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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 19:23

Impromptu

 

Cette musique que j’entends parfois

Ressemble à la couleur des jours

Quand elle s’éteint comme on se meurt

D’un chagrin sans importance,

Cette musique qui doucement pleure

Ressemble à la nostalgie vague

D’un bonheur inconnu qui nous ressemble.

 

Quel visage a-t-il ce bonheur qu’on aimerait

Prendre par la main, par la pointe du cœur ?

Pour écouter cette musique

Qui ressemble à ces promesses jamais tenues

Et qui toujours reviennent

Et qu’on entend quelquefois

Quand l’âme presque indolore

Se drape de faux - jour, de presque nuit ;

 

Cette musique si douce

Qu’aucun bruit ne la dérange,

Cette musique comme le souffle d’un ange

Cette musique que j’entends parfois

Qui n’est pas de moi, pas de toi ;

 

Cette musique d’ailleurs ou d’hier,

Cette musique qui chante

Comme il pleut la nuit,

Quand la nuit n’est pas la nuit

Et ne ressemble à rien, surtout pas au sommeil,

Quand la nuit se déshabille dans la douleur

Quand la musique alors n’est plus même musique,

Rien que la conscience d’être, sans être

Dans un monde qui ne ressemble à rien

Et qui se tient debout sur quelques notes de hasard…

 

Hécate

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 18:53

Le Corps exquis

de

Poppy Z. Brite

 

 

 

          Cette histoire serait directement inspirée par celle de Joffrey Dahamer, le cannibale de Milwaukee, arrêté en juillet 1991 et condamné pour meurtre.

 

          "L'une des fictions les plus noires jamais publiées sur les serial killers : la rencontre amoureuse, poétique et macabre de deux tueurs nécrophiles œuvrant dans le Vieux Carré français de La Nouvelle-Orléans."

          Nouvelle édition cette année en octobre 2015 Au Diable Vauvert.

 

          Âmes sensibles..... passer votre chemin ! ... Je préfère prévenir.

 

          "Le seul auteur que je connaisse capable d'écrire un guide pour l'Enfer qui me donne envie d'y aller." (Peter Straub)

 

          "C'est probablement une des œuvres phares de ce que les Anglo-Saxons ont accompli en littérature, donner des lettres de noblesse à leur culture underground." ( Virginie Despentes)

 

          "D'après le compte rendu de l'autopsie du tueur en série Jeffrey Dahmer, effectuée en 1994, le cadavre est resté les pieds enchaînés durant toute la procédure, si grande était la terreur inspirée par cet homme, pour citer Robert Huntinton, médecin légiste."

 

          "L'horreur est la médaille de l'humanité, une médaille qu'elle arbore avec beaucoup de fierté, beaucoup de vertu et souvent une bonne dose d'hypocrisie. Combien d'entre vous se sont régalés du récit de mes exploits ou de ceux de mes semblables, de ces descriptions détaillées de démembrements que dédouane un vernis d'indignation morale? Combien d'entre vous ont jeté un regard en coin sur quelque âme meurtrie perdant son sang au bord de l'autoroute? Combien ont ralenti pour mieux jouir du spectacle ?

 

          On prétend que les meurtriers récidivistes ont souffert durant l'enfance d'un traumatisme caché : un mélange pathétique de brutalité, de viol et de torture psychologique. Pour autant que je m'en souvienne, ce n'est pas mon cas. Je n'ai subi aucune torture, mentale ou physique, et le seul cadavre que j'ai vu étant enfant était celui de ma grand-tante, totalement dénué d'intérêt à mes yeux. Je n'avais aucun sens moral quand je suis venu au monde, et personne n'a jamais réussi à m'en instiller un. Mon incarcération n'a été qu'un long rêve, un séjour dans les limbes qu'il me fallait endurer - ce n'était pas un châtiment, car je n'avais rien fait de mal. Toute ma vie, j'ai fait partie d'une espèce que je croyais réduite à un seul élément. Monstre, mutant, surhomme nietzschéen - cela ne faisait à mes yeux aucune différence. Je ne disposais d'aucune échelle de comparaison.

          Et voilà que je découvrais mon semblable, et je voulais tout savoir de lui ...Je n'avais pas redouté Jay quand il souhaitait me tuer. A présent qu'il me voulait vivant, notre intimité me semblait terrifiante.

          ...Impossible alors de ne pas se sentir envahi, menacé; impossible aussi de ne pas tomber à genoux, empli de gratitude à l'idée de ne plus être seul au monde.

Ils avaient passé leur première journée au lit, sans toutefois aller plus loin sur le plan sexuel. Andrew affirmait que sa séropositivité rendait dangereux ses fluides corporels. Jay s'en foutait complètement...Ils ne cessaient de parler, passant d'un sujet à l'autre de façon anarchique. Ils s'immergeaient dans le savoir partagé. Ni l'un ni l'autre n'avait jusqu'ici pu discuter de ses passions...Ils ne cessaient de comparer leurs expériences, d'en exulter, de s'en émerveiller."

 

          Je ne citerais rien des détails macabres si naturellement énumérés, ni des conversations échangées, ni des scènes homosexuelles dans un contexte aussi extrême où affleure une sorte de tendresse dans la violence même. Tout comme je ne vais pas aborder les autres personnages qui gravitent dans ce livre. Ceci n'est ni un polar , ni un roman d'horreur en tant que tel. Nous sommes dans l'intimité marginalisée d'êtres hors normes, que rien ne semble démarquer des autres.

 

          "Je recherchais toujours chez mes compagnons une certaine forme de soumission, une passivité devant la vie plutôt qu'un véritable instinct de mort. Ces dernières années, on a souvent évoqué le profil type de l'assassin,...Et le profil type de la victime idéale? Les victimes existent autant que nous, et elles se dirigent vers une destinée tout aussi inexorable que la nôtre."

 

          Née en 1967, lauréate du prestigieux British Fantasy Award, Poppy Z.Brite a publié de nombreux romans et nouvelles. A l'instar d' Âmes perdues, Le Corps exquis a marqué la culture gothique et les consciences contemporaines.

Hécate

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 18:39

Intérieur nuit

de

Marisha Pessl

 

          Intérieur nuit est le roman de la rentrée littéraire qui entraîne une addiction dès les premières pages. Comme il en contient 700, un doute effleure...on soupçonne que c'est trop beau pour que cela puisse durer. Eh! bien si !...chaque page tournée est captivante. C'est bien là un livre qu'on lâche difficilement, il est étourdissant, fascinant, fantastique...On est absorbé comme par une brume maladive, dangereusement toxique, hallucinante.

