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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 13:04
Interlude 18: Litanie d'une folle

LITANIE D’UNE FOLLE

 

C’est l’histoire d’une pauvre fille qui est devenue folle et qui attachée sur son lit parle avec des ombres, mais surtout à une amie qu’elle a beaucoup aimée, tandis qu’une autre amie, Marie, veille sur elle.

 

 

Marie, pourquoi tout ce gris

Au creux de mon âme qui s’ennuie ?

Marie, qu’as-tu fait du bleu

De mes grands jours merveilleux ?

Je ne vois plus autour de moi que flétrissures.

Oh ! Marie ! vois-tu dans mon cœur cette béante blessure,

Marie !… pourquoi cette interminable pluie

Et dans le jardin toutes ces fleurs pourries ?

 

Pourquoi tout ce noir, tout ce noir

Où se noie mon incertain désespoir ?

Marie, pourquoi fermes tu les volets ?

J’aime tant sur mon lit, du soleil la clarté !

Donne-moi un morceau de beau ciel

Donne-moi un rayon couleur de miel

Marie, donne-moi… oh ! Marie…

Que fais-tu ? Je ne suis pas folle Marie !

Je veux partir à la recherche du bleu,

Tu sais, ce bleu couleur de ses tendres yeux.

Tu ris, Marie et moi je pleure…

Ne ris pas de mon incompréhensible douleur…

Ecoute, Marie. Ecoute… N’entends-tu pas une chanson ?

Oh ! écoute… Non, c’est toi qui es folle, j’ai toute ma raison !

Ecoute donc ! C’est sa voix… sa voix, oh ! Marie !…

Tu vois, elle me sourit… Marie ! elle me tend les bras !

 

Laisse-moi Marie, laisse-moi ! Ne la renvoie pas !

Marie, qu’as-tu fait ? Je ne la vois plus…

Pourquoi as-tu refermé la porte de la rue ?

Pourquoi as-tu tiré tous les rideaux, Marie ?

Il fait noir ! Donne-moi du bleu et renvoie tout ce gris !

Mais ne t’en va pas ! ne t’en va pas ! reste là !

Tu me dis que tu es toujours là…

Mais je ne te vois plus Marie ! J’ai peur !

Marie, je sens que se brise mon cœur !

Marie tout est noir, tout est sombre !

Marie ! ouvre les rideaux, renvoie ces ombres !

N’entends-tu pas mes sanglots qui t’implorent…

Laisse-moi partir laisse-moi la revoir encore.

Pourquoi as-tu attaché mes mains, Marie !

Je ne pourrais plus caresser ses cheveux chéris.

Mes mains ! elle aimait mes mains… Marie !

 

Enlève-moi cette corde, elle me fait mal. Oh ! Je t’en supplie.

Marie, aie pitié de moi ! Dis Marie, tu te souviens

Nous nous promenions avec ton petit chien,

Elle riait !… Oh ! Marie elle riait si bien…

Marie, tu n’as rien oublié, tu te souviens ?

Mais parle ! Dis-moi quelque chose ! Marie ! Marie !

Regarde ce sang sur mes mains : enlève cette corde rougie

Je serai sage Marie, je te le promets, je t’en prie…

Je n’en puis plus ; j’étouffe avec tout ce gris

Oh ! le bleu de ces yeux, c’était ma Vie !…

Elle me prenait dans ses bras, Marie

Et là, j’étais bien… Oh ! elle me sourit…

Elle revient ! Je suis si bien Marie !…

Oh ! ma tête, Marie, elle me fait si mal soudain

Je ne vois plus…Je ne vois plus rien…

Tout s’endort… il me semble sombrer dans un gouffre.

 

Je ne me souviens plus… Oh ! Marie, je souffre !…

Je souffre… oui, et sans savoir pourquoi…

J’ai besoin Marie, de fouler l’herbe des prés. Et toi ?

Je voudrais respirer l’air pur ! Oh ! l’air pur…

Et me noyer dans le bleu du ciel, le bleu si pur…

Marie, laisse-moi partir… Marie, partir…

Il n’y a plus qu’une porte à ouvrir !

Mais mes mains sont liées !

Marie, je t’en prie aie pitié !…

Oui je sais !… cela t’est bien égal

Que je souffre d’une douleur infernale…

Tous les humains sont ainsi…

Tous de la souffrance des autres ils rient !

Et c’est pour cela que je ne t’en veux pas, Marie…

Mais enlève-moi tout ce gris…

Je sais Marie que j’étais folle ! Mais c’est fini !

J’ai retrouvé ma raison et je sais qu’un jour

Je la retrouverai là-bas pour toujours.

 

N’entends-tu pas la douce musique ?

Oh ! mon Dieu, il me semble respirer ces sons angéliques.

Oui, je la retrouverai dans le paradis !

Oh ! tu peux rire ! je sais que je la retrouverai Marie !…

Je suis heureuse, si heureuse… je la vois !

Ne dis rien, elle repartirait sans moi.

Car, Marie, je vais partir, partir

Et il n’y aura pas de porte à ouvrir.

Pas de mains à délier.

Mon corps que tu retiens prisonnier.

Je t’en fait cadeau,

Car là-haut il y a bien plus beau…

Je sens mon âme qui danse

Et c’est le bonheur qui donne la cadence.

Oh ! toutes ces âmes Marie !

Si tu savais combien elles sont jolies !

Elles ont des reflets bleus comme le ciel radieux

Des reflets bleus comme ses doux yeux.

Comme c’est étrange, je te vois dédoublée…

Chut !… ne dis rien, je vais tout te raconter :

Tu es debout derrière d’énormes grilles

Et tu pleures ta liberté avec d’autres filles.

Voilà qui est bien ! tu seras punie

De m’avoir tenue toujours attachée sur mon lit !

Tiens, il fait sombre, quelle heure est-il, est-ce la nuit ?

Tu me dis qu’il est midi !

Pourtant on se croirait au soir, tout est si noir.

Je ne te vois plus, mais je sens ta main, c’est bizarre…

Je ne sais plus ce que je t’ai dit…

T’en souviens-tu, toi, Marie ?

Je vois des choses, oh ! tant de choses !

Dans la chambre se promènent des guirlandes roses.

Tu dis que je rêve ! oh ! Marie, c’est toi qui dors !

Cela me fait de la peine pour toi encore

Car tu perds à nouveau la tête

Et tu ne pourras pas aller à la fête.

 

Tiens ! voilà le médecin en blouse blanche

C’est pour toi qu’il vient, c’est étrange.

