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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 17:28

sage comme une image coverSage comme une image  

de

Tan Hagmann

 

              Erik Jorgensen, Consul du Danemark à Paris, reçoit chez lui Joren Hässel, un auteur compatriote, qui vient de recevoir un important prix littéraire français.

              Le fils du consul, Kristian, un lycéen déluré, tombe sous le charme de cet auteur dont il a lu le dernier roman.

                   Joren Hässel n'est pas insensible aux provocations de ce dernier. Il devient l'amant du jeune homme et devra gérer au mieux, une relation qu'il juge gênante, si ce n'est coupable, et un adolescent difficile à tenir.

 

             Le 3 décembre 2011 j'avais chroniqué "L'Agneau Chaste" de Franck Varjac, un roman qui abordait l'amour d'un adolescent de treize ans pour un adulte.

             Aujourd'hui, je reviens vous parler d'un fort et joli livre qui narre l'attirance d'un garçon de seize ans pour un homme de lettres d'une quarantaine d'années.

 

          Dans la préface, l'éditeur Pédro Torres a tenu à mentionner ceci : " Il est possible que le thème de ce roman puisse choquer certaines personnes. J'ai voulu publier cette histoire parce que c'est un beau roman bien écrit, mais aussi parce qu'il sonne très vrai. De nombreux jeunes hommes testent leur capacité de séduction auprès de personnes plus âgées. Ils savent qu'on ne jugera pas leur inexpérience et qu'ils gagnent du temps dans cet art du savoir faire l'amour...Des questions de l'ordre de la morale se posent donc et cette dernière évolue..."

 

          En épigraphe, Tan Hagmann pose un extrait de La Mort à Venise de Thomas Mann.

 

          "Tadzio restait, et il semblait parfois à Aschenbach, pris dans son rêve que la fuite et la mort feraient disparaître à la ronde toute vie qui le gênait, qu'il pourrait demeurer seul en cette île avec le bel adolescent ; le matin sur la plage quand il posait sur la figure désirée un regard lourd, fixe, irresponsable, quand à la nuit tombante, perdant toute retenue, il le suivait dans les ruelles où se dissimulait la mort écœurante, il allait jusqu'à trouver pleins d'espoir des horizons monstrueux, et caduque la loi morale."

 

          Si Tadzio préfigurait l'Ange de la mort, le jeune Kristian de ce roman-ci est bien celui de l'Ange de l'amour aux yeux de Joren Hässel. Kristian sort tout juste de l'onde de choc de son enfance !

 

          " Encore, enfant, une fois contraint par sa mère à porter des robes que n'auraient pas désavouer les jeunes héroïnes de la Comtesse de Ségur, il avait aisément passé pour la fillette gracieuse et bien élevée dont Corinne avait toujours rêvé. Le petit garçon  au début pleurait un peu. Mais sa mère paraissait si heureuse que ses larmes ne duraient qu'un instant."

 

          Joren Hässel que provoque l'audacieux garçon en jean légèrement déchiré éprouve autant de méfiance que d'attirance. Il vient d'être embrassé sensuellement et, surpris, pris de vertige, il a tenté de repousser cet irrésistible assaut.

 

          "Ces cheveux couleurs de nuit, qui lui tombaient sur l'épaule, encadrant un visage d'ange. Ces longs cils de fille. Cette bouche licencieuse, parfaitement ourlée, aux lèvres rouges sang. Un trop bel enfant pour ne pas le mettre en danger.

 

          Il veut s'en aller.

          "- Parce que tu es trop jeune. Et qu'il est tard, Kristian, il est temps que tu ailles dormir et moi aussi.

L'adolescent hésita un instant. " Trop jeune, disaient-ils toujours. Trop jeune pour aimer. Et plus encore pour être aimé. En revanche pour souffrir et être maltraité, il avait toujours été assez vieux. Assez mûr."

 

          Kristian ne va pas se laisser faire comme un gamin obéissant et renoncer. Il va décrocher le manteau de l'écrivain, comme celui-ci le lui a demandé.

 

          "Cela fleurait bon un mélange de cuir et de vétiver. Avec en sourdine, ce que devait être l'odeur corporelle du propriétaire du vêtement.

          Le désir brutalement lui noua le ventre. Il éprouva dans sa chair le regret de ne pouvoir se faire aimer, ce soir même, de cet homme. Kristian avait la certitude que ce n'était que partie remise. Il fila dans sa chambre et, prenant un livre dans sa bibliothèque, en arracha la page de garde. En dessous du titre Ma Part d'éternité, il griffonna au feutre rouge son nom, suivi d'un numéro de téléphone. Le sien. Il revint ensuite dans l'entrée et, sans hésiter, plongea la main dans la poche intérieure de la veste en cuir pour y enfouir son bout de papier."

 

          Au fil des pages, on découvre la vie quotidienne de Kristian, de son frère Eddi, de leurs parents, un père trop pris pour s'occuper de sa famille, dépassé par un fils qu'il ne comprends guère et qu'il a des difficultés à aimer. Sous l'apparente simplicité de ce roman, l'auteur nous fait ressentir les manques affectifs, la solitude intime, la fragilité et les fêlures secrètes des êtres...Celle de Joren Hâssel  qui enviait à son jeune amant sa force de caractère dont la sexualité flamboyante et débridée le fascinait et l'inquiétait "lui qui, prétendument adulte, avait tant de mal à s'atteler à ses tâches quotidiennes. Ses responsabilités de grande personne."

 

          Il ne m'appartient pas d'en dire plus, sinon que je n'ai pas pu m'arracher des pages de ce livre avant de l'avoir lu jusqu'à la fin. Une heureuse découverte, où l'émotion affleure à fleur d'âme et de peau.

 

          Tan Hagmann est un auteur de langue française née en 1962 à Madagascar. Passionnée de littérature, d'opéras allemands, elle vit à Paris et travaille dans une école de jazz. "Sage comme une image" est son premier roman.