 

          Il y a ce journaliste Scott McGrath qui irait en enfer uniquement pour interviewer Lucifer s'il le fallait. Rien ne lui faisait peur avant...Mais une femme un soir ,dans le noir apparaît et retient son attention comme un mystère, elle a une manière de marcher, de regarder comme à travers les choses qui l'entourent. Un manteau rouge, des bottes noires...

 

          Comme par hasard, cette femme croisée par McGrath est retrouvée morte dans un entrepôt vide de Chinatown. Suicide ? Meurtre ? C'est Ashley Cordova, 24 ans qui fut l'enfant prodige de la musique, la magicienne du piano. Ashley Cordova, la fille du singulier cinéaste Stanislas Cordova, auteur de quinze longs métrages qui sont autant de voyages dans les mondes souterrains du mal et que personne n'a revu depuis trente ans !

 

          Scott McGrath qui pourtant a tout perdu (travail, économies, épouse) depuis qu'il avait accusé Cordova d'être un prédateur lors d'une interview télévisée est repris par son obsession de mettre à jour ses soupçons : trop de morts autour du cinéaste, de plus une de ses femmes s'est noyée, ceux qui ont tournés dans ses films se taisent ou se sont volatilisés. D'autant que le thème central dans l'œuvre de Cordova est la malveillance des adultes, la pureté de la jeunesse et la collision entre ces deux forces. Tous ses films abordaient cette question, d'une façon ou d'une autre, même si dans Respirer avec les rois Cordova retournait la situation en faisant de l'enfant le dépravé, et des adultes les saints.

         

          L'imagination envisage l'épouvantable, mais qu'en est-il en réalité ?

 

          "L'effroi est une chose aussi essentielle à notre vie que l'amour. Il plonge au plus profond de notre être et nous révèle ce que nous sommes. Allons-nous reculer et nous cacher les yeux? Ou aurons-nous la force de marcher jusqu'au précipice et de regarder en bas? Voulez-vous savoir ce qui s'y cache ou ,au contraire, vivre dans l'illusion sans lumière où ce monde commercial veut nous enfermer, comme des chenilles aveugles dans un éternel cocon? Allons-nous nous recroqueviller, les yeux clos, et mourir ? Ou nous frayer un chemin vers la sortie pour nous envoler ? "

                                                                                         Stanislas Cordova

Rolling Stone, 29 décembre 1997

 

          "Que cela vous plaise ou non, nous avons tous une histoire avec Cordova. C'est peut-être une voisine de palier qui a trouvé un de ses films dans un vieux carton au fond de sa cave et, depuis n'est plus jamais entrée seule dans une pièce obscure. Ou un petit ami qui s'est venté d'avoir récupérer sur Internet une copie pirate de La nuit tous les oiseaux sont noirs et, après l'avoir regardé, a refusé d'en parler, comme s'il avait miraculeusement survécu à une épreuve atroce.

Quoique que vous pensiez de Cordova, que vous soyez obsédé par son œuvre ou que vous y soyez indifférent, il provoque toujours des réactions. Il est une fissure, un trou noir, un danger indéterminé, une irruption de l'inconnu dans notre monde surexposé...

          C'est un mythe, un monstre, un mortel.

 

          Mon histoire avec Cordova commença pour la deuxième fois par une soirée d'octobre, à l'époque où, comme beaucoup d'autres, je courais en rond et me dépêchais d'aller nulle part. Je faisais mon jogging autour du Réservoir du Central Park passé 2 heures du matin-une dangereuse habitude que j'avais prise cette année là, trop énervé pour dormir, frappé d'une inertie inexplicable, une vague impression que mes plus belles années étaient derrière moi et que ce sens des possibles que, jeune homme, j'avais possédé de manière innée , n'existait plus..."

 

          Marisha Pessel, comme il est notifié sur la quatrième de couverture, avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, sous l'apparence classique d'un récit à suspense, explore la part d'ombre et d'étrangeté tapie au cœur de l'humain. Des descriptions à la lisière de la poésie la plus ténébreuse où le lecteur ne sait plus s'il fantasme ou s'égare lors de l'incursion dans le domaine immense de Cordova (un ensemble de cent vingt hectares) et à l'intérieur de l' ancienne résidence  d'un couple d'anglais située au cœur des Adirondacks où il tournait ses films, renforçant son image d'ermite fou et agoraphobe.

         

          Sans oublier, les pages où Ashley est évoquée merveilleusement, si indéfinissable, si belle et si évanescente... On aimerait l'écouter jouer Ravel encore, on serait presque tenté de chercher un de ses enregistrements...et voir aussi l'un des films de son père...tant la puissance de ce livre emporte !...

                                                           

Editions Gallimard du monde entier.

Juin 2015

 

Hécate.

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 09:55

Manderley

for ever

de

Tatiana de Rosnay

 

          " J'ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley". C'est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l'écran par Alfred Hitchcock.

          Depuis l'âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin de la vie lisse d'une mère de famille qu'elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l'œuvre torturée reflétait les tourments.

Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s'aventure dans ses vieux manoirs chargés d'Histoire qu'elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes.

          Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n'est pas un objet à posséder mais un état d'âme."

 

          C'est ce livre dont je voulais vous parler plus tôt, mais les circonstances que vous savez m'en ont empêchée .J'ai beaucoup apprécié l'ampleur de la narration qui explore la vie de Daphné du Maurier, et d'autant plus que j'avais lu plusieurs de ses romans dès l'adolescence, et j'étais curieuse de l'auteur dont je ne savais rien ou presque, sinon qu'elle était l'une des filles de l'acteur de théâtre Gerald du Maurier. J'ignorais que son oncle J.M. Barrie était le créateur de Peter Pan et que son grand-père paternel n'était autre que George du Maurier, caricaturiste célèbre et romancier ; pourtant son roman Peter Ibbetson m'avait particulièrement fascinée par le climat onirique dans lequel il baigne où la toute puissance de l'amour permet aux amants séparés, à travers le rêve de se retrouver "dans une unité d'espace et de temps qui est celle de leur désir."(Raoul Vaneigem)

 

          Daphné du Maurier est née à Londres en 1907, et très vite son imagination vive la porte à écrire poussée par une dualité instinctive qu'elle tient secrète. Elle est alors ce garçon qu'elle nomme Eric Avon.

                                                       

          Daphné aura une liaison avec une directrice d'études, Fernande Yvon qui tiendra une grande place dans sa vie avant son mariage avec le futur général de division Frederick Browning. Le couple partage la passion de la voile.

Mais la grande passion de Daphné, c'est l'écriture où elle peut laisser entrevoir sa part sombre et noire qui ne transparait pas dans sa vie quotidienne.

