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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 12:02

La femme dans le miroirLa femme dans le miroir

de

Thanh-Van Tran-Nhut

 




            Il y a des jours où l’incertitude et la mollesse du cerveau se liguent à vous attirer vers le premier livre qui titille un de vos vices…

 

            Après avoir ouvert et refermé quantités d’ouvrages sans conviction, un mot accroche, fait appel à une vague réminiscence. Le nom d’un poète, en l’occurrence, Hâfez, quelques phrases teintées d’onirisme et le tout niché sous la première de couverture représentant une vanité, et un titre qui réfléchit…

            Autant d’atouts que de pièges !...


           
Aussi ne faut-il pas compter sur moi pour vous dire si ce roman est bon ou s’il ne l’est pas. Je n’ai cédé qu’a l’attrait de l’intrigue et des ingrédients.

            Une première remarque, le chagrin du héros ne communique pas chez le lecteur un état d’âme démoralisant. Inconsolable ? C’est écrit, de là à ce que ce soit contagieux !...

            Tout veuvage n’est pas deuil éternel, soit !... Cela dérive tout naturellement vers le réjouissant  Mémento Mori  !

            Il y a des histoires d’amour qui commence bien et qui finissent mal, et inversement…

 

            Ce roman m’est tombé comme une fatalité : une vanité, après « Le dernier crâne de M. de Sade » c’était écrit quasiment, dans ma trajectoire louvoyante entre les rayons des présentoirs.

            Dénigrer un livre n’est pas mon but ici. Le dilemme est terrible….

             Il y a des romans qui envoûtent et que tous les critiques assassinent à coup de plume venimeuse. A moins qu’ils ne les encensent excessivement…

 

            Le héros un veuf, prénommé Adrien se trouve embarqué dans une étrange aventure. Attiré par un tableau contemporain où il croit reconnaître le visage reflété dans le miroir d’une vanité datant de plusieurs siècles.


           
« Certes, il ne présentait pas cette atmosphère inquiétante et ambiguë des deux vanités du Hollandais, dans lesquelles chaque objet revêtait un rôle symbolique qui rappelait l’imminence de la mort et la vanité de la vie. Les couleurs sombres avaient fait place à une palette hardie qui jouait volontiers sur les contrastes pour faire ressortir les volumes.

…Ici le pinceau était énergique, donnant d’avantage l’impression de vitalité, malgré la pose alanguie du modèle.

            Pourtant c’était la même femme ! Le sourire énigmatique sur la toile hollandaise s’était transformé en une expression mi-moqueuse, mi-triomphante, moins visible sur ses lèvres que dans les profondeurs de ses yeux »

                          vanité

            Thanh-Van Tran-Nhut affirme avoir voulu aborder un thème fantastique où s’imbriquent le passé et le présent en un récit d’obsession et de manipulations. Si le lecteur s’amusait à faire les mêmes requêtes sur Internet, il trouverait les mêmes réponses. Les liens que le narrateur consulte existent bel et bien dit-elle dans une interview.

            Au cours de ma lecture, mon cœur fut saisi d’angoisse, car ma conscience me murmurait :


-        
« Tu t’égare Hécate…là, tu es le jouet d’un coup de lune désorientée. »

Oui désorientée je l’étais. Hâfez ? Car oui Hâfez est là, partout, entre les lignes, les mots, poète fantomatique et perçant les pages, par le miel, le ciel, les dômes de lapis-lazuli, l’orient de ses roses, mais pourquoi, pourquoi donc cet échanson du vers n’est-il point enfin convoqué ?


           
Ah ! Le talent de Hâfez avait survécu à sa mort (l’auteur insiste) alors n’y allait-il pas avoir au détour d’un chapitre, quelques bribes de sa Poésie, cette bible Persane ?

            Goethe en fut inspiré pour son « Divan », et aussi le peintre iranien contemporain Mahmoud Farschian, (l’auteur insiste vraiment…)

 

            L’espoir persiste, car le roman fourmille de citations et d’énumérations des plus hétéroclites : cinabre, poudre d’or, sang de dragon.


            « - Mais où trouve-t-on encore du sang de dragon de nos jours ?  murmure Adrien dans son sommeil.
Sur le sable de mes songes des fossiles et des coquillages. Cadavres de murex, nautile, porcelaines, cornes d’Ammon avaient fait naufrage près d’un hippocampe mis à nu. »


            Il ne manque presque rien, il y a même l’apparition d’un thanatopracteur et des comparaisons d’embaumement selon les Egyptiens et les Chinois.  