 

Vous pouvez trouver ce livre à la librairie "Les mots à la bouche", 6 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 75004 Paris, ou le commander sur leur boutique en ligne :

 

http://motsbouche.com/fr/content/4-qui-sommes-nous-

 

http://motsbouche.com/fr/livres/24863-sage-comme-une-image-9791029400087.html

 

 

 

                                                                        Hécate

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 17:44

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Le cercle des tempêtes

de

Judith Brouste

 

 

          «La lourde calèche peine sur les chemins défoncés, sous la pluie et les orages de ce début d'automne 1814. Il faut rentrer au plus vite. Trouver de l'argent, une habitation, avant de repartir. Non pour visiter d'autres pays, comme c'est à la mode dans l'aristocratie anglaise, mais pour quitter un monde qu'ils n'aiment pas. Retrouver une errance qui est leur vérité. Ils ne seront jamais des promeneurs, mais des fugitifs. En traversant les terres des Frankenstein et leur malédiction, penchés sur leurs cahiers, Mary et Shelley commencent d'élaborer leur histoire. Sans relâche désormais, ils vont écrire, traquer leur destin.»

 

 

          "Laissez-moi descendre sans peur dans les cavernes les plus reculées de mon propre esprit, porter dans les replis les plus sombres la torche de la connaissance de soi."

          ( Mary Shelley. Le Dernier Homme. )

 

          "Sache qu'il y a deux mondes,

          L'un de la vie, l'autre de la mort :

          Le premier est celui que tu vois, mais le second

          Est plus profond que la tombe, là où demeurent

          Les ombres de toutes les formes qui pensent et vivent

          Jusqu'à ce que la mort les unisse à jamais :

          Ce sont les rêves et les fragiles visions des hommes."

( Percy Shelley. Prométhée délivré.)Percy Bysshe Shelley by Alfred Clint.

 

          Parmi tous les livres lus ces dernières semaines, celui-ci m'a transportée dans la vie tumultueuse du poète Percy Shelley liée à celle de Mary qui a dix neuf ans quand elle écrit son terrible roman Frankenstein ou Le Prométhée moderne .

 

          Lors d'un voyage vers Mannheim ils se trouvent sur les bords du Rhin et découvrent la forteresse des Frankenstein dont les murailles tombent en ruine le long de ravins menaçants. Une famille vieille de plus de mille ans ! Dans les auberges de la région les Shelley boivent les vins et sont curieux de l'histoire du théologien, alchimiste et nécromancien qui, faisant des expériences sur les animaux, trouva, dit-on, le procédé chimique qui crée la vie, le passage de l'esprit dans le corps animé d'un autre. Ce Konrad Dippel après divers embûches, voulut acquérir les ruines du château en échange de son secret. Il mourut empoisonné le 24 aout 1734.

 

          "Ultérieurement, Byron et les Shelley ont entretenu la légende que Frankenstein serait né deux ans plus tard au bord du lac Léman..."

 

          Pour Shelley, cheveux longs en bataille, d'une élégance désordonnée, doté d'une sensibilité nerveuse la poésie n'est qu'une conséquence de la révolte. Fragile et incapable de se soumettre aux règles, il acquiert une réputation d'élève subversif, incontrôlable. Avec son ami Hogg, un étudiant en droit, il refuse de désavouer une publication intitulée La Nécessité de l'athéisme. Ils sont exclus comme membres dangereux de la société. Banni par sa famille, il écrit à Hogg :

 

          "Je ne sais où je suis, où je vais. Avenir, présent, passé, tout n'est que brume, comme si, semble-t-il, j'avais commencé une existence nouvelle sous des auspices tellement défavorables."

 

          Shelley affronte la solitude pour la première fois et dit "tressaillir de sa propre compagnie comme si c'était celle d'un démon."

          Il veut instaurer l'amour libre, la communauté sexuelle. Malgré son hostilité au mariage, il épousera Harriet après l'avoir enlevée et, lorsqu'elle sera enceinte. Harriet n'a que seize ans.

 

          Shelley prendra à cœur la cause des irlandais. Il publie textes et pamphlets, passe en revue les serviles créatures que sont les magistrats, les politiciens et les monarques.

 

          "Il est horrible que les classes inférieures aient à prodiguer leur vie et leur liberté pour fournir à leurs oppresseurs les moyens de les opprimer encore plus terriblement. Il est horrible que les pauvres aient à donner en taxes ce qui les sauverait de la faim et du froid, eux et leurs familles ; il est plus horrible encore qu'ils aient à faire cela pour qu'on puisse accroître leur abjection et leur misères."

          Censurés, ces textes ne seront publiés qu' après la mort du poète  par Mary Shelley. Il en souffrira profondément toute sa vie !

 

          Inextricablement imbriqués à leurs écrits, les morts, les naissances, les suicides, les amours triangulaires ne cesseront pas, accompagnant leurs jours.

 MaryShelley

          "...et à partir de la rencontre avec Mary la poésie s'installe follement dans la vie de Shelley, prenant la place d'un Dieu auquel il ne croit plus...Pour la première fois, métaphysique et poésie sont liées, vivant de leurs morts réciproques, chacun naissant ou l'autre se détruit.

Hanté, dans une inconscience prophétique, Shelley annonce sa fin tragique.

 

          " Sur un petit esquif flottant près du rivage,

          Barque longtemps abandonnée, car en ses flancs

          S'ouvraient fentes béantes et ses jointures

          Fragiles ondulaient au rythme de la houle.

          Une inquiète impulsion le pousse à s'embarquer

          Et chercher une mort solitaire au sinistre

          Désert de ces flots..."

 

          "Mort loin du monde, Shelley est repris par l'eau". Comme dans Frankenstein, le héros de sa femme, il finit englouti. Comme Harriet, son premier amour abandonné. Il se noie en mer avant que son cadavre ne soit dévoré par le feu.

 

          "Cendres et étincelles sont mes mots pour l'humanité."