 

          Peut-être est-ce pour cela que ses romans m'attiraient, ils avaient quelque chose que je n'aurais su expliquer. Je me souviens des cytises dans Ma cousine Rachel, d'une ambiance dans Le bouc émissaire, et celui qui m'a vraiment captivée est un essai biographique intitulé Le monde infernal de Branwell Brontë tant j'étais depuis longtemps sous l'emprise des Brontë !

          Et si je ne vais point citer tout ce que j'ai lu de Daphné du Maurier je ne peux pas ne pas mentionner Rebecca qui lui apporta une grande célébrité d'autant qu'en 1940 il fut porté à l'écran par Hitchcock. Faut-il en rappeler le thème ? Une jeune fille, simple demoiselle de compagnie rencontre Maxime de Winter riche veuf qui très vite l'épouse et l'emmène dans sa demeure, un château ancestral, Manderley...hanté en quelque sorte par la première épouse vénérée par l'inquiétante gouvernante Mrs. Danvers !

                                                       

          Manderley, c'est Menabilly, la demeure d'une famille cornouaillaise installée à Fowey depuis le XIIIème siècle. Un manoir construit du vivant de la Reine Vierge, une maison ancienne aux murs chargés d' Histoire. Daphné en se promenant a découvert ce lieu. Elle ne peut l'oublier, elle essayera d'en savoir plus. On lui raconte qu'on murmure depuis longtemps que Menabilly est hanté, que lors de la construction d'une nouvelle aile au siècle dernier, le squelette d'un cavalier a été découvert dans une pièce secrète emmurée et que l'on aperçoit une dame en bleu à la même fenêtre d'une des chambres du manoir.

                                                

          Daphné veut savoir si la demeure est encore habitée. Non, le dernier propriétaire des lieux n'y vient plus. Il vit dans le Devonshire sans descendance. La maison n'a pas été habitée depuis des années. Pour y aller il faut traverser des bois, des forêts, tout a été envahi par la nature. Personne n'entretient la propriété.

          Daphné entraîne sa sœur à la recherche de Menabilly. Elle a étudié une carte des environs dans un guide. Parties avec leurs chiens en début d'après-midi, la nuit descend, tout n'est qu'enchevêtrement de ronces, Angela la sœur de Daphné refuse d'aller plus loin. Une humidité monte du sol moussu. Une lune timide éclaire à peine le sentier semé d'ombres, des formes maléfiques semblent attendre là, tapies dans le noir.

 

          Le lendemain Daphné emprunte une voiture, roule sur une route qui contourne la forêt et se gare devant une autre grille, aussi rouillée que celle d'hier. Les deux sœurs marchent à travers des espaces boisés.

 

          "Peut-être Menabilly ne veut-elle pas être découverte, peut-être veut-elle restée cachée " dit Daphné à voix basse. Elle parle de cette maison comme d'un être de chair et d'os.

 

          Enfin c'est avec ferveur que Daphné  regarde cette vieille bâtisse haute de deux étages, aux volets fermés, à la façade grise mangée par un épais lierre. Un des volets est ouvert au rez-de-chaussée. Par les vitres poussiéreuses, elles aperçoivent des tableaux aux murs, des meubles recouverts de draps, un cheval à bascule à la peinture écaillée. Dans son journal le soir même Daphné écrit jusque tard dans la nuit :

           "Je suis complètement sous l'emprise de Menabilly."

 

          En1929 elle revient à Fowey avec sa famille et des invités. Elle n'aura de cesse d'entraîner les jeunes filles sur les chemins de la forêt. L'appel de Menabilly est toujours aussi envoûtante. Des heures de marche avant d'atteindre la maison. Une lucarne est mal fermée. Et si elles pénétraient dans le manoir ? Daphné ne peut résister à l'idée de voir l'intérieur et c'est elle qui ouvre le passage et saute la première.

          Un silence sépulcral, des murs tapissés de toiles d'araignées, des plaques de fongus brunâtres dans chaque recoin, des sols poussiéreux, des couloirs sombres et humides. Le cheval à bascule est toujours là. A côté, une grande salle à manger, plus loin une bibliothèque avec des centaines de livres.

 

          Quels sont les secrets de Menabilly ? Que s'est-il passé entre ces murs ? Pourquoi Daphné est-elle autant touchée ? Les autres jeunes filles n'apprécient pas l'impression d'abandon, ni le silence, ni les ombres. Daphné voudrait rester encore, monter le long escalier de bois, toucher les vestiges du papier peint écarlate qui se décolle et rappelle les rhododendrons.

          Tandis qu'elle s'éloigne après avoir attaché soigneusement la petite fenêtre, un énorme hibou blanc s'échappe de l'étage supérieur et la fait sursauter.

 

          Tout au long de la soirée, Daphné ne parvient pas à chasser de son esprit les images de la maison. Pourquoi est-elle possédée par un passé qui n'est pas le sien, hantée par la mémoire des murs d'un manoir abandonné ?

 

          En un mois son roman Rebecca se vend à 40 000 exemplaire ! En 1943, Daphné a trente six ans. Les droits d'auteur affluent. Il n'y a qu'une seule chose qu'elle voudrait s'offrir : Menabilly.

 

          Puisque la demeure n'est pas à vendre, elle demande à la louer. Le propriétaire accepte. Le notaire la met en garde, la toiture menace de s'effondrer, pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de chauffage.

          Qu'importe ! Six mois de travaux et Menabilly va revivre. Daphné vibre d'un amour déraisonnable. Est-ce mal d'aimer la pierre comme si c'était une personne ?

 

          Une maison qui n'est même pas la sienne. Qu'importe, c'est elle qui vivra ici à présent et cela pendant vingt ans.

 

          Cela fait maintenant dix-sept ans qu'elle vit sous ce toit, comme si le manoir lui appartenait. Mais le propriétaire vient de mourir, il a légué le domaine à son neveu. Que faire, si Philip Rashleigh qui n'a que la trentaine souhaite s'y installer plus tôt que prévu ? Daphné sait qu'elle doit s'y préparer.

 

          La mort de son mari en mars 1965 lui  fait gagner quatre ans avant de quitter Menabilly. C'était ici, elle le savait qu'elle avait été la plus heureuse. Quitter "Mena" c'était mourir un peu.

 

          Elle s'installera au manoir de Kilmarth au bord de la mer, et ce sera sa dernière demeure.

 

          Elle avait écrit pour la revue Marie-France dans le numéro d'avril 1966 :

 

          "J'aimerais dire à ceux qui subissent un deuil ( je parle en mon nom, de ma propre expérience) qu'il faut envisager chaque jour comme un défi, une épreuve de courage. La douleur viendra par vagues, pour une raison inconnue, et certains matins seront pires que d'autres. Acceptez cette douleur. Ne luttez pas contre elle. Ne la dissimulez pas, surtout à vous-même."