Memento Mori . Rappelle-toi que tu vas mourir.

 

            « J’ai commencé à sortir mes travaux en attente, ce qui me permettait de reprendre pied dans le monde réel. Ainsi devant mon ordinateur ; j’ai fait le tri entre messages personnels et des mails commerciaux, courriers verbaux ou salaces qui promettaient des miracles en tout genre avant d’aller garnir le fond de ma poubelle électroniques. J’ai repris des lectures interrompue, réveillant les monstres momentanément endormis d’un conte fantastique, enterrant enfin le corps raide depuis des mois d’un roman policier. »


             Nous sommes à Paris, au XXI° siècle, l’ère de l’investigation des pigments, de l’infrarouge qui permet la visualisation fouillée d’une œuvre.


-
        
« Voila ce qui m’étonne : cette silhouette se trouvant sous la femme vue de dos. Elle représente non les contours d’une femme, mais son squelette.

Je me penchais en avant, les yeux écarquillés… On voyait bien que le dessin sous-jacent figurait l’ossature humaine, avec les omoplates, les cervicales, alors que la peinture finale montrait le dos droit et ferme d’une toute jeune femme. Chose étrange, l’annulaire de la main qui tenait le miroir semblait inachevé, trop court… Je jetai un coup d’œil sur la toile adossé au mur : le visage se reflétait dans un cadre d’argent vieilli…
            Sous des dehors ordinaires, ces vanités recelaient des secrets que personne n’avait détectés. »

 

            Un peintre peut-il s’être affranchi de ces poussières virevoltantes qui mélangées aux choses du monde et les propulser vers un autre palier de réalité où tout deviendrait possible ? Tel est le thème qui hante ce roman.

 

Vanitas vanitum et omnia vanitas !

 

Hécate. 

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 22:15

Le dernier crâne de M. de Sade
Le dernier crâne
de M. de Sade


Jacques Chessex

 





            On suffoque dès les premières pages l’air manque sous l’étreinte divinement infernale d’une prose virulente.

            Entre ombre et lumière les scènes les plus abominablement obscènes commencent très fort. Damnation !...Nous voici bien dans un voyeurisme tel que l’a fantasmé et mis en scène le plus célèbre et le plus exécrés des libertins : Le Marquis de Sade.

            La crudité époustouflante et naturelle du défunt auteur trousse ici un très étrange, et truculent roman drolatique noir sur les tribulations d’un crâne !... Et quel crâne !!!

 

            Rien de la fin de feu le Marquis de Sade n’est éludée. A demi décomposé, soixante quatorze ans voués aux jouissances sodomites marquant la chair de plus d’une empreinte !

            « …enfermé à vie à l’hospice de Charenton avec les fous, les agités, afin que la société des honnêtes gens soit préservée des idéologies, thèses, inventions littéraires scabreuses et actions perverses et toujours renouvelée de ce scélérat… »

             « Au-dedans ce corps ruiné, la honte des viscères usées, des humeurs louchement infectées ; au dehors une paroles acérée malgré l’infirmité de la bouche, un regard d’azur pur sur les mensonges du monde. »

 

            A croire que Jacques Chessex est allé à Charenton lui rendre de fréquentes visites avant de rendre l’âme à son tour.

 

            « Impossible de lire « Le dernier Crâne de M. Sade » sans penser à chaque ligne que son auteur va mourir et qu’il le sent. C’est un roman crépusculaire et testamentaire »  écrit Jérôme Garcin dans la chronique où il relate comment Jacques Chessex qui relisait la dernière phrase de son livre n’avait plus alors que deux heures à vivre.

 

            « Comme nous sommes las d’errer ! Serait-ce déjà la mort ? »

 

            Livre tragique, traité avec un humour endiablé ! Le docteur Ramon, dix neuf ans a obtenu du docteur Doucet l’autorisation de s’intéresser à la santé de M. Sade. Il s’y attache même.

            « A-t-il pressenti sa fin, proche ? C’est probable. Ramon est intuitif, cultivé, silencieux. – il écoute plus qu’il ne dit – et sa science des écrits de M. Sade fait le reste. »

            Privilège extravagant que de l’avoir rencontré, même en ruine !

            Cette scène se déroule le 20 novembre 1814 à dix heures.
       
« Ce que j’ai à vous dire est grave. Asseyez-vous et écoutez.