  • Oui docteur, je lui ai attaché les mains

Car elle veut sortir tous les matins.

Elle dit qu’elle veut du bleu.

Elle soupire que tout ce gris l’ennuie

Ah ! quelle misère ma pauvre Marie !..

De plus en plus elle déraisonne.

Oui, c’est midi qui sonne.

Dites-moi Docteur est-ce vraiment de la folie ?

Oui, je soignerai ma chère Marie.

Mais que faites-vous ! Ce n’est pas pour moi la camisole !

Non, Docteur, je ne suis pas folle !

Dis-lui que je ne suis pas folle Marie !

Dis-lui que je ne veux pas de l’hôpital Marie !

Marie !… Je ne suis pas folle, je ne suis pas folle !

Marie, pourquoi tous ces bruits ?

Pourquoi tous ces cris ?

Marie, pourquoi tout ce gris

Au creux de mon âme à l’agonie ?

Marie, qu’as-tu fait du bleu

Du bleu de mon rêve merveilleux…

 

 

Hécate.

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 11:46
Vue de ma chambre durant mon hospitalisation.

Vue de ma chambre durant mon hospitalisation.

Tout d'abord un grand merci pour tous vos messages d'amitié. Je suis de retour chez moi encore trop affaiblie pour aller déposer quelques mots chez vous. Cela se fera progressivement.

Entrée aux urgences le lundi 11 mai, j'ai eu ensuite une chambre avec vue sur le soleil levant. Voir le ciel, regarder passer les nuages, un réconfort dans les heures les plus éprouvantes.

C'est cette photo que je viens partager avec vous.

Hécate

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 17:45

Suite à une hospitalisation très soudaine et imprévue de votre amie Hécate.

Elle espère que vous allez bien.

Là, où elle est elle n'a aucun moyen de communiquer par internet.

Elle vous dit à bientôt pour de nouvelles aventure plus agréables.

ps: je lui communiquerai vos éventuels messages.

Quelques news ... ... ...

Hécate vous remercie de tous vos messages de soutien.

Bonjour

Hécate à eu pour commencer une infection urinaire qui s’est propagée très rapidement aux reins (2 jours) puis à commencer à atteindre le foie et ensuite les poumons. Après deux jours passé aux urgences elle à était transférée au service d’oncologie médicale.

Elle est sous oxygène et perfusion depuis lundi soir avec des pics de températures régulières (40°) et une forte baisse de la tension (8) la tension se stabilise depuis trois jours et elle est presque redevenue normale. Hier elle à subit une ponction pulmonaire pour retirer l’eau qu’elle à dans les poumons. Son moral est fluctuant mais elle lutte bravement. Elle peut de nouveau s’exprimer à peut près correctement (son élocution était très hachurée) mais elle reste faible.

Aujourd’hui la fièvre commence à lâcher prise (enfin !). Elle ne peut pas encore lire très longtemps donc elle se contente de magazine.

La belle (Hécate) vous souhaite à tous, le bonjour.

La Bête.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 16:54
Le Chant, d'Achille
de
Madeline Miller

 

            "Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu'Achille est solaire, puissant, promis par da déesse de mère à la gloire des immortels. En grandissant côte à côte, l'amitié surgit entre ces deux êtres si dissemblables.
Indéfectible.
            Quand à l'appel du roi Agamemnon, les deux jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l'un et la colère de l'autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre... Au risque de faire mentir l'Olympe et ses oracles."

 

            "On dirait que toute ma vie n'a été qu'un travail de recherche en vue de ce livre " dit Madeline Miller jointe par Le Monde des livres au téléphone dans le Massachusetts où elle vit.

 

            Elle avait cinq ans lorsque sa mère commença à lui lire L'Iliade et l'Odyssée . "Je trouvais ça absolument fascinant et ne pouvais pas m'en lasser."

 

            Et, moi, dans mon enfance j'ai souvent rêvé sur les héros de l'Antiquité en regardant les pages illustrées du dictionnaire de mes parents... Au fil des jours et des ans mon attrait pour la Mythologie à continué au hasard des lectures, poésies, films, tableaux...

 

            J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre où c'est Patrocle qui raconte son enfance, puis son exil et la naissance de son amitié pour Achille. Ayant provoqué la mort d'un garçon sans le vouloir, Patrocle fut condamné à quitter son pays afin d'être élevé dans le royaume d'un autre.

 

            " En échange de mon poids en or, on m'y éduquerait jusqu'à l'âge adulte. Je n'aurais ni parents, ni nom de famille, ni héritage. A notre époque, la mort était préférable, mais mon père était pragmatique. Cette solution représentait une dépense moindre en comparaison aux somptueuses funérailles que ma disparition aurait nécessitées.

 

            Voilà comment je me retrouvai orphelin à dix ans. Voilà comment j'arrivai à Pthie. Pélée son roi, était l'un de ces hommes aimé des dieux : sans être divin, il était intelligent, courageux, beau, et aucun de ses pairs ne pouvait égaler sa piété. En guise de récompense, nos divinités lui avait offert une nymphe des mers pour épouse, une marque d'honneur suprême."

                                             

            Chaque apparition de Thétis est saisissante, longs cheveux noirs, peau brillante et lumineuse d'une pâleur improbable comme si elle absorbait les rayons de la lune, une odeur d'eau de mer et de miel brun, une voix rauque et râpeuse...Une bouche comme une entaille rouge, pareil à un estomac éventré pour un sacrifice, sanguinolent et prophétique, des dents aussi pointues et blanches que l'os.

 

            "Ce sera un dieu , proclama-t-elle. A court de mots, je gardais le silence. Elle se pencha en avant, et je crus presque qu'elle allait me toucher. Evidemment, elle n'en fit rien.
-Comprends-tu ? "
            Achille avait prévenu Patrocle que sa mère détestait devoir attendre.
"- Oui.
- Parfait.
            Comme pour elle-même, elle ajouta avec désinvolture.
- De toute façon, tu seras mort bien assez tôt.
             Sur ce, elle se retourna pour plonger dans les flots sans laisser la moindre vague derrière elle.
Tu seras mort bien assez tôt. Elle avait prononcé cette phrase froidement, d'un ton factuel. Elle ne voulait pas que je sois le compagnon de son fils, mais je ne valais pas la peine d'être tué. Pour une déesse, quelques décennies de vie humaine représentaient à peine un inconvénient. Elle souhaitait qu'il devienne un dieu. Pour elle, c'était simple, une évidence. Un dieu. Je ne pouvais pas imaginer Achille ainsi. Les dieux étaient insensibles et distants, aussi lointain que la lune. Ils n'avaient rien à voir avec ses yeux vifs, la chaleur malicieuse de ses sourires.