 

          D'entre les pages de ce livre superbe surgissent de saisissantes scènes pareilles à des visions ! Entre autre il y a Lord Byron le poète qui défraie la chronique et dont la réputation de débauché, de séducteur, d'homosexuel fait de sa vie à Londres un enfer. Shelley et Byron  sont l'un comme l'autre deux parias. Sa claudication due à un pied-bot ajoute une étrangeté à sa beauté.

          Les deux poètes vont passer des heures et des nuits en discussions passionnées.Byron 1824

          Magnificence de Byron en chemise à jabot de dentelles sous un long gilet bleu en velours...élégante mélancolie de Shelley...exaltation de l'un, désespoir voluptueux de l'autre.

          " Tous deux débutent leur existence littéraire avec l'exil. L'action, le désir profond de combattre est là, toujours. Une amitié fondée sur le défi."

 

          "Nous sommes à l'aube de cet extraordinaire été 1816. L'arrivée de Byron, ce corsaire imaginaire honni de Tout-Londres, dans le cercle de celui qu'on nomme désormais Shelley le fou, les fait entrer dans une autre sauvagerie où ils vont être, chacun à leur tour, les hôtes révoltés de cet enfer-ciel cher à William Blake."

 

          Longues nuits devant un feu de bois, il fait exceptionnellement froid, il pleut. Un volcan indonésien, le Tambora, vient d'émettre des nuages de cendres, de gaz, de poussières qui se promènent à travers le monde...On dit que la fin du monde est proche. On boit du thé, du vin. Il y a le flacon de laudanum à portée de main et les pistolets dont Shelley ne se sépare jamais. On parle fantômes, hantises, spiritisme, télépathie et voyance.

 

          En automne de cette même année, Shelley est ébranlé en apprenant le suicide d'Harriet, noyée dans la Serpentine à Londres. Un choc profond pour le poète, à tel point qu'il se demande comment il y a survécu.

 

          "Je ressens la précarité de ma vie, et je me mets au travail avec la résolution de laisser une trace de moi-même."

 

          Le 8 juillet 1852 Shelley quitte Livourne pour une ballade sur le voilier qu'il avait toujours rêvé d'avoir un jour. Souvent réfugié à bord de son bateau pour écrire, la mer le calme, déjà à Oxford, il dessinait des croquis de voiliers, et maintes fois, il déposait sur la Tamise de petits bateaux en papier.

          Seul bateau à ne pas rentrer au port, submergé par une tempête, ce ne sera qu'une dizaine de jours plus tard que le corps du poète sera rejeté sur le rivage. On retrouve sur lui un recueil des poésies de Keats dont la mort l'avait vivement affligé.

 

          Le Triomphe de la Vie, l'ultime poème de Shelley est resté inachevé...

 

          Mary et ses amis obtiennent la permission de brûler son cadavre défiguré, car les lois de la quarantaine interdisent de le transporter.

 

          "Le paysage grandiose qui nous entourait s'harmonisait si exactement avec le génie de Shelley que je me représentai son esprit planant au-dessus de nous. Une fois  le feu bien allumé nous versâmes plus de vin sur le cadavre de Shelley qu'il n'en avait bu pendant sa vie, ce qui, joint au sel et à l'huile, fit briller et frissonner les flammes jaunes...Le cadavre s'ouvrit et le cœur apparut...Les seuls déchets qui restèrent furent quelques fragments d'os, les mâchoires et le crâne ; mais ce qui nous étonna le plus, ce fut de constater que le cœur était intact. Je me brûlai la main en arrachant cette relique..." relatera Trelawny.

 

          A Rome, non loin de la tombe de Keats, dans le cimetière protestant reposent les cendres de Shelley. Tirés de La Tempête de Shakespeare que Shelley aimait tant sont gravés ces mots :

 

          "Rien de lui ne s'est évanoui ;

          Mais la mer l'a transfiguré

          En quelque riche et étrange trésor."

 

          Poète et romancière, Judith Brouste est née à Bordeaux. Le cercle des tempêtes est son huitième roman.

          Editions Gallimard. L'Infini. Collection dirigée par Philippe Sollers.

 

                                                                                                            Hécate.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 11:14

geronimo-de-tony-gatlif-l-affiche 5126894Geronimo

de

Tony Gatlif

 

 

          Tony Gatlif revient sur les écrans avec "Geronimo" un film fiévreux comme l'amour fou de Nil, une jeune turque de seize ans qui s'enfuit le jour de son mariage imposé par sa famille pour retrouver Lucky l'impétueux gitan qu'elle aime.

 

          Geronimo (Céline Sallette) une éducatrice va tenter d'apaiser les tensions entre les communautés ; la tradition turque veut que l'honneur soit vengé. Un tourbillon de musiques, un opéra-ballet flamboyant sur le thème de la liberté. Hip hop, mélopées orientales et flamenco (Tomasito Bocanegra et Prado Jimenez Prado) rythment les scènes d'affrontements nocturnes de toute beauté. A couper le souffle !

 


 

 

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 16:38

l'homme qui s'aime de Robert Alexis

 

 

 

 

    

L'Homme qui s'aime

de

Robert Alexis

 

 

 

 

 

 

          Depuis son premier roman ( La Robe, éd. Corti, 2006), Robert Alexis explore dans ses livres les infinis du désir : "Nul espoir à celui qui se contente de ce qu'il est, ou de ce qu'il estime pouvoir désirer. La lumière vient de ce qui nous déchire, de ce qui est à l'opposé de ce que l'on estime être "soi" ".

 

          Début des années 1890, à Paris. Au cours d'une soirée mondaine, un jeune dandy fait une expérience qui le révèle à ses désirs les plus secrets. Décidé à rester fidèle à ce qu'il comprend alors de lui-même, il va entrer pleinement dans la vie."

 

          Dans La Robe chatoyait déjà l'incarnat des fantasmes, la transgression révélée par une obsédante parure défiant les interdits imposés à l'homme.