 Chambre de M. de Sade. Couleur ambrée de la pièce.

        Je suppose que le docteur Doucet vous a communiqué mes volontés. Il vous a dit que j’interdisais toute ouverture de mon corps ?

        Il me l’a dit, et je ne l’oublie pas.

        Et que j’interdis que l’on dresse une croix sur ma tombe…

Répétez, docteur Ramon. Pas d’autopsie, pas de croix. »
                                                                                                     

             Les choses de la mort vont vite dans les hospices. Pas d’autopsie : Promesse tenue…  « Le fossoyeur creuse la fosse, et la dépouille de M. de Sade, enveloppée dans trois linceuls est descendue à l’aide d’une corde dans la terre dure du petit cimetière de l’hospice… Cimetière des fous. Rectangle d’absence. Tout autour les vols de corneilles tournaient sur les campagnes blanches et vides »

          
            Mais là survient le scandale.

 

           Un abbé arrive avec deux aides et plantent si rageusement une croix « dans la terre remuée qu’elle parait s’enfoncer dans le ventre du mort…l’Eglise qui triomphe d’un cadavre, songe Ramon en se détournant. »

 

           Quatre ans plus tard, remaniement du cimetière de Charenton. Le docteur Ramon est là. Et va commencer la folle péripétie truculente du crâne du divin Marquis !

           « Tandis qu’une fumée soufrée s’élève du trou le jeune docteur extatique s’exclame : – Monsieur le Marquis est vengé !... »

 

            L’extase de Ramon n’en est qu’à ses prémices. Il se penche sur le trou « les ossements de M. de Sade sont parfaitement conservés dans la position où le corps a été descendu là… L’habit de velours a fondu dans le sol, par zones rongées découvrant les os à peine jaunis mais très nets, les tibias maigres, le sacrum solide, les côtes, le fémur, les clavicules dessinées sur quoi règne le magnifique crâne lisse et poli comme un globe d’opaline. Oh ! le sourire de ce crâne, sa belle mâchoire aux forte dents ! Oh ! le volontaire temporal, les maxillaires et le front intacts, les larges orbites profondes…

           Il est une étrange vertu dans les reliques. »

 

           Bien sûr, l’enlèvement le plus romantique se fait. Ramon emporte le crâne sur un linge blanc…et se remémore tous les crânes des saintes reliques… Crâne orné de pierreries et de dentelles… Tous les crânes étudiés dans ses cours de phrénologie, crâne de violeurs, de fous, d’enfants infirmes, d’hommes – loups, de mélancoliques, ou de grandes catins. J’ose à peine dévoiler la description d’une relique de Fribourg où des jarretelles pareilles à des pivoines… …

 

           Toute la seconde partie de ce livre n’est plus que rebondissement de crâne. « Il court, il court le vrai crâne.

           Et le crâne du marquis court. Qui le possède, toutes ces années ?

  Crane phreno[1]

            C’est parce que l’homme est seul qu’il a si terriblement besoin de symboles. D’un crâne, d’amulettes, d’objets de conjuration. La conscience vertigineuse de la fin de l’être dans la mort.

Peut-être faudrait-il regarder la passion d’un crâne et singulièrement d’un crâne hanté comme une manifestation désespérée d’amour de soi, et du monde déjà perdu. »

 

            Les années défilent et les pages se tournent, la lecture atteint un lyrisme somptueux, comme un cygne glissant sur l’eau d’un lac.

 

           « Autour de moi descend un soir de mi-automne, où les choses du songe et du visible trouvent leur résonance exacte. C’est souvent celle de la mort annoncée oubliée… »

 

           Le 9 octobre 2009, Jacques Chessex, a relu pour la dernière fois son œuvre. Son bureau dans sa maison de Ropraz jouxtait le cimetière. Pouvait-il prévoir qu’il allait mourir quelques heures plus tard dans une bibliothèque apostrophé avec éclat par un médecin généraliste et père de famille ?

 

          Jacques Chessex
            « Mort debout et au milieu des livres.  Jérôme Garcin s’indigne : trois mois après la disparition de son plus grand écrivain voici que la Confédération Calviniste brandit l’article 197 chiffre 3 du Code pénal suisse pour dissuader les lecteurs d’acheter « Le dernier Crâne de M. de Sade » mis sous cellophane et frappé du sceau de l’infamie : un macaron précise qu’il est  « réservé aux adultes »… Mais que les bigots prennent garde : Sa littérature le vengera. »

 
                Une délicieuse et malicieuse histoire d’Os.
                Une Vanité rutilante de mille feux soufrés !