 

            Pélée avait souvent encouragé Achille à choisir des compagnons. Or durant des années, son fils n'avait pas manifesté d'intérêt particulier pour un seul d'entre eux. Et voilà qu'il avait octroyé cet honneur à celui d'entre nous qui avait le moins de chance de le recevoir, tout petit, ingrat, et probablement maudit qu'il était .

                                       

            Notre amitié s'épanouit tout à coup à la manière des inondations printanières qui dévalent des montagnes...Un jour nous allions nager ; le lendemain nous grimpions aux arbres. Nous nous inventions des jeux où nous faisions des culbutes, ou bien nous nous allongions sur le sable chaud en disant : devine à quoi je pense !...

 

            Avec Achille c'était différent...je n'avais pas à craindre d'être trop bavard. Ni trop fluet, ni trop lent...Il jouait de la lyre de ma mère et je l'écoutais...Il continuait jusqu'à ce que je ne distingue plus ses doigts dans l'obscurité. Je compris à quel point j'avais changé. Car qui peut avoir honte de s'incliner face à tant de beauté ? Cela me suffisait de le regarder gagner, de voir ses talons envoyer voler le sable, d'admirer ses épaules qui se soulevaient et s'abaissaient alors qu'il fendait l'eau salée. Oui, cela me suffisait."

 

            Heures heureuses de l'adolescence de Patrocle et d'Achille où leur affection ne fera que croître, ne se quittant plus ils iront s'instruire avec le Centaure Chiron qui vit dans une grotte de quartz rose.
 
            Bien trop vite viendra la nouvelle qui décidera de leur sort : la reine Hélène, la femme de Ménélas enlevée du palais de Sparte !

 

             "Chiron et la grotte rose me parurent soudain incroyablement loin : une idylle enfantine...Tout le monde disait qu'Achille était destiné à la guerre. Que ses pieds et ses mains si rapides avaient été crées dans le seul but de forcer les imposants murs de Troie.

 

- Si tu vas à Troie, tu n'en reviendras jamais. Tu mourras là-bas alors que tu ne seras encore qu'un jeune homme avait dit Thétis à Achille qui avait pâli.
- C'est certain ?
 
             Voilà ce que tous les mortels commencent toujours par demander avec une incrédulité empreinte d'émotion et de terreur.
- Oui.
 
              S'il m'avait regardé à ce moment-là, je me serais effondré en larmes incoercibles... Le chagrin enfla en moi au point de m'étouffer. Sa mort. Rien qu'à cette pensée j'avais l'impression d'être en train de mourir moi aussi et de tomber comme une pierre dans un ciel aveugle et noir.

 

             Il ne faut pas que tu y ailles! Même si j'étais sur le point de le dire et de le redire des milliers de fois, je me contentai de prendre ses mains glacées dans les miennes... Il savait ce que je ressentais, mais ce n'était pas suffisant. Ma peine était si immense qu'elle menaçait de crever ma peau.

 

            A sa mort, tout ce qu'il y avait de rapide, de beau et de lumineux dans le monde serait enterré avec lui. Quand je voulus prendre la parole, il était trop tard.

 

- J'irai, décida-t-il. J'irai à Troie.
 
            Il incarnait le printemps, doré et éclatant. Lorsqu'elle boirait son sang, la Mort envieuse redeviendrait jeune.
            Il me fixait d'un regard aussi profond que la terre elle-même.

 

- Est-ce que tu viendras avec moi ?
 
             Ah! l'éternelle souffrance de l'amour et du chagrin ! Dans une autre vie, j'aurais peut-être pu refuser, m'arracher les cheveux, hurler, et l'envoyer affronter son choix seul. Pas dans celle-ci. Il prendrait la mer et je le suivrais, même dans la mort. Oui, murmurai-je, oui.
 
             Clairement soulagé, il me tendit les bras. Je le laissai m'enlacer, nous presser l'un contre l'autre de tout notre long, si près qu'il était impossible de glisser quoi que ce soit entre nous."
 
             Même connaissant l'issue de cette longue guerre de Troie et les noms légendaires d'Ulysse, d'Hector, d'Ajax et de tant d'autres, les pages se tournent dans la hâte passionnée de redécouvrir ce qui est advenu, comment Patrocle trouva la mort plongeant Achille dans une terrible douleur...
 
            "Dans l'obscurité, deux ombres tendent les bras à travers le crépuscule pesant et sans espoir. Leurs mains se rencontrent, et quand la lumière les inonde subitement, on dirait que cent urnes dorées déversent soudain leur contenu ensoleillé."
 
Editions Rue Fromentin.
Pocket avril 2015

Hécate

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 10:13

Helmut

Elmut Berger

autoportrait

propos recueillis par

Holde Heuer

 

          Helmut Berger fut considéré comme "le plus bel homme du monde". Luchino Visconti lui fit interpréter des rôles inoubliables aux côtés de Romy Schneider, Elisabeth Taylor, Charlotte Rampling ou Burt Lancaster, des prestations inscrites dans la légende du cinéma. Entre l'acteur et le cinéaste se noua une relation ô combien passionnelle. A la mort du metteur en scène italien en 1976, la carrière d'Helmut Berger décéléra brutalement ; personnalité cinématographique incontournable des années fastes, interprète de personnages sulfureux, fêtard invétéré, Berger finit par être victime de son image et de ses succès. Revenu de ses tourments, l'acteur autrichien se regarde dans un miroir autant que dans les souvenirs. Le résultat en est cette autobiographie épicée, sauvage, où Helmut transgresse tous les tabous.

             

            Il ne cache rien des phases de sa vie extrême, un tourbillon d'anecdotes évoquées avec audace, une sincérité sans équivoque, tour à tour provocante, amusante, émouvante aussi et même pudique parfois.

             

            Dès la première page c'est dit.

             

            "J'ai besoin d'amour ! Avete capito ? Ma vie entière a tourné autour de ce désir d'être aimé.

             

            Ceux qui me côtoient connaissent ma redoutable ambivalence : je peux être l'homme le plus gentil, comme le plus désagréable. Celui qui a fait l'expérience de ce dernier aspect de ma personnalité ne l'oubliera pas.