          Robert Alexis depuis ce premier roman n'a jamais cessé de sonder les profondeurs de l'être. Archéologue de l'intime, il fouille sans répit l'identité froissée toute entière dans l'étroitesse du corps.

 

          "L'homme qui s'aime " commence un soir d'été dans un de ces salons fin de siècle où l'on imagine entendre un orchestre jouant une valse languissante.

          "Mon amie se savait l'une des plus belles femmes de Paris et s'amusait, sans donner suite, de la cohorte de soupirants qui, où qu'elle allât, se battaient pour une danse ou une conversation privée. Nous n'avions tous les deux guère plus de vingt ans. Elle préférait, je dois le dire avec orgueil, ma présence à toute les autres... Je devais sans doute une telle faveur au fait que je ne me mêlais pas aux nombres des courtisans, que l'insoutenable beauté dont la nature m'avait gratifié (j'ose répéter un qualificatif fréquemment employé lorsqu'on me désignait) ne me donnait aucun droit à chercher auprès d'elle une préférence que tant de belles m'avaient accordée et que détail , qui s'expliquera par la suite, je montrais auprès de mon amie un peu de cette froideur dont les femmes raffolent, une réserve que je manifestais sans même y prêter attention."

 

          "M'étais-je déjà réellement vu ?

 

          Un miroir n'avait jamais été utile pour moi que pour arranger une coiffure ou le nœud d'une cravate. Je fuyais d'ordinaire le visage qui voulait s'y graver, ne retenant que ce qui lui était nécessaire à la toilette.

          Je craignais ce que les autres estimaient en moi comme si mon âme, saisie par une apparence qui la dépassait, avait couru quelque danger à se savoir ainsi parée de perfection."

 

          L'époque où se déroule la première partie de ce roman est celle où dans la littérature l'androgynie liée à la transgression bousculait le conformisme.

 

          "Aucun voile ne cache tant la chair que la beauté ; être beau c'est appartenir à un troisième sexe, impossible, intangible." ( Péladan .Lyon, 1859-Neuilly, 1918 )

 

          Dans son essai "Masculin singulier" Marylène Delbourg-Delphis écrit : " Aussi arrogant soit-il, le dandy ne laisse pas de sentir sa fragilité, sa solitude en face des normes- et son narcissisme se double toujours d'une inquiétude sur son identité...Ces miroirs qui racontent aux femmes qu'elles seront belles éternellement, regardent les hommes comme une menace."

 

          Entraîné à l'étage dans une chambre par la Comtesse maîtresse des lieux, le narrateur se voit placé et obligé de se regarder dans le haut miroir d'une chambre. Ce miroir sera le révélateur.

 

          "-Vous vous aimez c'est incontestable...Vous vous aimez furieusement, aveuglément... Vous cherchez chez les autres ce que vous ne pouvez trouver seul, la confirmation que vous êtes la seule figure aimable, le seul être capable d'embraser votre cœur, chose tellement impossible, n'est-ce pas ?... Vous êtes enfermé dans vos délicieuses limites... Les femmes, non vous ne les aimez pas. Vous n'en aimez qu'une et vous savez laquelle."

 

          "Le soleil se couchait à l'horizon de mon être et je savais qu'il ne reviendrait pas, qu'il n' y aurait plus d'aube lumineuse pour moi."

 

          Il ne s'agit pas de raconter ce roman, il s'agit de découvrir l'expérience du narrateur à travers les étapes de sa vie. L'élégance de l'écriture de Robert Alexis plonge dans les abîmes de l'être, descend dans les trivialités humaines, interroge l'univers aux confins du déséquilibre tout comme dans un de ses autres romans "Les figures".

 

          "On me dirigeait là où je savais qui j'allais rencontrer, car les rêves ont cela en commun avec la folie que le plaisir de les vivre ne tient pas à ce qu'ils révèlent mais au fait de leur absolue présence."

 

          "En dehors du projet que le rêve de soi adresse au monde, les choses demeurent étrangères, insondables, trompeuses dans l'existence qu'on leur accorde à défaut de se les approprier.

          Je parvenais à ce paradoxe : il n'est d'existence distincte de la nôtre que dans la négation de ce qu'elle pourrait être sans nous et, sans en être parfaitement conscients, nous manœuvrons des fils que nous savons être tendus par nos désirs."

 

          "Il n'est d'humanité qu'en marge du bon sens. Le bon sens nous aveugle, les connaissances nous égarent. Vous-même ne pourrez être que ce que vous devez-être qu'après avoir plongé dans l'excès où se tissent toutes choses."

 

          De Paris aux Pouilles, Naples, son volcan et ses quartiers infâmes, du 19ème siècle au 18ème siècle les pages  tournent..

 

          "Plus tard, toi aussi je te retrouverai. Rien ne disparaît. Le cœur peut aimer tant de gens, nos vies peuvent comprendre tant d'êtres ! Est-ce bien vrai ce que disaient mes songes ? Est-ce vrai que tu m'as bien aimée? Je me suis aimée aussi, plus que tout. En t'écrivant, j'adore cette main qui porte la plume. Un quart de tour sur le côté, je vois mon visage dans un miroir. Des ombres l'entourent que je crois reconnaître, qui me ramènent à moi. Vraiment, vraiment ! Qui d'autre que moi aurait pu me faire autant souffrir ?"

 

          La couverture de L'homme qui s'aime reproduit une œuvre de l'artiste néerlandaise Desiree Dolron extraite de la série Xteriors.

Editions Le Tripode.

 

A paraître le 4 septembre 2014 .