 


                                                                                                                          Hécate.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Chessex

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 10:19

Franz Schubert by Wilhelm August RiederLe requiem de Franz

De Pierre Charras

 

       « J’étais persuadé que si j’entendais de la musique au moment de ma mort ce serait un lied. On m’a répété tant de fois que je suis un maître dans ce genre que j’ai fini par le croire. Même si je sais trop bien que je ne suis un maître en rien, mais un élève en tout. A la toute dernière minute, c’est de la poésie qui viendrait voleter autour de ma tête pour que j’invente une mélodie.

            Or c’est une messe que j’entends, pas un lied…

 

            C’est une messe des défunts. Un requiem.

            Un requiem pour qui ?

            Pour moi, bien sûr !

            Déjà !

 

            Je meurs et mon être entier refuse cette réalité. Je la repousse de toutes mes forces. De toutes les forces qui me restent et qui doivent être ridicules.


            Dès le début de mon existence, j’ai tutoyé le ridicule.
»

le requiem de franz couv            Pierre Charras nous livre une voix chuchotant l’âme qui se désincarne, celle de Franz Schubert, simplifiant à l’extrême, ce que fut la vie de ce musicien bohème avant la lettre et qui ne vivait que pour satisfaire le démon intérieur qui le poussait à créer sans la moindre garantie matérielle.

            Les honoraires occasionnels qu’il touchait ne lui permettaient pas de joindre les deux bouts. Et s’il est parvenu malgré tout à tenir jusqu’à trente et un ans, c’est bien parce qu’alors la vie à Vienne était facile et bon marché et grâce à la générosité de quelques amis.

 

            En somme sa vie pourrait se comparer à celle du « Propre à rien » ce héros d’une nouvelle de Josef von Eichendorff, hormis que Schubert s’est contenté de chanter les plus belles chansons comme l’a noté Alfred Einstein dans « La musique romantique ».

 
            «  Toute ma vie, j’aurai couru derrière l’impossible. Derrière la perfection. Si je n’avais pas été bassement humain, on aurait vu l’impossible devenir accessible et la musique recouvrir toute chose. Si, comme l’a affirmé le fameux philosophe chinois, une image vaut dix mille mots, que dire alors de la petite note noire qui semble danser sur la portée qu’on a tracée pour qu’elle s’ébatte avec ses sœurs ? »

 

            Schubert vénérait profondément la poésie et le piano avec lui est devenu l’instrument universel d’une sensibilité, d’un pouvoir expressif, d’une sensualité qui parle en même temps aux sentiments et à l’imagination.

 

            Romantique par son attitude envers les chansons populaires comme nul autre, Franz Schubert compose sur les poèmes de Willem Müller et de Heinrich Heine, des airs qui vont les faire devenir familiers aux lèvres des plus humbles. Tel le Tilleul du « Voyage d’Hiver » et la Sérénade célèbre du « Chant du Cygne ».


            « Mes chants doucement

            Te supplient dans la nuit ;

            En bas, près de la haie silencieuse,

            Bien aimée, rejoins-moi !

            …..

            Entends-tu le chant des rossignols ?

            Ah ! ils t’implorent,

            En une douce et plaintive mélodie

            Ils t’implorent pour moi… »

 

            « Jamais je n’ai composé en état d’ébriété, je me devais d’être sobre. Je le devais à la musique. Mais après, lorsque les notes avaient coulé de moi comme une sueur, lorsque je me trouvais rendu à moi-même, lorsque je redevenais un gros jeune homme ordinaire, je m’ébrouais et traversais la ville pour rejoindre ceux qui m’attendaient :

            D’abord je ne voyais rien, j’entendais seulement leurs cris de joies. Comme si ma présence les sauvait du pire. La buée m’avait sauté au visage et s’était instantanément déposée sur les loupes qui me précédaient en tout lieu. C’était justement ce qui devait me permettre de les reconnaître qui m’empêchait de les distinguer.

            Ma vie même aura été l’égal de ces instants de flottement ; un malentendu. »

 

            « Moi c’est Beethoven que j’aurais voulu être… Et je n’étais rien. Je ne suis rien…

            Cependant je me suis employé, chaque matin à composer. Mais j’ai surtout illustré la mélancolie et la souffrance qui m’habite où que j’aille.