          Je n'ai pas envie de décevoir mes amis à travers le monde avec ce livre, et c'est la raison pour laquelle je recule devant certaines révélations et j'espère sincèrement que je ne vais pas être condamné pour mes vérités. Parce que au risque de me répéter ce que je veux c'est être aimé. Au plus profond de moi-même je suis timide. C'est d'ailleurs pour combattre cette timidité, pour me sentir plus à l'aise que je prends parfois un verre, ou deux, ou trois. C'est dans ces moments-là qu'il peut m'arriver de réagir de façon excessive.

             

            On pardonne à un homme sincère et qui n'embellit rien. J'y crois. Chacun a ses côtés obscurs, n'est-ce pas ?"

             

            Helmut revient beaucoup sur cette timidité, la plaie de sa jeunesse, et le manque de confiance en lui qui l'amènera à consommer des drogues lui donnant une assurance trompeuse.

             

            Il est né le 29 mai 1944 sous le nom de Helmut Steinberger à Bad Isch. Enfant désiré, son père avait toujours voulu un fils, mais...il n'existera pas de dialogue entre le père et le fils. Une mère qui l'adore, mais sous la coupe d'un mari qui n'écoutait que son ambition.

             

            "Il se montrait extrêmement sévère avec lui-même et avec moi. Il frappait facilement et parfois avec un cintre. Pendant qu'il me battait, ma mère sur le seuil de la porte, pleurait et le suppliait en vain , de laisser son enfant tranquille."

             

            De 7 à 17 ans, Helmut est dans des foyers éducatifs. Puis une année d'internat. Une école de commerce d'où il sera viré six mois plus tard. L'enseignement dans un établissement catholique prodigué par des prêtres eut un effet dévastateur sur sa future vie sexuelle.

             

            "Pendant plusieurs années j'ai souffert de sentiments de culpabilité à cause de mes fantasmes...Il m'a fallu des années pour me débarrasser des effets de cette doctrine. C'était l'enfer."

             

            "Je me fichais totalement de la comptabilité. Mon père insistait pour que je poursuive dans cette voie."

             

            Il ne voulait rien entendre au souhait de son fils qui rêvait de devenir acteur et dont les jeux et les déguisements enfantins avec les habits de sa mère l'avaient toujours répugné.

             

            "Alors, pour me faire passer le goût de la comédie il me battait ! Il voulait m'apprendre que le métier d'acteur était un métier de pauvre. C'est à cette époque que j'ai développé un certain je-m'en-foutisme...Il voulait être fier de moi. Nous étions si différents. C'était un travailleur, pas un fumeur ,ni un buveur.

          Mes succès internationaux au cinéma ne changèrent en rien aux rapports que j'entretenais avec mon père. On s'ignorait. Mais mon enfance n'a jamais nourri aucun désir de vengeance en moi.

             

            Ce n'est qu'avec Luchino Visconti que j'ai appris à avoir confiance en moi, malgré toutes mes contradictions.

helmut-berger-luchino-visconti-610902

          La presse a toujours écrit que j'avais rencontré Luchino Visconti à Rome ou Ischia. Ce n'est pas vrai."

             

            Au printemps 1964 Helmut s'inscrit à l'université de Pérouse, il travaille à côté comme barman ou serveur. Un examen à venir portait sur les civilisations historiques des alentours. Sur le siège arrière d'une vieille Vespa il part avec un ami visiter des vestiges d'édifices étrusques. Au retour, ils s'arrêtent dans une pizzeria.

        Visconti 

            "Sur la Piazza, nous tombâmes en plein milieu du chaos d'un tournage de film. Le prestigieux réalisateur Luchino Visconti tournait des scènes de "Sandra" avec Claudia Cardinale dans le rôle principal. Je restai planté là à observer le tournage que je trouvais passionnant. Je pensais à mon vieux rêve d'acteur et me voyais déjà jouer dans le film. Dans la soirée le vent se rafraîchit et j'eus froid dans mon tee-shirt à manches courtes, mais j'étais incapable de bouger, comme si on me retenait prisonnier. Comment aurais-je pu me douter que le destin avait déjà jeté les dès ?"

             

            Fasciné par le tournage, il n'a pas remarqué que Luchino Visconti n'a guère cessé de le regarder, et il est aussi déconcerté que surpris quand un des assistants lui apporta une magnifique écharpe grise en cachemire avec de longues franges. Lors d'une pause, Visconti lui adressa la parole et l'invita avec son ami à déjeuner pour le lendemain.

             

            " Durant le déjeuner copieux, le réalisateur ne me quitta pas d'une semelle et son comportement révélait une attirance extrême. En ce qui me concernait, la vanité flattée le disputait à la naïveté de la jeunesse. Ce fut finalement la peur de mes propres sentiments qui l'emporta. Ne voulant pas être un jouet pour Visconti, je pris la fuite non sans lui avoir laissé mes adresses à Pérouse et à Salzbourg...

             

            J'acceptais les cadeaux et les invitations de Visconti  qui suivirent en prenant garde de ne pas laisser mon cœur s'attendrir trop rapidement. Je voulais plus !Mes ambitions désormais étaient le cinéma ET l'amour. La tension monta. Le grand Italien de 32 ans mon aîné, me poursuivit pendant des semaines de ses faveurs. Mais j'étais bien conscient que je ne pouvais pas faire attendre Visconti éternellement. Il fut ma première vraie relation et je le lui dis de suite. Je lui avouai ma candeur timide et ma virginité en matière de relations homosexuelles, même si ce n'était pas tout à fait la vérité...Avec lui, je ne voulais pas être un coup d'une nuit. Nous devînmes un couple à l'automne 1964 et nous ne nous quittâmes plus jusqu'à sa mort , en 1976...

          Une écharpe en cachemire grise finement tissée à longues franges fut à l'origine de ma carrière mondiale et de l'amour éternel qui existe entre mon maître de génie et moi-même, son élève avide d'apprendre, son amant et sa muse en même temps. C'est un amour qui nous lie comme un cordon ombilical invisible au-delà de la mort de Luchino.

             

            Je dois au hasard, une des rares choses non expliquées de notre époque, le bonheur de mon existence."

 

          Tout ne fut pas aussi simple, même si Helmut tenait à avoir une relation durable, à Paris il ne tient pas en place, et la nuit ce sont des escapades nocturnes vers Saint-Germain-des-Prés. Difficile de s'habituer à une vie ordonnée, aristocratique et artistique. Helmut ne tombera totalement amoureux de Visconti que plus tard.