 

          Ce livre de 400 pages fourmille de détails de l'ensemble de la vie de Daphné du Maurier jusqu'à sa mort. Tatania de Rosnay  a eu accès à de nombreux documents et a remis ses pas dans ceux de cette femme étonnante, et l'ouvrage contient plusieurs  photographies en couleurs très intéressantes. Un livre que l'on prend plaisir à reprendre pour relire certaines pages et qui donne envie de se replonger dans la lecture des romans de Daphné du Maurier.

                                                 

          Rebecca a été de nouveau édité avec pour la première fois la quarantaine de pages jusqu'ici censurées.

 

Hécate.

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 13:04
Interlude 18: Litanie d'une folle

LITANIE D’UNE FOLLE

 

C’est l’histoire d’une pauvre fille qui est devenue folle et qui attachée sur son lit parle avec des ombres, mais surtout à une amie qu’elle a beaucoup aimée, tandis qu’une autre amie, Marie, veille sur elle.

 

 

Marie, pourquoi tout ce gris

Au creux de mon âme qui s’ennuie ?

Marie, qu’as-tu fait du bleu

De mes grands jours merveilleux ?

Je ne vois plus autour de moi que flétrissures.

Oh ! Marie ! vois-tu dans mon cœur cette béante blessure,

Marie !… pourquoi cette interminable pluie

Et dans le jardin toutes ces fleurs pourries ?

 

Pourquoi tout ce noir, tout ce noir

Où se noie mon incertain désespoir ?

Marie, pourquoi fermes tu les volets ?

J’aime tant sur mon lit, du soleil la clarté !

Donne-moi un morceau de beau ciel

Donne-moi un rayon couleur de miel

Marie, donne-moi… oh ! Marie…

Que fais-tu ? Je ne suis pas folle Marie !

Je veux partir à la recherche du bleu,

Tu sais, ce bleu couleur de ses tendres yeux.

Tu ris, Marie et moi je pleure…

Ne ris pas de mon incompréhensible douleur…

Ecoute, Marie. Ecoute… N’entends-tu pas une chanson ?

Oh ! écoute… Non, c’est toi qui es folle, j’ai toute ma raison !

Ecoute donc ! C’est sa voix… sa voix, oh ! Marie !…

Tu vois, elle me sourit… Marie ! elle me tend les bras !

 

Laisse-moi Marie, laisse-moi ! Ne la renvoie pas !

Marie, qu’as-tu fait ? Je ne la vois plus…

Pourquoi as-tu refermé la porte de la rue ?

Pourquoi as-tu tiré tous les rideaux, Marie ?

Il fait noir ! Donne-moi du bleu et renvoie tout ce gris !

Mais ne t’en va pas ! ne t’en va pas ! reste là !

Tu me dis que tu es toujours là…

Mais je ne te vois plus Marie ! J’ai peur !

Marie, je sens que se brise mon cœur !

Marie tout est noir, tout est sombre !

Marie ! ouvre les rideaux, renvoie ces ombres !

N’entends-tu pas mes sanglots qui t’implorent…

Laisse-moi partir laisse-moi la revoir encore.

Pourquoi as-tu attaché mes mains, Marie !

Je ne pourrais plus caresser ses cheveux chéris.

Mes mains ! elle aimait mes mains… Marie !

 

Enlève-moi cette corde, elle me fait mal. Oh ! Je t’en supplie.

Marie, aie pitié de moi ! Dis Marie, tu te souviens

Nous nous promenions avec ton petit chien,

Elle riait !… Oh ! Marie elle riait si bien…

Marie, tu n’as rien oublié, tu te souviens ?

Mais parle ! Dis-moi quelque chose ! Marie ! Marie !

Regarde ce sang sur mes mains : enlève cette corde rougie

Je serai sage Marie, je te le promets, je t’en prie…

Je n’en puis plus ; j’étouffe avec tout ce gris

Oh ! le bleu de ces yeux, c’était ma Vie !…

Elle me prenait dans ses bras, Marie

Et là, j’étais bien… Oh ! elle me sourit…

Elle revient ! Je suis si bien Marie !…

Oh ! ma tête, Marie, elle me fait si mal soudain

Je ne vois plus…Je ne vois plus rien…

Tout s’endort… il me semble sombrer dans un gouffre.

 

Je ne me souviens plus… Oh ! Marie, je souffre !…

Je souffre… oui, et sans savoir pourquoi…

J’ai besoin Marie, de fouler l’herbe des prés. Et toi ?

Je voudrais respirer l’air pur ! Oh ! l’air pur…

Et me noyer dans le bleu du ciel, le bleu si pur…

Marie, laisse-moi partir… Marie, partir…

Il n’y a plus qu’une porte à ouvrir !

Mais mes mains sont liées !

Marie, je t’en prie aie pitié !…

Oui je sais !… cela t’est bien égal

Que je souffre d’une douleur infernale…

Tous les humains sont ainsi…

Tous de la souffrance des autres ils rient !

Et c’est pour cela que je ne t’en veux pas, Marie…

Mais enlève-moi tout ce gris…

Je sais Marie que j’étais folle ! Mais c’est fini !

J’ai retrouvé ma raison et je sais qu’un jour

Je la retrouverai là-bas pour toujours.

 

N’entends-tu pas la douce musique ?

Oh ! mon Dieu, il me semble respirer ces sons angéliques.

Oui, je la retrouverai dans le paradis !

Oh ! tu peux rire ! je sais que je la retrouverai Marie !…

Je suis heureuse, si heureuse… je la vois !

Ne dis rien, elle repartirait sans moi.

Car, Marie, je vais partir, partir

Et il n’y aura pas de porte à ouvrir.

Pas de mains à délier.

Mon corps que tu retiens prisonnier.

Je t’en fait cadeau,

Car là-haut il y a bien plus beau…

Je sens mon âme qui danse

Et c’est le bonheur qui donne la cadence.

Oh ! toutes ces âmes Marie !

Si tu savais combien elles sont jolies !

Elles ont des reflets bleus comme le ciel radieux

Des reflets bleus comme ses doux yeux.

Comme c’est étrange, je te vois dédoublée…

Chut !… ne dis rien, je vais tout te raconter :

Tu es debout derrière d’énormes grilles

Et tu pleures ta liberté avec d’autres filles.

Voilà qui est bien ! tu seras punie

De m’avoir tenue toujours attachée sur mon lit !

Tiens, il fait sombre, quelle heure est-il, est-ce la nuit ?