 

Œuvres de Robert Alexis:

La robe

La véranda

Flowerbone

Les Figures

U-Boot

Nora

Mammon

Les Contes d'Orsanne

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 19:20

Ederlezi cover

 

 

  

Ederlezi

de

Velibor Čolić  

Comédie pessimiste 

                        

Ederlezi retrace l'histoire, à travers le XXe siècle, d'un fameux orchestre tzigane composé de musiciens virtuoses, buveurs, conteurs invétérés, séducteurs et bagarreurs incorrigibles. Ils colportent leurs blagues paillardes, leurs aphorismes douteux et leurs chansons lacrymogènes de village en village. L'orchestre sombrera dans les grands remous de l'histoire : englouti en 1943 dans un des camps d'extermination où périrent des milliers d'autres Tziganes, il renaîtra pour être de nouveau broyé par la guerre d'ex-Yougoslavie en 1993. Chaque fois, le meneur de l'orchestre, Azlan, semble se réincarner. On le retrouve finalement dans la «Jungle» de Calais en 2009, parmi les sans-papiers et les traîne-misère qui cherchent un destin aux franges de la modernité.
Le roman de Velibor Čolić restitue merveilleusement la folie de la musique tzigane, nourrie de mélopées yiddish, de sevdah bosniaque, de fanfares serbes ou autrichiennes, une musique et une écriture pleines d'insolence, au charme sinueux et imprévisible. Les réincarnations successives d'Azlan font vivre avec bonheur la figure du Rom errant éternellement, porté par un vent de musique et d'alcool, chargé des douleurs et des joies d'un peuple comparable à nul autre.

 

            Avant d'aborder la rentrée littéraire, je voulais écrire cette petite chronique sur un livre dont le thème est cher à mon cœur, où la satire est émouvante, où  tragédie et  sourire se mêlent avec les larmes, parce que la musique tzigane touche mon âme et que j'écoute souvent ce chant Ederlezi. J'ai vu presque tous les films de Tony Gatlif, et celui d'Aleksandar Petrović tourné en six mois "J'ai même rencontré des tziganes heureux " et présenté à Cannes en 1966. ( Il est cité dans ce livre ! ...)

 

          "Ederlezi : fête de la Saint-Georges ( le 6 mai) , où le peuple tzigane célèbre l'arrivée du printemps. Le nom Ederlezi vient du turc Hidirellez, célébration du début du printemps qui avaient lieu environ quarante jours après l'équinoxe. Les Slaves des Balkans y ont ajouté une dimension chrétienne avec la fête de la Saint-Georges."

 

          D'abord l'épigraphe : " Ne succombez jamais au désespoir, il ne tient pas ses promesses." ( Stanislaw Jerzy Lec )

 

Et puis, le préambule :

          "...je m'appelle Azlan Baïramovitch et je suis mort ce matin. Hier encore j'étais un homme, un Rom et un parrain, mari, oncle et frère - maintenant je suis juste un corps, long et froid, avec quelques taches gris cendre sur mon visage. Hier encore j'étais chanteur, arnaqueur, ange noir, maître du couteau et bourlingueur, aujourd'hui je me trouve sur une table en métal, déposé quelque part dans un hôpital à Calais.

...La mort m'a entièrement transformé en un beau costume à l'ancienne, mon bel habit aux rayures fines et bleues, ma chemise rouge à jabot...la mort cette dame brune, ne sait pas encore qui je suis, qui j'étais avant dans la vraie vie. Mais bon, maintenant, plus rien n'a aucune  d'importance...

 

          Et nous sur scène , brillants, jeunes et forts...Et nous, les ivrognes et les métèques, nous jouons la musique à la tzigane...Les plus belles mélodies, drôles et tristes à la fois...Où est parti, sur quelle route erre mon peuple? Qui a effacé mon pays ? Où ont disparu toutes mes berceuses et mes rêves? Rien, plus rien...

...toute ma vie j'ai voyagé. L'Europe de l'est et à l'ouest, New Delhi et Paris, Berlin coupé en deux et les moroses fêtes des petites villes de province. J'ai prescrit l'ordonnance pour soigner l'âme et j'ai inventé le son du silence à l'heure du Diable.

 

...Tant de fois j'étais un valet ivre, voleur de poule et mangeur de feu que j'oubliais que j'étais un homme. Tant de fois on m'a craché à la figure que je n'avais plus besoin d'aller me baigner dans le Gange. J'étais l'autre pour tout le monde y compris pour mon peuple. J'étais trop blond pour un tzigane et trop basané pour être un gadjo...

 

...je ne peux plus, je m'arrête là. Aucune âme, mes amis , ne peut résister à tant de tristesse. Nul homme ne peut survivre à tant de haine, tant de froid et de supplices. Aucun ne vous ne sait rien sur la froideur d'un casque allemand sous la demi-lune en Croatie, le museau d'un loup en Bulgarie ou d'un couteau qui déchire la peau...

 

          Longtemps j'ai cherché l'accord idéal et la mélodie, la chanson vraie et les spirales du temps. Jusqu'à mon dernier souffle j'ai cherché la note parfaite, j'ai rêvé chaque ton et chaque intervalle, tout en sachant que la plus belle musique est toujours épurée et simple. De mon vivant, j'étais de partout et de nulle part, j'étais tout le monde mais aussi personne.

 

          Compteur et conteur, poète et chanteur. J'étais celui qui porte le violon sur son épaule ; celui qui rendait vos rêves possibles. J'étais voyageur, fou du roi, paysan sans terre et apôtre, témoin et traître. J'ai fait mille fois l'amour et jamais la guerre.

 

          Une chose est sûre :mon nom est Azlan Tchorelo, Azlan Bahtalo et Azlan Chavoro Baïramovitch et je suis mort ce matin.

 

          Voici mon histoire."

 velibor colic

 

 

 

 Velibor Čolić est né en 1964 en Bosnie. réfugié en France en 1992, il vit aujourd'hui en Bretagne.

 

 

   

 

 

 


 

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 16:55

cover Galveston

   

Galveston

de

Nic Pizzolatto

 

 

          1987, La Nouvelle-Orléans. Les temps sont durs pour les petits gangsters comme Roy Cady. Non seulement il apprend que ses poumons sont troués par un cancer, mais son boss l'envoie tout droit dans un traquenard. Il n'a plus qu'un horizon : la cavale. En compagnie d'une jeune prostituée écorchée par la vie, il fuit les représailles sur les routes brûlantes du golfe du Mexique, là où chaque heure conquise porte le goût de la poussière et du sang...