             

            " Ce fut alors moi qui me mis à le courtiser. L'éternel jeu de l'amour ....Moi , j'étais un gémeaux qui ne planifiait rien, n'aimait pas se fixer, et qui n'était mu que par ses désirs et ses rêves. J'étais totalement instable au plus profond de moi-même. Avec Luchino j'avais trouvé un équilibre. Son assurance devint la mienne et son amour me permit de m'aimer moi-même. Quand je pense à tout ce que je dois à Luchino...Avec lui j'ai vécu l'amour, l'adoration, la désinvolture, la peur, la discipline, les disputes, l'énergie, la force.

          Je n'aurais réussi avec personne d'autre. Son exigence de perfection me demandait tout. J'ai dû travailler énormément...( Eh! bien, fixer mes pensées entre les deux pages d'un livre est plus difficile que je ne l'imaginais !...)

Helmut avec foulard bleu

          Avant que Luchino me donne ma première grande chance au cinéma avec "Les damnés" en 1968, j'avais déjà , Dieu merci  eu une expérience avec la caméra. J'avais été choisi en 1967 pour jouer le premier rôle dans Le Portrait de Dorian Gray. Massimo Dellamano , le réalisateur avait vu des photos de moi."

          Helmut s'exprime librement sur sa bisexualité. Marisa Berenson voulait se marier avec lui ,mais voulant faire pression sur lui en jouant à le rendre jaloux, il mit à mal ses plus belles robes du soir en les découpant en lamelles avec des ciseaux ! Les reproches principaux qu'il fait aux femmes c'est de vouloir  se faire épouser et avoir des enfants .

             

            Avec Visconti , le succès de ses films, le monde s'ouvre à lui..." Voir toutes ces choses, être entouré de tant de gens connus  de toutes sortes me fascinait et me donnait l'impression d'être un Autrichien débarqué de sa province ."

 

          L'amitié de Romy Schneider est aussi très présente dans ce livre. "Nous nous ressemblions beaucoup et étions très proches...j'ai beaucoup de messages d'elle affichés aux murs de mon appartement. Elle me consolait comme un petit frère adoré quand je craignais un réalisateur intimidant...je l'ai tellement aimée. Quand Luchino  tomba gravement malade, elle fut tout de suite à mes côtés, me soutint  et m'aida de ses conseils. Bien qu'elle fut en plein tournage, elle rendit immédiatement visite à Luchino à la clinique..."

crepuscule-des-dieux-72-11-g

          Lors du tournage de Ludwig, il y eut des attentes interminables, les scènes étaient interrompues à cause des visites guidées des touristes qui passaient parfois dans les pièces où étaient les acteurs.

          " Lors d'une de ces pauses, à Linderhof, je m'étais assis, l'air impassible, sur un fauteuil en velours qui ressemblait à un trône. Parfaitement maquillé et les cheveux stylisés, nous gardions nos costumes historiques pendant des heures. Craignant la colère de Luchino qu'enrageait le moindre pli, je restai immobile sur mon trône au Linderhof...Je forçais même mes yeux à ne pas ciller. Ma volonté peut être implacable. La discipline prussienne ! Pendant ce temps les touristes- des Américains- admiraient les pièces seigneuriales. Soudain une vieille dame apparut dans mon champ de vision...D'un seul coup, elle tira la manche de mon costume, probablement parce qu'elle aimait le velours et voulait vérifier sa qualité. et là , incapable de me retenir plus longtemps, je roulai des yeux et hurlai "ouaf". La pauvre femme faillit s'évanouir, tellement elle eut peur."

             

            La mort de Visconti fut un choc terrible, une tragédie pour Helmut Berger qui  un an plus tard, le 17 mars 1977 voulus le suivre dans la mort.

             

            "Je croyais, j'espérais le retrouver dans son nouveau monde. Qu'est-ce que j'avais à faire ici sur terre sans lui ?"

             

            Après le décès de Visconti ,parmi ceux qui l'avaient encensés, il y en eut qui le dénigrèrent." Viscontien ,devint une insulte. Alors que les films de Visconti étaient déjà devenus des classiques...Cela me blessa au dernier degré, quand bien même je vécus  les années qui suivirent sa mort comme une cloche sans air. Sans Luchino, je n'étais que la moitié de moi-même...Toutes ses raisons expliquent aussi ma tentative de suicide et les pensées noires qui s'emparaient régulièrement de moi."

             

            A propos de son rôle en 2014 dans le film de Bertrand Bonello sur la vie d'Yves Saint Laurent , il dit :

helmut st laurent

          " Je suis allongé sur mon lit dans la peau d'Yves Saint Laurent âgé et je regarde un film de moi-même, du jeune Helmut Berger...mon jeu est le fruit d'une compréhension tacite entre Bertrand et moi. L'humeur fondamentale d'Yves correspondait absolument à la mienne. Je l'ai bien ressenti."

             

            "Je crois au destin. Il y a des cercles qui se ferment, des expériences et des lieux qui doivent revenir...Je n'ai pas peur de la mort. Mais je crois que quelque chose de nous reste quand nous mourrons.

            Comme le poète Novalis le formula jadis : Où allons-nous? Toujours chez nous ."

                                                                                     

                                                                                                    Hécate

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 16:31

Delvaux

 

 
TRAINS EN VOYAGE

 
J’ai souvent l’âme qui vagabonde
Quand les trains partent en voyage
Sous les ciels tachés par les nuages
En quête de lointains et de lumière blonde.

 
Voyages où tout se perd comme dans un rêve,
Comme un glissement dans un vaste sommeil,
Avec des haltes qui ressemblent à des réveils
Pour mieux plonger dans une fuite sans trêve...

 
Trêves, ces folles arrivées dans les gares
Cirque d’un soir avec tous les clowns de la nuit,
Tous les pas perdus qui se sont fuis,
Sous cette lumière qui danse en paillettes rares...

 
Nocturne fête où tout se casse, où rien ne passe,
Sinon les trains, les grands trains d’oubli,
Mais pas la peur, ni l’espoir qui escorte la vie
Avec tous ces destins inachevés qui se lassent.

 
Et cette solitude qui n’a plus ni toit, ni bagages,
Qui écoute le bruissement du sang dans ses veines
Et ne sait plus que faire de toutes ses peines,
Sinon les suivre, de voyage en voyage.

                                                                                   

                                                                               Hécate.

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 12:35
gothique-1152110049-u
 
GOTHIQUE
 
 
 Gothique
 Les arceaux brisés des anciennes cathédrales,
 Les anges rongés par l’acidité du temps
 Aux ailes effritées sur la pierre tombale
 Que dérange le choucas et son cri ardent.
 