Tu me dis qu’il est midi !

Pourtant on se croirait au soir, tout est si noir.

Je ne te vois plus, mais je sens ta main, c’est bizarre…

Je ne sais plus ce que je t’ai dit…

T’en souviens-tu, toi, Marie ?

Je vois des choses, oh ! tant de choses !

Dans la chambre se promènent des guirlandes roses.

Tu dis que je rêve ! oh ! Marie, c’est toi qui dors !

Cela me fait de la peine pour toi encore

Car tu perds à nouveau la tête

Et tu ne pourras pas aller à la fête.

 

Tiens ! voilà le médecin en blouse blanche

C’est pour toi qu’il vient, c’est étrange.

  • Oui docteur, je lui ai attaché les mains

Car elle veut sortir tous les matins.

Elle dit qu’elle veut du bleu.

Elle soupire que tout ce gris l’ennuie

Ah ! quelle misère ma pauvre Marie !..

De plus en plus elle déraisonne.

Oui, c’est midi qui sonne.

Dites-moi Docteur est-ce vraiment de la folie ?

Oui, je soignerai ma chère Marie.

Mais que faites-vous ! Ce n’est pas pour moi la camisole !

Non, Docteur, je ne suis pas folle !

Dis-lui que je ne suis pas folle Marie !

Dis-lui que je ne veux pas de l’hôpital Marie !

Marie !… Je ne suis pas folle, je ne suis pas folle !

Marie, pourquoi tous ces bruits ?

Pourquoi tous ces cris ?

Marie, pourquoi tout ce gris

Au creux de mon âme à l’agonie ?

Marie, qu’as-tu fait du bleu

Du bleu de mon rêve merveilleux…

 

 

Hécate.

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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 11:46
Vue de ma chambre durant mon hospitalisation.

Vue de ma chambre durant mon hospitalisation.

Tout d'abord un grand merci pour tous vos messages d'amitié. Je suis de retour chez moi encore trop affaiblie pour aller déposer quelques mots chez vous. Cela se fera progressivement.

Entrée aux urgences le lundi 11 mai, j'ai eu ensuite une chambre avec vue sur le soleil levant. Voir le ciel, regarder passer les nuages, un réconfort dans les heures les plus éprouvantes.

C'est cette photo que je viens partager avec vous.

Hécate

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 17:45

Suite à une hospitalisation très soudaine et imprévue de votre amie Hécate.

Elle espère que vous allez bien.

Là, où elle est elle n'a aucun moyen de communiquer par internet.

Elle vous dit à bientôt pour de nouvelles aventure plus agréables.

ps: je lui communiquerai vos éventuels messages.

Quelques news ... ... ...

Hécate vous remercie de tous vos messages de soutien.

Bonjour

Hécate à eu pour commencer une infection urinaire qui s’est propagée très rapidement aux reins (2 jours) puis à commencer à atteindre le foie et ensuite les poumons. Après deux jours passé aux urgences elle à était transférée au service d’oncologie médicale.

Elle est sous oxygène et perfusion depuis lundi soir avec des pics de températures régulières (40°) et une forte baisse de la tension (8) la tension se stabilise depuis trois jours et elle est presque redevenue normale. Hier elle à subit une ponction pulmonaire pour retirer l’eau qu’elle à dans les poumons. Son moral est fluctuant mais elle lutte bravement. Elle peut de nouveau s’exprimer à peut près correctement (son élocution était très hachurée) mais elle reste faible.

Aujourd’hui la fièvre commence à lâcher prise (enfin !). Elle ne peut pas encore lire très longtemps donc elle se contente de magazine.

La belle (Hécate) vous souhaite à tous, le bonjour.

La Bête.

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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 16:54

Le Chant, d'Achille

de

Madeline Miller

 

            "Ce ne sont encore que des enfants : Patrocle est aussi chétif et maladroit qu'Achille est solaire, puissant, promis par da déesse de mère à la gloire des immortels. En grandissant côte à côte, l'amitié surgit entre ces deux êtres si dissemblables.

Indéfectible.

            Quand à l'appel du roi Agamemnon, les deux jeunes princes se joignent au siège de Troie, la sagesse de l'un et la colère de l'autre pourraient bien faire dévier le cours de la guerre... Au risque de faire mentir l'Olympe et ses oracles."

 

            "On dirait que toute ma vie n'a été qu'un travail de recherche en vue de ce livre " dit Madeline Miller jointe par Le Monde des livres au téléphone dans le Massachusetts où elle vit.

 

            Elle avait cinq ans lorsque sa mère commença à lui lire L'Iliade et l'Odyssée . "Je trouvais ça absolument fascinant et ne pouvais pas m'en lasser."

 

            Et, moi, dans mon enfance j'ai souvent rêvé sur les héros de l'Antiquité en regardant les pages illustrées du dictionnaire de mes parents... Au fil des jours et des ans mon attrait pour la Mythologie à continué au hasard des lectures, poésies, films, tableaux...

 

            J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre où c'est Patrocle qui raconte son enfance, puis son exil et la naissance de son amitié pour Achille. Ayant provoqué la mort d'un garçon sans le vouloir, Patrocle fut condamné à quitter son pays afin d'être élevé dans le royaume d'un autre.

 

            " En échange de mon poids en or, on m'y éduquerait jusqu'à l'âge adulte. Je n'aurais ni parents, ni nom de famille, ni héritage. A notre époque, la mort était préférable, mais mon père était pragmatique. Cette solution représentait une dépense moindre en comparaison aux somptueuses funérailles que ma disparition aurait nécessitées.

 

            Voilà comment je me retrouvai orphelin à dix ans. Voilà comment j'arrivai à Pthie. Pélée son roi, était l'un de ces hommes aimé des dieux : sans être divin, il était intelligent, courageux, beau, et aucun de ses pairs ne pouvait égaler sa piété. En guise de récompense, nos divinités lui avait offert une nymphe des mers pour épouse, une marque d'honneur suprême."

                                             

            Chaque apparition de Thétis est saisissante, longs cheveux noirs, peau brillante et lumineuse d'une pâleur improbable comme si elle absorbait les rayons de la lune, une odeur d'eau de mer et de miel brun, une voix rauque et râpeuse...Une bouche comme une entaille rouge, pareil à un estomac éventré pour un sacrifice, sanguinolent et prophétique, des dents aussi pointues et blanches que l'os.

 

            "Ce sera un dieu , proclama-t-elle. A court de mots, je gardais le silence. Elle se pencha en avant, et je crus presque qu'elle allait me toucher. Evidemment, elle n'en fit rien.

-Comprends-tu ? "

            Achille avait prévenu Patrocle que sa mère détestait devoir attendre.

