorge le goût du sang… Il agitait sa branche d’églantier. C’était une torche.

            Il était après elle comme après sa propre ombre lorsque, enfant, il cherchait à y poser le pied. »

 

Mars 1913 

            « Aucun acte ne pourrait jamais contrebalancer le poids de plaisir et de joie qu’ils avaient partagé. Aucune pensée, leur appétit de faim. Aucun mot, aucun poème, leur part de silence dans l’absolu de l’amour accompli.

 

            Il ne s’était jamais pris ni pour un grand chimiste ni pour un grand métaphysicien. Les quelques amis qu’il avait et qui l’aidaient matériellement, à se produire en de rares publication, ne saisissaient que l’étrange beauté des associations de mots sans accéder au secret…

 

            Il ne s’était jamais reconnu comme une intelligence plus cultivée et pénétrante qu’une autre. C’est pourquoi il faisait sienne cette idée vieille comme le monde que tout bonheur se paie de peine.

            Blesse, ronce noire. Qui avait écrit cela le premier ? il ne savait plus ce qui était d’elle, ce qui était de lui. »

 

Octobre – Novembre 1914 

            « Il ne comptait plus les jours depuis qu’il avait rejoint le front. Il avait pour tâche de repérer les blessés qui pouvait être soignés, de leur administrer les premiers secours, de les charger dans les ambulances, sortes de roulottes de romanichels devenues fourgons d’agonie. Les obus éclataient de partout…

 

            Que tout se taise au-dehors et que cette voix lui revienne dans le souffle et le chant : Blesse, blesse encore, ronce noire, encore et toujours.

 

            Il n’avait qu’une mince provision de cocaïne entre les étoffes de son uniforme. Plus d’une fois, il avait été sur le point de l’offrir à un grand blessé dont la souffrance lui brisait les nerfs. Mais c’était sans fin comme les aumônes. A présent c’était lui qui avait besoin d’un suspens dans cet abrutissement de fatigue et d’angoisse où il coulait. Hier, c’était la Toussaint. Aujourd’hui le jour des Morts. Demain, s’il se pouvait le jour des Survivants… »

 

                                             ABANDON A LA NUIT

 Georg Trakl

    Prend-moi, moniale, en tes ténèbres,

    Vous montagnes froides et bleues !

    Saigne la rosée de ténèbres ;

    Croix dressée dans l’éclat des astres.

 

    Brisés pourpres bouche et mensonge

    Dans la froide chambre vétuste ;

    Brille encore un rire, jeu d’or,

    Dernière sonnerie de cloches.

 

    Nuage lunaire ! Noirâtres tombent

    Des fruits sauvages dans la nuit

    Et notre espace devient tombe

    Et notre vie terrestre, rêve.

 

Georg Trakl

1887 – 1914

 

            Ma première rencontre avec la poésie de Trakl s’est faite par le biais d’une pièce pour orchestre de chambre et voix d’hommes du compositeur Philippe Hersant « Der Wanderer » poème choisi pour ses deux derniers vers :

            «Et lui s’en revient, le long des berges vertes,

Bercé sur une noire gondole, à travers la ville écroulée »

 

            Deux extraits d’un entretien avec Claude Louis-Combet né en 1932 :

 

            « La lecture de Freud m’a permis de comprendre l’importanceLouis-Combet Claude essentielle des expériences de la petite enfance dans l’histoire de l’être individuel. Jung m’a ouvert aux sources de l’imaginaire par l’approche de l’inconscient collectif et des mythes. Rank m’a éclairé sur la dialectique de la névrose et de la création. »  

           

            « Je n’attache aucune importance à la critique, c’est peut-être la raison pour laquelle beaucoup de mes  livres sont passés complètement inaperçus. La presse m’a fait la grâce de m’ignorer. Je n’en ai été que plus libre d’écrire ce que j’ai écrit… »

 

 

 

Editions Corti.

Les Massicotés.