 
 Gothique
 Les enfants de ce siècle tout vêtus de noir cynique
 Qui portent leurs drames moqueurs, leurs bonheurs perdus
 Sur des visages de cierge pâle, fardés et sataniques
 Par dérision vaine, cœurs enchaînés et ironiques.
 
 
 Gothique
 Vies emprisonnées de nuit trop profonde,
 Fleur incandescente au flanc du Christ en croix,
 Au verre de la lampe enchaînée qui inonde
 De vaine lumière, ceux qui le dénigrent du doigt.
 
 
 Gothique
 Le souffle lourd des soupirs industriels
 Qui font danser ces filles, sœurs de Ligéia
 Dans ces antres où délaissant la clarté du ciel
 Elles deviennent sorcières ou fées de ces temps-là...
 
 
 Vampires de Lisbonne au quartier de l’Alfama
 Griffant la guitare pour ces fados qui déchirent,
 En ces atours que la vie des jours anciens fana
 Boivent ces breuvages qui font revivre,
 
 
 Assoiffés d’aube, nourris du souffle altéré de la nuit
 Visages refaits au gibet du devenir
 Le jour qui les aperçoit en gémissant s’enfuit
 L’éternité se déguise et ouvre ses crocs en délire.
 
 
 Gothique
 A l’égal du malheur endormi sous le poids de la pierre
 Sans sommeil éternel et promis à l’horrible réveil
 Souvenirs errant entre l’inquisition d’hier
 Les sacrilèges et les noires bougies coulées dans le miel.
 
 
 Les mythes sont plus vivants d’être surgis de la mort
 Des hauteurs de Highgate au père Lachaise s’écrit leur histoire.
 Bathory en son portrait trop belle pour être honnête encore
 Ignore toujours tout du remords et du désespoir.
 
 
 Gothique
 Ces dragons gargouillant qui crachent d’amertume,
 Témoins du passé qui se répète sous leur regard.
 Penchés sur toutes les infortunes
 Qui passent, loin, très bas et s’en vont vers plus tard.
 
 
 Le sanglot de la fontaine est plus intarissable
 Que ne le seront les pleurs de toute une vie.
 Gothique, la croix sur le cimetière du cœur installé !
 Le vent du jour éteint à son gré la flamme et l’oubli...
 
  
 Le crime roule comme une vague, flue et reflue
 Rouge sous le soleil étincelant comme un couperet
 Temps d’aujourd’hui, temps d’hier, comme la mue
 Du serpent, hiberne, dort, se dépouille et devient fouet.
 
 
Gothique,
Le son des cloches que le battant frappe et lacère
Echos de bijoux fondus, témoins sacrilèges émus
Les péchés d’incestes, d’adultères polluant l’air,
Ricanement dérisoire qu’un Dieu n’entend plus.
                                                          
                                                  Hécate

 

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 17:28

sage comme une image coverSage comme une image  

de

Tan Hagmann

 

              Erik Jorgensen, Consul du Danemark à Paris, reçoit chez lui Joren Hässel, un auteur compatriote, qui vient de recevoir un important prix littéraire français.

              Le fils du consul, Kristian, un lycéen déluré, tombe sous le charme de cet auteur dont il a lu le dernier roman.

                   Joren Hässel n'est pas insensible aux provocations de ce dernier. Il devient l'amant du jeune homme et devra gérer au mieux, une relation qu'il juge gênante, si ce n'est coupable, et un adolescent difficile à tenir.

 

             Le 3 décembre 2011 j'avais chroniqué "L'Agneau Chaste" de Franck Varjac, un roman qui abordait l'amour d'un adolescent de treize ans pour un adulte.

             Aujourd'hui, je reviens vous parler d'un fort et joli livre qui narre l'attirance d'un garçon de seize ans pour un homme de lettres d'une quarantaine d'années.

 

          Dans la préface, l'éditeur Pédro Torres a tenu à mentionner ceci : " Il est possible que le thème de ce roman puisse choquer certaines personnes. J'ai voulu publier cette histoire parce que c'est un beau roman bien écrit, mais aussi parce qu'il sonne très vrai. De nombreux jeunes hommes testent leur capacité de séduction auprès de personnes plus âgées. Ils savent qu'on ne jugera pas leur inexpérience et qu'ils gagnent du temps dans cet art du savoir faire l'amour...Des questions de l'ordre de la morale se posent donc et cette dernière évolue..."

 

          En épigraphe, Tan Hagmann pose un extrait de La Mort à Venise de Thomas Mann.

 

          "Tadzio restait, et il semblait parfois à Aschenbach, pris dans son rêve que la fuite et la mort feraient disparaître à la ronde toute vie qui le gênait, qu'il pourrait demeurer seul en cette île avec le bel adolescent ; le matin sur la plage quand il posait sur la figure désirée un regard lourd, fixe, irresponsable, quand à la nuit tombante, perdant toute retenue, il le suivait dans les ruelles où se dissimulait la mort écœurante, il allait jusqu'à trouver pleins d'espoir des horizons monstrueux, et caduque la loi morale."

 

          Si Tadzio préfigurait l'Ange de la mort, le jeune Kristian de ce roman-ci est bien celui de l'Ange de l'amour aux yeux de Joren Hässel. Kristian sort tout juste de l'onde de choc de son enfance !

 

          " Encore, enfant, une fois contraint par sa mère à porter des robes que n'auraient pas désavouer les jeunes héroïnes de la Comtesse de Ségur, il avait aisément passé pour la fillette gracieuse et bien élevée dont Corinne avait toujours rêvé. Le petit garçon  au début pleurait un peu. Mais sa mère paraissait si heureuse que ses larmes ne duraient qu'un instant."

 

          Joren Hässel que provoque l'audacieux garçon en jean légèrement déchiré éprouve autant de méfiance que d'attirance. Il vient d'être embrassé sensuellement et, surpris, pris de vertige, il a tenté de repousser cet irrésistible assaut.

 

          "Ces cheveux couleurs de nuit, qui lui tombaient sur l'épaule, encadrant un visage d'ange. Ces longs cils de fille. Cette bouche licencieuse, parfaitement ourlée, aux lèvres rouges sang. Un trop bel enfant pour ne pas le mettre en danger.

 

          Il veut s'en aller.

          "- Parce que tu es trop jeune. Et qu'il est tard, Kristian, il est temps que tu ailles dormir et moi aussi.

L'adolescent hésita un instant. " Trop jeune, disaient-ils toujours. Trop jeune pour aimer. Et plus encore pour être aimé. En revanche pour souffrir et être maltraité, il avait toujours été assez vieux. Assez mûr."