"- Oui.

- Parfait.

            Comme pour elle-même, elle ajouta avec désinvolture.

- De toute façon, tu seras mort bien assez tôt.

             Sur ce, elle se retourna pour plonger dans les flots sans laisser la moindre vague derrière elle.

Tu seras mort bien assez tôt. Elle avait prononcé cette phrase froidement, d'un ton factuel. Elle ne voulait pas que je sois le compagnon de son fils, mais je ne valais pas la peine d'être tué. Pour une déesse, quelques décennies de vie humaine représentaient à peine un inconvénient. Elle souhaitait qu'il devienne un dieu. Pour elle, c'était simple, une évidence. Un dieu. Je ne pouvais pas imaginer Achille ainsi. Les dieux étaient insensibles et distants, aussi lointain que la lune. Ils n'avaient rien à voir avec ses yeux vifs, la chaleur malicieuse de ses sourires.

 

            Pélée avait souvent encouragé Achille à choisir des compagnons. Or durant des années, son fils n'avait pas manifesté d'intérêt particulier pour un seul d'entre eux. Et voilà qu'il avait octroyé cet honneur à celui d'entre nous qui avait le moins de chance de le recevoir, tout petit, ingrat, et probablement maudit qu'il était .

                                       

            Notre amitié s'épanouit tout à coup à la manière des inondations printanières qui dévalent des montagnes...Un jour nous allions nager ; le lendemain nous grimpions aux arbres. Nous nous inventions des jeux où nous faisions des culbutes, ou bien nous nous allongions sur le sable chaud en disant : devine à quoi je pense !...

 

            Avec Achille c'était différent...je n'avais pas à craindre d'être trop bavard. Ni trop fluet, ni trop lent...Il jouait de la lyre de ma mère et je l'écoutais...Il continuait jusqu'à ce que je ne distingue plus ses doigts dans l'obscurité. Je compris à quel point j'avais changé. Car qui peut avoir honte de s'incliner face à tant de beauté ? Cela me suffisait de le regarder gagner, de voir ses talons envoyer voler le sable, d'admirer ses épaules qui se soulevaient et s'abaissaient alors qu'il fendait l'eau salée. Oui, cela me suffisait."

 

            Heures heureuses de l'adolescence de Patrocle et d'Achille où leur affection ne fera que croître, ne se quittant plus ils iront s'instruire avec le Centaure Chiron qui vit dans une grotte de quartz rose.

 

            Bien trop vite viendra la nouvelle qui décidera de leur sort : la reine Hélène, la femme de Ménélas enlevée du palais de Sparte !

 

             "Chiron et la grotte rose me parurent soudain incroyablement loin : une idylle enfantine...Tout le monde disait qu'Achille était destiné à la guerre. Que ses pieds et ses mains si rapides avaient été crées dans le seul but de forcer les imposants murs de Troie.

 

- Si tu vas à Troie, tu n'en reviendras jamais. Tu mourras là-bas alors que tu ne seras encore qu'un jeune homme avait dit Thétis à Achille qui avait pâli.

- C'est certain ?

 

             Voilà ce que tous les mortels commencent toujours par demander avec une incrédulité empreinte d'émotion et de terreur.

- Oui.

 

              S'il m'avait regardé à ce moment-là, je me serais effondré en larmes incoercibles... Le chagrin enfla en moi au point de m'étouffer. Sa mort. Rien qu'à cette pensée j'avais l'impression d'être en train de mourir moi aussi et de tomber comme une pierre dans un ciel aveugle et noir.

 

             Il ne faut pas que tu y ailles! Même si j'étais sur le point de le dire et de le redire des milliers de fois, je me contentai de prendre ses mains glacées dans les miennes... Il savait ce que je ressentais, mais ce n'était pas suffisant. Ma peine était si immense qu'elle menaçait de crever ma peau.

 

            A sa mort, tout ce qu'il y avait de rapide, de beau et de lumineux dans le monde serait enterré avec lui. Quand je voulus prendre la parole, il était trop tard.

 

- J'irai, décida-t-il. J'irai à Troie.

 

            Il incarnait le printemps, doré et éclatant. Lorsqu'elle boirait son sang, la Mort envieuse redeviendrait jeune.

            Il me fixait d'un regard aussi profond que la terre elle-même.

 

- Est-ce que tu viendras avec moi ?

 

             Ah! l'éternelle souffrance de l'amour et du chagrin ! Dans une autre vie, j'aurais peut-être pu refuser, m'arracher les cheveux, hurler, et l'envoyer affronter son choix seul. Pas dans celle-ci. Il prendrait la mer et je le suivrais, même dans la mort. Oui, murmurai-je, oui.

 

             Clairement soulagé, il me tendit les bras. Je le laissai m'enlacer, nous presser l'un contre l'autre de tout notre long, si près qu'il était impossible de glisser quoi que ce soit entre nous."

 

             Même connaissant l'issue de cette longue guerre de Troie et les noms légendaires d'Ulysse, d'Hector, d'Ajax et de tant d'autres, les pages se tournent dans la hâte passionnée de redécouvrir ce qui est advenu, comment Patrocle trouva la mort plongeant Achille dans une terrible douleur...

 

            "Dans l'obscurité, deux ombres tendent les bras à travers le crépuscule pesant et sans espoir. Leurs mains se rencontrent, et quand la lumière les inonde subitement, on dirait que cent urnes dorées déversent soudain leur contenu ensoleillé."

 

Editions Rue Fromentin.

Pocket avril 2015

Hécate

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 10:13

Helmut

Elmut Berger

autoportrait

propos recueillis par

Holde Heuer

 

          Helmut Berger fut considéré comme "le plus bel homme du monde". Luchino Visconti lui fit interpréter des rôles inoubliables aux côtés de Romy Schneider, Elisabeth Taylor, Charlotte Rampling ou Burt Lancaster, des prestations inscrites dans la légende du cinéma. Entre l'acteur et le cinéaste se noua une relation ô combien passionnelle. A la mort du metteur en scène italien en 1976, la carrière d'Helmut Berger décéléra brutalement ; personnalité cinématographique incontournable des années fastes, interprète de personnages sulfureux, fêtard invétéré, Berger finit par être victime de son image et de ses succès. Revenu de ses tourments, l'acteur autrichien se regarde dans un miroir autant que dans les souvenirs. Le résultat en est cette autobiographie épicée, sauvage, où Helmut transgresse tous les tabous.

             

            Il ne cache rien des phases de sa vie extrême, un tourbillon d'anecdotes évoquées avec audace, une sincérité sans équivoque, tour à tour provocante, amusante, émouvante aussi et même pudique parfois.