                                                                                                                                                     Hécate.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 20:22

coverL’amour au jardin

de

Jean-Pierre Otte

 

 

 

 

            « ….Mille pariades, appariements, noces et épousailles tour à tour somptueuses et sanguinaires se déroulent en ce livre, véritable et odorant bréviaire des alcôves ! C’est qu’il est écrit par quelqu’un qui à l’instar de J. H. Fabre, a pendant des années observé de près, de très près même, la vie des fleurs, des insectes et des animaux de son jardin et qui a su aller au-delà des simples descriptions, si précieuses et minutieuses soient-elles, quelqu’un qui, comme l’Alice de Lewis Carroll, put franchir l’invisible miroir qui nous sépare de nos compagnons d’existence floraux et animaux. »

 

               Conviés par la préface de Jacques Lacarrière à un voyage au cœur des calices et des corolles, dans l’intimité des rêves et des herbes nous découvrons après L’ETONNANTE TROMPERIE DE L’ORCHIDEE – ABEILLE, la SECRETE VIOLETTE et LES INTERDITS DE LA PRIMEVERE… D’AUTRES VISITES INTIMES… en passant par LA STRATEGIE DE L’ARUM, sans oublier UNE REINE DE LA MAUVAISE GRAINE…ce voyage nous mène en voyeur d’abord étonné, puis ravi, enchanté, parfois horrifié…

 faux-bourdon

               Etre un bourdon ou même un faux bourdon, corseté de velours fauve, cerclé de cuivre et de cinabre avec de magnifiques yeux noirs… Une expérience qui réserve bien des surprises…

 

               « Au-delà de la pluie, dans les lacs bleus de l’embellie, c’est un espace inconnu qu’il affronte, un pays pourtant déjà parcouru mais redevenu étranger sous un subit resplendissement. Des vapeurs voyagent et une brillance d’eau s’est ajouté aux couleurs… Au hasard de l’air, il décèle tout à coup les molécules d’un parfum fort, qui lui rappelle celui d’une femelle de son espèce… Le message lui soulève les sens, marque une direction, la voie la plus courte… Sans plus avoir l’humeur du flâneur mais celle de l’amant empressé, il s’introduit dans l’espace du jardin. Au détour d’un massif serré de romarin, il aperçoit enfin, cette femelle au parfum impudique… »

               Amant frustré, fébrile et s’épuisant sans jamais obtenir son plaisir il est la proie d’un leurre, il perce la pilosité à l’endroit convenu, sans trouver d’orifice. « Cette fille présenterait-elle un vice de conformation ? »

            orchidée-abeilleL’Orchidée-Abeille déguisée grimée, avec un cynisme parfait, une indifférence efficace au fil des âges est parvenue à obtenir une étonnante ressemblance avec l’abdomen d’une abeille…

Le seul risque mais majeur pour la fleur, c’est quelle ne fasse l’objet d’aucune convoitise amoureuse. Je ne dévoilerai pas ses raisons secrètes…

 

               « Il faudrait, écrit J.P. Otte, parvenir à pénétrer les replis parfois tortueux de l’intelligence des fleurs. Cette superbe supercherie cache peut-être des imaginations féminines fort complexes, un dessein mystérieux, une perversité qui pèse ici entre l’attrait parfait et la frustration indispensable de l’amant. »

 iris violet

               L’Iris pointe d’abondance, dès février, des feuilles étroites en baïonnettes. « L’architecture est d’une découpe extravagante. Elle semble un éclatement délicat, aérien, fragile. C’est un envol figé avec ses foulards, un temple éthéré aux entrées trop nombreuses pour ne pas être dérobées… On dirait que la fleur sur sa tige est le résultat excentrique d’un soufflage à la canne. »

 

               Se faire abeille, s’aventurer dans une alcôve de l’inconnu, sans bruit, sans ombre…

La fleur qui reçoit en privé s’ingénie à offrir ses alcools. « N’est-elle pas à l’écoute d’elle-même, du moindre tressaillement dans sa chair ? »

 

               « La Primevère est certaine de ses attraits. Une timide ? Ce n’est pas sûr. Mais une vierge disponible, qui a fixé ses règles, ses interdits, ses limites à ne pas franchir primevèretout en ayant l’ingéniosité et les moyens de sa rigueur morale.

               Les primevères, à première vue toutes pareilles, sont en réalité de deux espèces. »

               Sous sa fragilité angélique, si un squelette était à imaginer à la primevère, il ne pourrait être constitué finement que de fils étirés de verre. Mais il y a deux clans chez les primevères…

               « Aucun désir peut-être qui ne soit réalisable s’il est intense car toujours le don l’accompagne »…

 