 

   

 

 

 

          A quoi tient la fascination d'une histoire, à la meurtrissure des personnages, à la beauté poisseuse de son ambiance, aux paysages traversés, au quotidien d'un avenir déjà perdu pour Roy qui semble murmurer pour lui-même dans les pages de ce roman où l'émotion affleure au détour d'une phrase, de mots simples qui en disent long sur quelques êtres égarés au cœur  de l'Amérique des déshérités ?...

 

          Plus que narrer le déroulement des événements, je préfère citer quelques extraits de ce singulier roman qui par sa tonalité particulière et sa finesse intimiste laisse entrevoir la trame des pensées qui surgissent quand les souvenirs  viennent hanter naturellement comme une impossible consolation.

 

          "Un médecin a pris des photos de mes poumons. Ils étaient plein de rafales de neige.

Quand je suis sorti du cabinet, les gens dans la salle d'attente ont tous parus soulagés de ne pas être à ma place. Il y a des trucs qu'on peut lire sur les visages.

 

          J'ai essayé de concevoir ce que signifierait ne pas exister, mais, je n'avais pas l'imagination nécessaire.

          J'avais la même sensation d'étouffer, d'être sans espoir, que lorsque j'avais douze ou treize ans et que je regardais les longs champs de coton... L'idée atroce de l'infini dans le travail. Cette sensation de ne jamais pouvoir gagner.

 

          J'ai pensé à la maison de Sienkciewcz, aux hommes dans l'entrée, au crâne d'Angelo - mais surtout à la vitesse avec laquelle j'avais réagi, à la fluidité sans faille de mes pensées et de mes gestes. Comme si la certitude de la mort avait brûlé tout le superflu, m'avait rendu plus rapide et plus pur - ce qu'elle faisait pour les cow-boys et les bretteurs dans les films que je préférais.

 

          Comme le plus pur des assassins, j'étais déjà mort.

 

          Je me souviens qu'un de mes potes m'a dit un jour que chaque femme qu'on aime est à la fois une mère et une sœur qu'on n'a pas eues; et que ce que nous cherchons toujours, en réalité, c'est notre côté féminin, l'animal femelle en nous ou un truc comme ça. Ce garçon-là pouvait dire ce genre de chose parce que non seulement c'était un junkie, mais qu'en plus il lisait des livres.

 

          J'ai lu un écrivain qui prétendait que les histoires nous sauvent, mais, évidemment, c'est de la bêtise. Elles ne nous sauvent pas.

          Les histoires, pourtant, sauvent quelque chose.

          Et elles m'ont permis de tuer pas mal de temps au cours des vingt dernières années. Passées, pour plus de la moitié, en prison.

 

Quant à la leçon de l'histoire, je crois que c'est la suivante = jusqu'à notre mort, on est fondamentalement dans l'inauthenticité.

          Mais je suis encore en vie.

 

          Il y a des expériences auxquelles on ne peut survivre ; après elles, on n'existe plus entièrement, même si on n'a pas réussi à mourir. Tout ce qui s'est passé en mai 1987 ne cessera jamais de s'être produit, sauf qu'on est maintenant vingt ans plus tard et que tout s'est déroulé à ce moment-là n'est qu'une histoire. En 2008, je promène ma chienne sur la plage. Ou plutôt j'essaye. Je ne peux pas marcher vite, ni bien.

 

          Quelle année impossible.

 

          L'aube met le feu au brouillard tandis que les cris des oiseaux et la plainte profonde des sirènes des bateaux mobilisent le monde. En septembre, au milieu de la saison des ouragans, les ciels ne sont plus que des rouleaux de plomb qui ressemblent à du sucre filé.

 

          Mon pied gauche se tord vers l'extérieur comme s'il essayait de me quitter... Le bandeau que j'ai sur l'œil gauche me donne une vague ressemblance avec les pirates qui ont jadis régné sur cette côte.

 

          Quand je lisais, je me plongeais tellement dans les mots et ce qu'ils disaient que je ne sentais plus le temps passer comme d'habitude. J'étais étonné d'apprendre qu'existait une liberté qui n'était constituée que de mots.

 

          Tous les soirs, quand je me couchais, j'attendais que le cancer s'étende, mais il restait là sans évoluer, il prenait son temps. J'ai passé presque douze ans comme ça.

 

          Le sable de Gavelston est gros et gris, parsemé de particules oranges et jaunes, et, tôt le matin, les plages sont en général désertes... Quand on marche le matin sur ces plages brumeuses, dans un air épaissi par le sel et par les choses en décomposition, on a l'impression que ces lieux soignent encore la gueule de bois que leur a laissé toute leur histoire."

 

          Quand on a achevé de lire ce roman, on y repense, on revient quelques pages en arrière, rien que pour la délectation délicieusement amère du plaisir d'une émotion à peine perçue, on est toujours plus ou moins en décalage avec nos émotions, que ce soient celles d'un livre, d'un film ou de notre propre vie. Il y a le présent, mais il y a avant, et on y revient quand tout va bien ou ne va plus aussi bien... C'est peut-être la nostalgie, à moins que ce ne soit l'illusion d'une espérance... Il y aurait tant à dire encore sur ce livre profondément bouleversant. Il y a du sang, de la sueur, des larmes, de la pudeur... Mais cela suffit bien ainsi... Il faut le lire, ce sera ma conclusion.

                                                                                                                 Hécate

 nic pizzolatto

           

            Nic Pizzolatto est le scénariste et auteur de "True  Detective" chez HBO. C'est un peu son second roman . Le véritable sujet  de cette série envoûtante tournée en Louisiane est une intrigue narrée par deux collègues policiers : "Nous vivons et nous mourrons par les histoires que nous racontons." a dit Nic Pizzolatto.

"Gavelston" aux éditions Belfond a été récompensé en France par le prix du premier roman étranger en 2011. Il est disponible en collection  de poche 10/18 depuis décembre 2013.