 

          Kristian ne va pas se laisser faire comme un gamin obéissant et renoncer. Il va décrocher le manteau de l'écrivain, comme celui-ci le lui a demandé.

 

          "Cela fleurait bon un mélange de cuir et de vétiver. Avec en sourdine, ce que devait être l'odeur corporelle du propriétaire du vêtement.

          Le désir brutalement lui noua le ventre. Il éprouva dans sa chair le regret de ne pouvoir se faire aimer, ce soir même, de cet homme. Kristian avait la certitude que ce n'était que partie remise. Il fila dans sa chambre et, prenant un livre dans sa bibliothèque, en arracha la page de garde. En dessous du titre Ma Part d'éternité, il griffonna au feutre rouge son nom, suivi d'un numéro de téléphone. Le sien. Il revint ensuite dans l'entrée et, sans hésiter, plongea la main dans la poche intérieure de la veste en cuir pour y enfouir son bout de papier."

 

          Au fil des pages, on découvre la vie quotidienne de Kristian, de son frère Eddi, de leurs parents, un père trop pris pour s'occuper de sa famille, dépassé par un fils qu'il ne comprends guère et qu'il a des difficultés à aimer. Sous l'apparente simplicité de ce roman, l'auteur nous fait ressentir les manques affectifs, la solitude intime, la fragilité et les fêlures secrètes des êtres...Celle de Joren Hâssel  qui enviait à son jeune amant sa force de caractère dont la sexualité flamboyante et débridée le fascinait et l'inquiétait "lui qui, prétendument adulte, avait tant de mal à s'atteler à ses tâches quotidiennes. Ses responsabilités de grande personne."

 

          Il ne m'appartient pas d'en dire plus, sinon que je n'ai pas pu m'arracher des pages de ce livre avant de l'avoir lu jusqu'à la fin. Une heureuse découverte, où l'émotion affleure à fleur d'âme et de peau.

 

          Tan Hagmann est un auteur de langue française née en 1962 à Madagascar. Passionnée de littérature, d'opéras allemands, elle vit à Paris et travaille dans une école de jazz. "Sage comme une image" est son premier roman.

 

Vous pouvez trouver ce livre à la librairie "Les mots à la bouche", 6 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris, ou le commander sur leur boutique en ligne :

 

http://motsbouche.com/fr/content/4-qui-sommes-nous-

 

http://motsbouche.com/fr/livres/24863-sage-comme-une-image-9791029400087.html

 

 

 

                                                                        Hécate

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:44

cover

  

  

  

  

  

Le cercle des tempêtes

de

Judith Brouste

 

 

          «La lourde calèche peine sur les chemins défoncés, sous la pluie et les orages de ce début d'automne 1814. Il faut rentrer au plus vite. Trouver de l'argent, une habitation, avant de repartir. Non pour visiter d'autres pays, comme c'est à la mode dans l'aristocratie anglaise, mais pour quitter un monde qu'ils n'aiment pas. Retrouver une errance qui est leur vérité. Ils ne seront jamais des promeneurs, mais des fugitifs. En traversant les terres des Frankenstein et leur malédiction, penchés sur leurs cahiers, Mary et Shelley commencent d'élaborer leur histoire. Sans relâche désormais, ils vont écrire, traquer leur destin.»

 

 

          "Laissez-moi descendre sans peur dans les cavernes les plus reculées de mon propre esprit, porter dans les replis les plus sombres la torche de la connaissance de soi."

          ( Mary Shelley. Le Dernier Homme. )

 

          "Sache qu'il y a deux mondes,

          L'un de la vie, l'autre de la mort :

          Le premier est celui que tu vois, mais le second

          Est plus profond que la tombe, là où demeurent

          Les ombres de toutes les formes qui pensent et vivent

          Jusqu'à ce que la mort les unisse à jamais :

          Ce sont les rêves et les fragiles visions des hommes."

( Percy Shelley. Prométhée délivré.)Percy Bysshe Shelley by Alfred Clint.

 

          Parmi tous les livres lus ces dernières semaines, celui-ci m'a transportée dans la vie tumultueuse du poète Percy Shelley liée à celle de Mary qui a dix neuf ans quand elle écrit son terrible roman Frankenstein ou Le Prométhée moderne .

 

          Lors d'un voyage vers Mannheim ils se trouvent sur les bords du Rhin et découvrent la forteresse des Frankenstein dont les murailles tombent en ruine le long de ravins menaçants. Une famille vieille de plus de mille ans ! Dans les auberges de la région les Shelley boivent les vins et sont curieux de l'histoire du théologien, alchimiste et nécromancien qui, faisant des expériences sur les animaux, trouva, dit-on, le procédé chimique qui crée la vie, le passage de l'esprit dans le corps animé d'un autre. Ce Konrad Dippel après divers embûches, voulut acquérir les ruines du château en échange de son secret. Il mourut empoisonné le 24 aout 1734.

 

          "Ultérieurement, Byron et les Shelley ont entretenu la légende que Frankenstein serait né deux ans plus tard au bord du lac Léman..."

 

          Pour Shelley, cheveux longs en bataille, d'une élégance désordonnée, doté d'une sensibilité nerveuse la poésie n'est qu'une conséquence de la révolte. Fragile et incapable de se soumettre aux règles, il acquiert une réputation d'élève subversif, incontrôlable. Avec son ami Hogg, un étudiant en droit, il refuse de désavouer une publication intitulée La Nécessité de l'athéisme. Ils sont exclus comme membres dangereux de la société. Banni par sa famille, il écrit à Hogg :

 

          "Je ne sais où je suis, où je vais. Avenir, présent, passé, tout n'est que brume, comme si, semble-t-il, j'avais commencé une existence nouvelle sous des auspices tellement défavorables."

 

          Shelley affronte la solitude pour la première fois et dit "tressaillir de sa propre compagnie comme si c'était celle d'un démon."

          Il veut instaurer l'amour libre, la communauté sexuelle. Malgré son hostilité au mariage, il épousera Harriet après l'avoir enlevée et, lorsqu'elle sera enceinte. Harriet n'a que seize ans.

 

          Shelley prendra à cœur la cause des irlandais. Il publie textes et pamphlets, passe en revue les serviles créatures que sont les magistrats, les politiciens et les monarques.

 

          "Il est horrible que les classes inférieures aient à prodiguer leur vie et leur liberté pour fournir à leurs oppresseurs les moyens de les opprimer encore plus terriblement. Il est horrible que les pauvres aient à donner en taxes ce qui les sauverait de la faim et du froid, eux et leurs familles ; il est plus horrible encore qu'ils aient à faire cela pour qu'on puisse accroître leur abjection et leur misères."