             

            Dès la première page c'est dit.

             

            "J'ai besoin d'amour ! Avete capito ? Ma vie entière a tourné autour de ce désir d'être aimé.

             

            Ceux qui me côtoient connaissent ma redoutable ambivalence : je peux être l'homme le plus gentil, comme le plus désagréable. Celui qui a fait l'expérience de ce dernier aspect de ma personnalité ne l'oubliera pas.

          Je n'ai pas envie de décevoir mes amis à travers le monde avec ce livre, et c'est la raison pour laquelle je recule devant certaines révélations et j'espère sincèrement que je ne vais pas être condamné pour mes vérités. Parce que au risque de me répéter ce que je veux c'est être aimé. Au plus profond de moi-même je suis timide. C'est d'ailleurs pour combattre cette timidité, pour me sentir plus à l'aise que je prends parfois un verre, ou deux, ou trois. C'est dans ces moments-là qu'il peut m'arriver de réagir de façon excessive.

             

            On pardonne à un homme sincère et qui n'embellit rien. J'y crois. Chacun a ses côtés obscurs, n'est-ce pas ?"

             

            Helmut revient beaucoup sur cette timidité, la plaie de sa jeunesse, et le manque de confiance en lui qui l'amènera à consommer des drogues lui donnant une assurance trompeuse.

             

            Il est né le 29 mai 1944 sous le nom de Helmut Steinberger à Bad Isch. Enfant désiré, son père avait toujours voulu un fils, mais...il n'existera pas de dialogue entre le père et le fils. Une mère qui l'adore, mais sous la coupe d'un mari qui n'écoutait que son ambition.

             

            "Il se montrait extrêmement sévère avec lui-même et avec moi. Il frappait facilement et parfois avec un cintre. Pendant qu'il me battait, ma mère sur le seuil de la porte, pleurait et le suppliait en vain , de laisser son enfant tranquille."

             

            De 7 à 17 ans, Helmut est dans des foyers éducatifs. Puis une année d'internat. Une école de commerce d'où il sera viré six mois plus tard. L'enseignement dans un établissement catholique prodigué par des prêtres eut un effet dévastateur sur sa future vie sexuelle.

             

            "Pendant plusieurs années j'ai souffert de sentiments de culpabilité à cause de mes fantasmes...Il m'a fallu des années pour me débarrasser des effets de cette doctrine. C'était l'enfer."

             

            "Je me fichais totalement de la comptabilité. Mon père insistait pour que je poursuive dans cette voie."

             

            Il ne voulait rien entendre au souhait de son fils qui rêvait de devenir acteur et dont les jeux et les déguisements enfantins avec les habits de sa mère l'avaient toujours répugné.

             

            "Alors, pour me faire passer le goût de la comédie il me battait ! Il voulait m'apprendre que le métier d'acteur était un métier de pauvre. C'est à cette époque que j'ai développé un certain je-m'en-foutisme...Il voulait être fier de moi. Nous étions si différents. C'était un travailleur, pas un fumeur ,ni un buveur.

          Mes succès internationaux au cinéma ne changèrent en rien aux rapports que j'entretenais avec mon père. On s'ignorait. Mais mon enfance n'a jamais nourri aucun désir de vengeance en moi.

             

            Ce n'est qu'avec Luchino Visconti que j'ai appris à avoir confiance en moi, malgré toutes mes contradictions.

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          La presse a toujours écrit que j'avais rencontré Luchino Visconti à Rome ou Ischia. Ce n'est pas vrai."

             

            Au printemps 1964 Helmut s'inscrit à l'université de Pérouse, il travaille à côté comme barman ou serveur. Un examen à venir portait sur les civilisations historiques des alentours. Sur le siège arrière d'une vieille Vespa il part avec un ami visiter des vestiges d'édifices étrusques. Au retour, ils s'arrêtent dans une pizzeria.

        Visconti 

            "Sur la Piazza, nous tombâmes en plein milieu du chaos d'un tournage de film. Le prestigieux réalisateur Luchino Visconti tournait des scènes de "Sandra" avec Claudia Cardinale dans le rôle principal. Je restai planté là à observer le tournage que je trouvais passionnant. Je pensais à mon vieux rêve d'acteur et me voyais déjà jouer dans le film. Dans la soirée le vent se rafraîchit et j'eus froid dans mon tee-shirt à manches courtes, mais j'étais incapable de bouger, comme si on me retenait prisonnier. Comment aurais-je pu me douter que le destin avait déjà jeté les dès ?"

             

            Fasciné par le tournage, il n'a pas remarqué que Luchino Visconti n'a guère cessé de le regarder, et il est aussi déconcerté que surpris quand un des assistants lui apporta une magnifique écharpe grise en cachemire avec de longues franges. Lors d'une pause, Visconti lui adressa la parole et l'invita avec son ami à déjeuner pour le lendemain.

             

            " Durant le déjeuner copieux, le réalisateur ne me quitta pas d'une semelle et son comportement révélait une attirance extrême. En ce qui me concernait, la vanité flattée le disputait à la naïveté de la jeunesse. Ce fut finalement la peur de mes propres sentiments qui l'emporta. Ne voulant pas être un jouet pour Visconti, je pris la fuite non sans lui avoir laissé mes adresses à Pérouse et à Salzbourg...

             

            J'acceptais les cadeaux et les invitations de Visconti  qui suivirent en prenant garde de ne pas laisser mon cœur s'attendrir trop rapidement. Je voulais plus !Mes ambitions désormais étaient le cinéma ET l'amour. La tension monta. Le grand Italien de 32 ans mon aîné, me poursuivit pendant des semaines de ses faveurs. Mais j'étais bien conscient que je ne pouvais pas faire attendre Visconti éternellement. Il fut ma première vraie relation et je le lui dis de suite. Je lui avouai ma candeur timide et ma virginité en matière de relations homosexuelles, même si ce n'était pas tout à fait la vérité...Avec lui, je ne voulais pas être un coup d'une nuit. Nous devînmes un couple à l'automne 1964 et nous ne nous quittâmes plus jusqu'à sa mort , en 1976...

          Une écharpe en cachemire grise finement tissée à longues franges fut à l'origine de ma carrière mondiale et de l'amour éternel qui existe entre mon maître de génie et moi-même, son élève avide d'apprendre, son amant et sa muse en même temps. C'est un amour qui nous lie comme un cordon ombilical invisible au-delà de la mort de Luchino.

             

            Je dois au hasard, une des rares choses non expliquées de notre époque, le bonheur de mon existence."