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1 mai 2014 4 01 /05 /mai /2014 13:39

Lily de Daniel ArsandLily

de

Daniel Arsand

 

 

          « Épouse et mère, voyageuse parfois, extravagante à ses heures, maman mourut à la clinique Bonvallet, le corps depuis trop longtemps harassé de maux. La pauvre chose qu’elle était rendit l’âme en me parlant de l’amour. Ce lieu où vous êtes raconte une existence tour à tour insignifiante et magnifique, qui couvrit plus de sept décennies de notre siècle. » C’est ainsi que Simon, fils unique de la défunte, inaugure un musée dédié à la mémoire de sa mère. Il sera le propriétaire et le guide des lieux, le gardien des mystères d’une famille qui, de génération en génération, répète les mêmes maux. Témoin d’un siècle frappé du sceau de l’intranquillité, ce fils évoque un univers marqué par les passions, les exils et la Première Guerre mondiale.

 

          Lily est le troisième roman de Daniel Arsand qui reparaît aux Editions Libretto cette année.

 

          "On l'avait accueillie comme un don du ciel, elle se comportait en personne à peine tolérée...Insensiblement se forgeait en elle la certitude que sa seule personne avait le pouvoir de briser l'ordre des choses, d'enclencher des désastres, comme elle se persuadait que même en terre promise elle se sentirait toujours en exil. Lily forgeait là une des assises de sa personnalité future : sous une apparence de grande humilité ,la certitude d'être un être différent du lot - et le pas est facile à sauter, qui vous fait ressentir cette différence tantôt comme une infirmité, tantôt comme une suprématie...Et lorsqu'elle acquit enfin un semblant d'assurance, on aurait dit que l'anxiété avait  cautérisé ses plaies intimes ou que son désespoir la ravageait désormais en douceur."

 

          "Un talent singulier de prosateur baroque, comme on en croise rarement dans les allées bien peignées du roman à la française."  Bernard Le Saux / Le Figaro.

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 17:43

magnolia

Printemps

 

 

Chaque printemps je meurs,

Alors que renaissent les fleurs,

Chaque fois, c’est la même chose,

Chaque fois le renouveau

M’enlève pour toujours

Une illusion, une amitié, un amour .

 

Chaque printemps, l’hiver meurt toujours,

Mon cœur est un tison

Que le bleu du ciel va éteindre.

Le feu sera loin, très haut de moi

Dans les rayons du soleil,

Mes pas, sur le chemin où vivent les pierres,

Seront comme une danse de douleur,

Mon silence, le fantôme muet d’une clameur !

 

Absence, chaque printemps, je meurs,

L’été est une prison où je ne chante plus.

Que s’éteigne la glycine sur le mur

Comme une larme parfumée,

Que se rouille le lilas dans mes yeux

Comme une grille qui ne s’ouvre plus !

 

Chaque printemps enterre les châteaux

Dans les saisons à jamais disparues,

Dans un autre renouveau, après une autre mort

Si Dieu le permet, je les habiterais peut-être encore

Jusqu’à épuisement de mon âme fatiguée,

Jusqu’à écroulement de toutes leurs murailles,

De toutes leurs barrières, de toutes leurs portes,

Afin que le véritable printemps m’emporte !

 

 

                                                                                                                                        Hécate

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 14:30

affiche

 

 

 

  

Only Lovers

Left Alive

 

film de

 

JIM JARMUSCH

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 detroit

 

          Adam (Tom Hiddleston ) pâle et fragile, Eve (Tilda Swinton ) longue silhouette éthérée au visage sans âge, sont des vampires qui étincellent dans l'obscurité...

          Adam réfugié dans une demeure labyrinthique à Détroit collectionne des guitares électriques mythiques dont une Supro blanche de 1959, compose des musiques obsédantes et atmosphériques...

 intérieur livres

          Eve à Tanger va au café des Milles et Une Nuit, dévore des livres, vit à la page en quelque sorte ! L'humour est subtil, mais n'est pas absent loin de là sans pour autant briser le charme ensorcelant.

 

          Dès les premières images, les premiers sons... l'emprise est absolue !!!...

            J'ai vu ce film le premier jour de sa projection en salles (en sortant, la nuit était là, une chance, car comment affronter la lumière diurne après deux heures d'errances nocturnes si envoutantes, je n'ose y penser !) et j'en suis toute hantée encore d'un bonheur indicible, assoiffée, intensément...cover

 

          La bande son est hypnotique, puissante, lente, des notes cristallines planent, mystérieuses, baroques... signée  par le luthiste Joseph Van Wissem  &  le groupe Sqürt de Jarmusch.

 

          Dix huit ans après Dead Man (Jim Jarmusch a mis sept ans pour récolter les fonds nécessaires à la réalisation de Only Lovers Left Live), une histoire d'amour, de vampires ,et de vague à l'âme d'une beauté somptueuse et crépusculaire.

 

          " Jim Jarmusch s'amuse à renverser les rôles de la lutte ente le Bien et le Mal. Ce sont des vampires qui se sentent vampirisés par la société actuelle. Avec leur recul, vivant depuis des siècles, ce sont eux les derniers remparts contre la décadence et le déclin. Ce sont eux qui croient à la science, à la technologie, à la musique, à la littérature et à l'importance de la culture."  (Siegfried Forster)

 

          " Un film fin de siècle comme une renaissance." (Damien Aubel )

 

          "Il émane de ce film planant, délicieusement gothique, un romantisme fou ." ( Marc-André Lussier )

 

          "Jamais le style si particulier de Jarmusch ne s'était déployé avec autant d'élégance que lors des sublimes balades nocturnes dans Détroit et Tanger." ( Yannick Vely. Paris-Match )

 

                  

    

      Le film fourmille de références multiples qui ajoutent une saveur supplémentaire, Adam arbore le nom de docteur Faustus lorsqu'il va s'approvisionner de sang frais...Quand il improvise sur un violon, c'est Paganini selon Delacroix dont il prend la pose ! Bien évidemment il a connu Mary Shelley (l'auteur de Frankenstein ) et le poète Byron qui avec son médecin le fameux Polidori a écrit un cours roman Le Vampire). La tapisserie des murs disparaît sous les photos de tous ceux rencontrés dans ses vies antérieures, Baudelaire, Kafka, Edgar Poe....et d'autres encore !