          Censurés, ces textes ne seront publiés qu' après la mort du poète  par Mary Shelley. Il en souffrira profondément toute sa vie !

 

          Inextricablement imbriqués à leurs écrits, les morts, les naissances, les suicides, les amours triangulaires ne cesseront pas, accompagnant leurs jours.

 MaryShelley

          "...et à partir de la rencontre avec Mary la poésie s'installe follement dans la vie de Shelley, prenant la place d'un Dieu auquel il ne croit plus...Pour la première fois, métaphysique et poésie sont liées, vivant de leurs morts réciproques, chacun naissant ou l'autre se détruit.

Hanté, dans une inconscience prophétique, Shelley annonce sa fin tragique.

 

          " Sur un petit esquif flottant près du rivage,

          Barque longtemps abandonnée, car en ses flancs

          S'ouvraient fentes béantes et ses jointures

          Fragiles ondulaient au rythme de la houle.

          Une inquiète impulsion le pousse à s'embarquer

          Et chercher une mort solitaire au sinistre

          Désert de ces flots..."

 

          "Mort loin du monde, Shelley est repris par l'eau". Comme dans Frankenstein, le héros de sa femme, il finit englouti. Comme Harriet, son premier amour abandonné. Il se noie en mer avant que son cadavre ne soit dévoré par le feu.

 

          "Cendres et étincelles sont mes mots pour l'humanité."

 

          D'entre les pages de ce livre superbe surgissent de saisissantes scènes pareilles à des visions ! Entre autre il y a Lord Byron le poète qui défraie la chronique et dont la réputation de débauché, de séducteur, d'homosexuel fait de sa vie à Londres un enfer. Shelley et Byron  sont l'un comme l'autre deux parias. Sa claudication due à un pied-bot ajoute une étrangeté à sa beauté.

          Les deux poètes vont passer des heures et des nuits en discussions passionnées.Byron 1824

          Magnificence de Byron en chemise à jabot de dentelles sous un long gilet bleu en velours...élégante mélancolie de Shelley...exaltation de l'un, désespoir voluptueux de l'autre.

          " Tous deux débutent leur existence littéraire avec l'exil. L'action, le désir profond de combattre est là, toujours. Une amitié fondée sur le défi."

 

          "Nous sommes à l'aube de cet extraordinaire été 1816. L'arrivée de Byron, ce corsaire imaginaire honni de Tout-Londres, dans le cercle de celui qu'on nomme désormais Shelley le fou, les fait entrer dans une autre sauvagerie où ils vont être, chacun à leur tour, les hôtes révoltés de cet enfer-ciel cher à William Blake."

 

          Longues nuits devant un feu de bois, il fait exceptionnellement froid, il pleut. Un volcan indonésien, le Tambora, vient d'émettre des nuages de cendres, de gaz, de poussières qui se promènent à travers le monde...On dit que la fin du monde est proche. On boit du thé, du vin. Il y a le flacon de laudanum à portée de main et les pistolets dont Shelley ne se sépare jamais. On parle fantômes, hantises, spiritisme, télépathie et voyance.

 

          En automne de cette même année, Shelley est ébranlé en apprenant le suicide d'Harriet, noyée dans la Serpentine à Londres. Un choc profond pour le poète, à tel point qu'il se demande comment il y a survécu.

 

          "Je ressens la précarité de ma vie, et je me mets au travail avec la résolution de laisser une trace de moi-même."

 

          Le 8 juillet 1852 Shelley quitte Livourne pour une ballade sur le voilier qu'il avait toujours rêvé d'avoir un jour. Souvent réfugié à bord de son bateau pour écrire, la mer le calme, déjà à Oxford, il dessinait des croquis de voiliers, et maintes fois, il déposait sur la Tamise de petits bateaux en papier.

          Seul bateau à ne pas rentrer au port, submergé par une tempête, ce ne sera qu'une dizaine de jours plus tard que le corps du poète sera rejeté sur le rivage. On retrouve sur lui un recueil des poésies de Keats dont la mort l'avait vivement affligé.

 

          Le Triomphe de la Vie, l'ultime poème de Shelley est resté inachevé...

 

          Mary et ses amis obtiennent la permission de brûler son cadavre défiguré, car les lois de la quarantaine interdisent de le transporter.

 

          "Le paysage grandiose qui nous entourait s'harmonisait si exactement avec le génie de Shelley que je me représentai son esprit planant au-dessus de nous. Une fois  le feu bien allumé nous versâmes plus de vin sur le cadavre de Shelley qu'il n'en avait bu pendant sa vie, ce qui, joint au sel et à l'huile, fit briller et frissonner les flammes jaunes...Le cadavre s'ouvrit et le cœur apparut...Les seuls déchets qui restèrent furent quelques fragments d'os, les mâchoires et le crâne ; mais ce qui nous étonna le plus, ce fut de constater que le cœur était intact. Je me brûlai la main en arrachant cette relique..." relatera Trelawny.

 

          A Rome, non loin de la tombe de Keats, dans le cimetière protestant reposent les cendres de Shelley. Tirés de La Tempête de Shakespeare que Shelley aimait tant sont gravés ces mots :

 

          "Rien de lui ne s'est évanoui ;

          Mais la mer l'a transfiguré

          En quelque riche et étrange trésor."

 

          Poète et romancière, Judith Brouste est née à Bordeaux. Le cercle des tempêtes est son huitième roman.

          Editions Gallimard. L'Infini. Collection dirigée par Philippe Sollers.

 

                                                                                                            Hécate.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 11:14

geronimo-de-tony-gatlif-l-affiche 5126894Geronimo

de

Tony Gatlif

 

 

          Tony Gatlif revient sur les écrans avec "Geronimo" un film fiévreux comme l'amour fou de Nil, une jeune turque de seize ans qui s'enfuit le jour de son mariage imposé par sa famille pour retrouver Lucky l'impétueux gitan qu'elle aime.

 

          Geronimo (Céline Sallette) une éducatrice va tenter d'apaiser les tensions entre les communautés ; la tradition turque veut que l'honneur soit vengé. Un tourbillon de musiques, un opéra-ballet flamboyant sur le thème de la liberté. Hip hop, mélopées orientales et flamenco (Tomasito Bocanegra et Prado Jimenez Prado) rythment les scènes d'affrontements nocturnes de toute beauté. A couper le souffle !

 


 

 

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