 

          Tout ne fut pas aussi simple, même si Helmut tenait à avoir une relation durable, à Paris il ne tient pas en place, et la nuit ce sont des escapades nocturnes vers Saint-Germain-des-Prés. Difficile de s'habituer à une vie ordonnée, aristocratique et artistique. Helmut ne tombera totalement amoureux de Visconti que plus tard.

             

            " Ce fut alors moi qui me mis à le courtiser. L'éternel jeu de l'amour ....Moi , j'étais un gémeaux qui ne planifiait rien, n'aimait pas se fixer, et qui n'était mu que par ses désirs et ses rêves. J'étais totalement instable au plus profond de moi-même. Avec Luchino j'avais trouvé un équilibre. Son assurance devint la mienne et son amour me permit de m'aimer moi-même. Quand je pense à tout ce que je dois à Luchino...Avec lui j'ai vécu l'amour, l'adoration, la désinvolture, la peur, la discipline, les disputes, l'énergie, la force.

          Je n'aurais réussi avec personne d'autre. Son exigence de perfection me demandait tout. J'ai dû travailler énormément...( Eh! bien, fixer mes pensées entre les deux pages d'un livre est plus difficile que je ne l'imaginais !...)

Helmut avec foulard bleu

          Avant que Luchino me donne ma première grande chance au cinéma avec "Les damnés" en 1968, j'avais déjà , Dieu merci  eu une expérience avec la caméra. J'avais été choisi en 1967 pour jouer le premier rôle dans Le Portrait de Dorian Gray. Massimo Dellamano , le réalisateur avait vu des photos de moi."

          Helmut s'exprime librement sur sa bisexualité. Marisa Berenson voulait se marier avec lui ,mais voulant faire pression sur lui en jouant à le rendre jaloux, il mit à mal ses plus belles robes du soir en les découpant en lamelles avec des ciseaux ! Les reproches principaux qu'il fait aux femmes c'est de vouloir  se faire épouser et avoir des enfants .

             

            Avec Visconti , le succès de ses films, le monde s'ouvre à lui..." Voir toutes ces choses, être entouré de tant de gens connus  de toutes sortes me fascinait et me donnait l'impression d'être un Autrichien débarqué de sa province ."

 

          L'amitié de Romy Schneider est aussi très présente dans ce livre. "Nous nous ressemblions beaucoup et étions très proches...j'ai beaucoup de messages d'elle affichés aux murs de mon appartement. Elle me consolait comme un petit frère adoré quand je craignais un réalisateur intimidant...je l'ai tellement aimée. Quand Luchino  tomba gravement malade, elle fut tout de suite à mes côtés, me soutint  et m'aida de ses conseils. Bien qu'elle fut en plein tournage, elle rendit immédiatement visite à Luchino à la clinique..."

crepuscule-des-dieux-72-11-g

          Lors du tournage de Ludwig, il y eut des attentes interminables, les scènes étaient interrompues à cause des visites guidées des touristes qui passaient parfois dans les pièces où étaient les acteurs.

          " Lors d'une de ces pauses, à Linderhof, je m'étais assis, l'air impassible, sur un fauteuil en velours qui ressemblait à un trône. Parfaitement maquillé et les cheveux stylisés, nous gardions nos costumes historiques pendant des heures. Craignant la colère de Luchino qu'enrageait le moindre pli, je restai immobile sur mon trône au Linderhof...Je forçais même mes yeux à ne pas ciller. Ma volonté peut être implacable. La discipline prussienne ! Pendant ce temps les touristes- des Américains- admiraient les pièces seigneuriales. Soudain une vieille dame apparut dans mon champ de vision...D'un seul coup, elle tira la manche de mon costume, probablement parce qu'elle aimait le velours et voulait vérifier sa qualité. et là , incapable de me retenir plus longtemps, je roulai des yeux et hurlai "ouaf". La pauvre femme faillit s'évanouir, tellement elle eut peur."

             

            La mort de Visconti fut un choc terrible, une tragédie pour Helmut Berger qui  un an plus tard, le 17 mars 1977 voulus le suivre dans la mort.

             

            "Je croyais, j'espérais le retrouver dans son nouveau monde. Qu'est-ce que j'avais à faire ici sur terre sans lui ?"

             

            Après le décès de Visconti ,parmi ceux qui l'avaient encensés, il y en eut qui le dénigrèrent." Viscontien ,devint une insulte. Alors que les films de Visconti étaient déjà devenus des classiques...Cela me blessa au dernier degré, quand bien même je vécus  les années qui suivirent sa mort comme une cloche sans air. Sans Luchino, je n'étais que la moitié de moi-même...Toutes ses raisons expliquent aussi ma tentative de suicide et les pensées noires qui s'emparaient régulièrement de moi."

             

            A propos de son rôle en 2014 dans le film de Bertrand Bonello sur la vie d'Yves Saint Laurent , il dit :

helmut st laurent

          " Je suis allongé sur mon lit dans la peau d'Yves Saint Laurent âgé et je regarde un film de moi-même, du jeune Helmut Berger...mon jeu est le fruit d'une compréhension tacite entre Bertrand et moi. L'humeur fondamentale d'Yves correspondait absolument à la mienne. Je l'ai bien ressenti."

             

            "Je crois au destin. Il y a des cercles qui se ferment, des expériences et des lieux qui doivent revenir...Je n'ai pas peur de la mort. Mais je crois que quelque chose de nous reste quand nous mourrons.

            Comme le poète Novalis le formula jadis : Où allons-nous? Toujours chez nous ."

                                                                                     

                                                                                                    Hécate

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 16:31

Delvaux

 

De thème à t'aime

 

TRAINS EN VOYAGE

 

J’ai souvent l’âme qui vagabonde

Quand les trains partent en voyage

Sous les ciels tachés par les nuages

En quête de lointains et de lumière blonde.

 

Voyages où tout se perd comme dans un rêve,

Comme un glissement dans un vaste sommeil,

Avec des haltes qui ressemblent à des réveils

Pour mieux plonger dans une fuite sans trêve...

 

Trêves, ces folles arrivées dans les gares

Cirque d’un soir avec tous les clowns de la nuit,

Tous les pas perdus qui se sont fuis,

Sous cette lumière qui danse en paillettes rares...

 

Nocturne fête où tout se casse, où rien ne passe,

Sinon les trains, les grands trains d’oubli,

Mais pas la peur, ni l’espoir qui escorte la vie

Avec tous ces destins inachevés qui se lassent.

 

Et cette solitude qui n’a plus ni toit, ni bagages,

Qui écoute le bruissement du sang dans ses veines

Et ne sait plus que faire de toutes ses peines,

Sinon les suivre, de voyage en voyage.

                                                                                   

                                                                               Hécate.

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