 

          Eve a pour ami à Tanger Christopher Marlowe...qui œuvrait dans l'ombre de Shakespeare...

          Et, lorsque Adam et Eve voyagent, ils ne prennent que des vols de nuit !!!...

 

                                                                                                       Hécate.

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:18

hecate bigHécate

de

Frédéric Jaccaud

 

          «Le fait divers déverse, divertit, met en branle l’imagination mauvaise de tout un chacun. Sa nécessité ne fait pourtant aucun doute, parce qu’il agite les sentiments de pitié et de mépris sans aucune implication morale ; on ne ressent aucun remords en s’y projetant. Il commence et se termine dans l’impersonnel. Les acteurs de ces petites pièces décadentes n’incarnent personne en particulier ; ils évoluent à l’état brut de caractères théâtraux.»

          Le 2 février 2010, Sacha X., médecin de Ljubljana, est retrouvé sans vie à son domicile, le corps déchiqueté par ses trois bullmastiffs. Là s’arrêtent les faits chroniqués en leur temps par la presse internationale. Entre alors en scène un jeune flic, Anton Pavlov, témoin imaginaire de cette scène indescriptible. Cet amoureux secret de littérature se laisse dès lors entraîner dans une quête du sens qui le mènera au-delà de l’obscène : comprendre l’histoire de cette mort étrange, trancher le voile et découvrir derrière celui-ci la beauté, la vérité ou la folie.

 

 

          Frédéric Jaccaud a dédié son roman à Paul Morand l'auteur de Hécate et ses chiens.

          Evidemment ! Deuxième élément irrésistible. Je ne pouvais pas  passer devant le présentoir sans être accrochée par ce titre flamboyant ! Je savais déjà que j'allais l'emporter ; quelques lignes parcourues rapidement, l'intuition que je tiens là un texte puissant écrit avec maîtrise et talent.

 

          C'est un roman noir. Un roman dévorant. Un polar très noir qui va au-delà du sordide fait divers et qui est une descende dans l'origine de l'obscène et de la violence, de la limite entre la raison et la folie.

 

          " Un excès d'informations, un excès de réalité rendrait fou n'importe qui..."

 

          Somptueusement écrit, un roman qui par-delà l'intolérable touche la conscience de la transgression.

 

          "D'une certaine manière, l'ignorance est plus obscène que la démonstration de l'ordure."

 

          Un homme s'est fait bouffer par ses chiens. Un godemiché attaché autour de la taille.

 

          "Il ne s'agit pas ici d'un homme assassiné, d'un homme torturé, mais d'un corps meurtri par des dents et des griffes, un cadavre primal, premier, non pas mangé, mais déchiqueté, tel qu'on pourrait en rencontrer dans les forêts obscures de cette humanité qui tremblait en entendant hurler les loups, grogner les meutes affamées des chiens, effrayée de pouvoir être pourchassée."

 

          "La présence du cadavre rappelle la nécessaire carnation de l'âme, sa fragilité."

 

          Un carnage intolérable...Une descente dans l'origine de l'obscène, de la souffrance...Une petite fille pleure de désespoir...

 

          "Ne regarde pas...C'est trop loin pour toi ."

 

          Par-delà les trames incompréhensibles des lumières qui tapissent le drap nocturne...la petite fille voit "cette lune rouge qui n'a pas de nom mais que les Anciens surnommaient Hécate."

 

          Dans la pièce où est retrouvé le corps déchiqueté de Sacha X, un tableau de William Blake : Hécate ou La Nuit de joie d'Enitharmon.

William Blake Hécate

          "Hécate ou les trois destins, surveille le Tartare région infernale où se terrent les plus grands criminels de la mythologie. Deux femmes tournent la tête et se cachent, la troisième se tient à côté d'un livre ouvert, c'est celle qui sait alors que les autres se voilent la face. Elle est brune, cheveux de nuit, les deux autres blondes, cheveux de jour."

 

          Hécate, déesse de la lune rouge et des chiens errants est la force virile dans les mains de la femme.

 

          Les chiens n'étaient pas dans le tableau de Blake...Ils étaient dans la chambre du médecin Sacha X.

          Mais pour Anton toute l'histoire de Sacha X est contenue dans le carnage de son corps. C'est une mise en scène qui raconte une histoire oubliée. La mémoire du corps est terrible. Elle n'oublie rien des sévices. Elle dévore la raison et la chair...

 

          "On pense  ne jamais oublier tout à fait un fait divers et pourtant le lendemain déjà, il a disparu des mémoires...Les questions disparaissent au moment où l'on referme les pages du journal."

 

          Anton n'a pas pu oublier ce qu'il a vu. Ni les vidéos des scènes ultimes visionnées ensuite. Il cherche un sens à toute cette tragique horreur.

          La grande force du livre ( qui se dévore en une soirée) est dans la réflexion qui habite les pages.

 

          "Dans un grain de sable voir un monde." ( William Blake )

 

          Et cette petite fille qui pleurait et, qui devenue femme a quitté le territoire d'Europe de l'Est  de son enfance " on ne vit pas sur un territoire, on subsiste entre deux eaux...lieu de nulle part qui offre un cadre parfait pour y concevoir un conte inversé noir, un terreau suffisamment boueux pour y planter une graine de souffrance" a-t-elle réussi à oublier ses affreuses terreurs ?...

 

frederic-jaccaudHécate.

 

 

Né en 1977, Frédéric Jaccaud est l'auteur de deux romans noirs, Monstre (une enfance) et La nuit. Avec Hécate, il continue d'explorer la cruauté tapie derrière les mots.

 

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