               « Loin de cette amour culpabilisant  « où l’on meurt pour nous en rémission de nos péchés », il nous appartient de lire dans la Passiflore la figure de passions plus exaltantes. D’y voir peut-être l’emblème intime et richement doté du corps féminin ou passiflore bleuede son sexe-écrin. Mais ne serait-ce pas encore trahir la fleur, l’enfouir sous une autre projection ?... N’en a-t-on pas fini de fixer des symboles ou de quérir des signes de reconnaissance, quand c’est au réel et au rêve qu’il s’agit vraiment d’accéder… L’on dirait une émigrée créole, qui reste bariolée dans ses appâts pleine de luxuriance et d’humeurs, riche de couleurs éclatantes, ouverte dans l’ombre, au soleil, au bleu conjugué du ciel et de la mer, dans d’anciennes mémoires suspendues par des astrolabes et des nombres d’or. »

               Assiégée par les oiseaux, de toute les fleurs qui s’offrent à eux dans le jardin celle de la Passion est la seule à les attirer, les captiver vraiment. « Ils s’enfoncent dans l’exotisme, fouillent du bec l’étrangeté colorée. C’est comme s’ils voltigeaient autour d’un conte des îles ou d’un coffre de pirate, d’où on leur sort des merveilles. »

         violette     

               « De ces scènes d’amour, surprises autour d’elle, la Violette nourrirait-elle ses fantasmes, ses rêves les plus osés ?

               Ces fleurs semblent des yeux. Des yeux-fleurs fragiles et froids, d’une couleur qui s’obtient par un juste mélange du rouge et du bleu. Comme si il y avait en elle un équilibre libre et passionné entre l’esprit et les sens, entre le désordre amoureux et une sorte de sagesse réservée. » De la violette sobre, jolie, coquette sans complexité inutile au parfum entêtant et subtil destiné à signaler sa présence, je ne diffuserai pas non plus ses secrets… ni comment ces fleurs, aux premiers jours d’août en leur seconde floraison ne s’ouvriront au monde. C’est là son intimité enclose dans les pages de ce livre. 

  sabot-de-venus

 

 

               C’est dans un songe oriental que se hasarde le bourdon, en pénétrant dans le Sabot de Vénus. Lieu, tout à la fois grandiose et confiné, dilaté d’un silence luxueux.

 

 

 arum

 

                La mouche aux prises avec la stratégie de l’Arum, à peine dans le corps du logis, elle s’émerveille de la clarté glauque où la chaleur croît et lui engourdit un peu les membres… « Dans l’intimité silencieuse, elle découvre un trésor de sécrétion, dont elle commence a se nourrir avidement… Son amour propre refuse encore de croire à un piège après une si belle réception…»

 

               « Au milieu du chiendent, du rumex, du séneçon, de la garance, des vesces à vrilles ou des chardons, l’Euphorbe fait figure de reine païenne. Elle grandit entourée d’une peuplade disséminée et maudite, à laquelle on interdit de jeter l’ancre. Le lait du diable dit-on, brûle dans sa tige et ses feuilles glauques-pruineuses rendent les chats aveugles...

euphorbe sauvage            Quand on est reine de quelque chose ou de quelque part on a les caprices de son rang, la liberté de ses fièvres et une gloire accordée à tous les remous imprévisibles du monde. En matière amoureuse, on s’attend à ce qu’elle se montre d’une passion sauvage et rebelle, d’une fougue secrète, inventive et indomptable, ayant recours aux philtres, aux drogues ou à d’autres artifices, si besoin est. »

               Je laisse le lecteur ou la lectrice marcher vers ces marges que la culture n’a pas atteinte et corrompue, parmi ces bandes bohémiennes qui apparaissent de toute part dans le jardin…

 

               «Du cannibalisme amoureux du carabe doré expéditif, sans curiosités timides, ni approches ni attouchement, voyons la Mante, merveille d’esthétique d’un mystère confiant et fier qui se dresse d’évidence à la lumière. Elle a de la grâce, de l’élégance. On la découvre plutôt portée à l’extase lente. Ses ailes ne sont jamais les organes d’aucun vol, mais comme les parures reçues en héritage d’une ancienne et haute royauté. »

              mante « L’œil est exorbité, d’un vert de jade sans transparence étonné gravement de tout, et qui semble englober le monde ou le recueillir dans sa rondeur. La mante regarde : là est sa grandeur.

La mante possède le sens de l’observation, les meilleures dispositions à la contemplation. »

 

               Les agapes de la mante se font aux hasards nombreux et aux imprudences du gibier de saison…mouches à reflets bleus en amuse-gueule ; tripes de carabe ou cuisses de sauterelle en hors d’œuvre ; enfin, un criquet cendré ou une belle épeire diadème en plat de consistance.

               « Comme boisson, l’eau-de-vie brûlante de quelques gouttes de rosée.» Le mâle de taille moindre l’a repérée…il s’approche au ralenti… Il la contourne… Il est entré dans le champ hermétique des attirances irrésistibles et des dernières prudences.

 

               Sur un signe d’assentiment il la rejoint. Près de deux heures d’accouplement sans préliminaires, ni baisers ni attouchements ni mordillements délicieux… Tandis qu’il l’étreint, la mante relève ses pinces et les applique savamment au cou de son partenaire. Le mâle qui s’attend à une spécialité ou une caresse insistante perd la tête : d’un coup de couteau-scie son amante vient de la lui sectionner…l’accouplement n’en continue pas moins… De ses ripailles amoureuses, elle ne laisse de son partenaire que les ailes.

 

               « Plus que d’une passion, il s’agit d’une véritable assimilation de l’autre offert à une digestion lente. »

 araignée

 

               « A quoi rêve une Araignée si elle rêve ? Son attente s’emplit tour à tour des couleurs fluides de l’enchantement, de la craie noire du désespoir ou de la dérision, puis des élans rougeâtre du délire. Sans cesse, à partir de sa capacité d’aimer, elle crée, recrée la figure indéfinie de l’être attendu. » Son baiser est venimeux…

 

 

 

               Les vers luisants sont des ETINCELLES DANS LA NUIT, dans l’ombre ébène du escargotsjardin… NOCES D’ECUME des Escargots, les sexes se mêlent, les sexes s’unissent. « Et comme chacun d’eux est à la fois mâle et femelle, ils sont en même temps pénétrant et pénétrée… A chaque fois qu’ils se rétractent puis s’étirent, l’écume s’exprime en réponse à d’autres stimuli. Ils se découvrent l’un pour l’autre voluptueusement visqueux, volubiles et souples dans l’euphorie musculaire qui s’empare d’eux jusqu’à l’absolu ravissement. »

 

               « …Prés de l’auge boueuse gorgée par les pluies, c’est en gros plan que l’on voit réapparaître le Crapaud. Il sort d’une tombe peu profonde et provisoire, d’une obscurité basse et serrée, de l’engourdissement d’une vie léthargique et ralentie, sans doute privée d’étoiles…

 

 Crapaud              Il est apparu comme un dieu avorté et difforme, une créature innommable sortie des imaginations morbides…

L’expérience apprend qu’il est avantageux d’apprivoiser ses aversions et, mieux, de se les allier… Ainsi, sous la loupe pour autant que le crapaud se laisse observer un peu longuement, sa peau « criblée de verrues » se révèle une plage sélénite, recourbée sur elle-même avec des cratères et des brillances étranges. C’est comme la face cachée de la lune que personne n’a jamais vue mais dont tout le monde a auguré. Mais peut-être cette apparence que l’on trouve d’abord monstrueuse emprisonne-t-elle, comme dans les contes, un Prince charmant pour celle qui réussirait à conjurer le mauvais sort. Un baiser de colombe dans la bave du crapaud ressusciterait peut-être le Prince de ce corps ramassé sur lui-même et qui paraît d’une consistance de boue et de bronze.

 

               Dans la nuit, il lance sa note métallique et brève. A le mieux écouter, ce chant a ses harmonies, ses modulations, ses fréquences différentes, des sonorités liquides dans des emportements de contralto. Le coassement lui-même produit un choc, une fracture dans la coalition musicale… »

 

               A la période des amours, si son chant demeure sans réponse, sans écho à travers les innombrables couloirs de la nuit, le crapaud va dépasser ses habitudes familières. Il s’aventure dans l’ailleurs, conduit par un instinct qui relève de la radiesthésie.

               LES FECONDATIONS EXTERIEURES sont de longues et singulières noces qui durent au moins le tour complet d’une horloge. Que sait-on du plaisir de leur accouplement, alliance de liens qui ne nous sont pas perceptibles ?...

« Un chant sonore, limpide, liquide même, par notes détachées et presque semblables, comme le son concentrique et lointain d’une clochette dans un temple englouti.

Le sortilège n’est pas loin. »

 Jean-Pierre Otte

            Né en 1949 et établi dans le Lot dans un immense jardin, amoureux des mystères de la femme, de la terre et du vin, Jean-Pierre Otte est poète, entomologiste et chroniqueur invétéré de la beauté des mondes qui nous échappent.

  

 

Hécate.

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