            Partout où mes amis ne sont pas, et le vin. Et Dieu !
           Il a du talent Dieu, mais il n’est pas drôle. Ce n’est pas un ami.


            Les amis je ne les retrouvais pas qu’au café… Il nous arrivait aussi de nous écarter de la ville, pour nous rendre chez l’un chez l’autre, à la campagne. Je m’installais au piano où trônait un verre toujours plein. J’avais beau m’appliquer à le vider, il était toujours plein. Comme par miracle ! Mais c’était par amitié, aujourd’hui je le sais.
 »

 

            Celui qui a tant composé, laissé derrière lui, plus de six cents lieder dont le chanteur et ami, Joseph von Spaun disait : dans cette catégorie, il reste insurpassé…chacun de ses lieds est en réalité un poème sur le poème…, Pierre Charras lui fait avouer :

            « Elle m’aimaient les jeunes filles, comme on aime un petit chien, ou un jouet. Jamais elles n’ont supposé que j’espérais davantage. Qu’un homme se tenait près d’elles. Avec son désir.

 La première qui m’avait donné son corps, ce n’était pas une jeune fille. Pas une dame non plus.  C’était une putain.

            C’est pourquoi je mens lorsque je dis qu’elle m’a donné son corps. Il faut bien avouer qu’elle me l’a vendu. Loué. La seule chose qu’elle m’ait laissée gratuitement, elle ou l’une de ses semblables, c’est la maladie dont j’ai tant souffert et qui aujourd’hui, me tue. »

            C’est Franz Schubert qui m’a amenée à lire ce livre de Pierre Charras. Sa musique, ses lieder… La jeune fille et la Mort M. Scwindécoutés, aimés, ses cordes qu’il a su faire vibrer si profondément, non seulement dans le quatuor « La jeune fille et la mort », qu’illustra Moritz von Schwind à la mine de plomb sur papier jauni et que j’ai vue lors de l’exposition « L’Âge d’or du romantisme allemand» à l’époque de Goethe à Paris, moment d’indicible émotion…mais aussi l’Adagio du quintette pour deux violons alto et deux violoncelles en ut majeur composé l’année de sa mort, où frémit la fiévreuse tendresse d’une inquiétude sans mots !...

 

            Bien sûr aussi me faudrait-il citer « Le Roi des Aulnes » de Goethe, « Le Poteau indicateur » auquel Heinrich Mann devait penser quand il écrivit « La danse pieuse », tant une phrase au début de son roman en est une évidence.

            « Le Voyage d’hiver » plus que « Le Chant du Cygne » est le saisissant testament de Schubert.

 

            « Allons ! Je n’irai plus bien loin

            Avec mon bâton de voyageur.

            Corbeau, permets-moi de connaître enfin

            Ce qu’est la fidélité jusqu’à la mort ! »

                                               (Krähe)


            « Ce n’est pas pour rien que j’ai composé, il y a longtemps un lied sur un poème de Matthias Claudius qui montrait la Mort venant chercher une très jeune fille. J’en ai même tiré un quatuor à cordes, dernièrement.

            Je suis cette jeune fille. 

 

            Bien sûr la mort a toujours été présente dans ma musique, écho exquis d’un mystère intime, derrière la gaîté fragile du violon, au-delà de la danse que commandait l’ivoire du piano, sous les langueurs du violoncelle, mais c’était la première fois, et la seule, je pense, où la mort apparaissait comme un véritable personnage… Et cela dès la blanche pointée initiale, dès le ré. 

            « Je viens en amie », disait-elle « Je ne suis pas cruelle », murmurait-elle, rassurante.

            La mort sera ainsi serrée entre le ré de mon Quatuor et le mi de mon Requiem. Elle sera prisonnière de ma création, captive de ma musique… »


            Pierre Charras est l'auteur de nombreux romans, dont "Comédien", "Dix-neuf secondes" (prix Fnac 2003) et "Bonne nuit, doux prince" (prix des librairies Initiales).


                                                                                                        Hécate.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 18:41

Rictus par Samain-copie-1

                   Jehan - Rictus

 




            Jehan - Rictus est connu pour être le chantre de l’argot, le virtuose de la gouaille où la tendresse trinque avec l’ironie.

 

            Enfant de l’amour né le 23 septembre 1867 non reconnu ni par son père, ni par sa mère, sa vie ressemble à un roman misérabiliste.

            Obligé de quitter l’école à treize ans pour gagner sa vie il exerce mille petits métiers aussi pittoresques que poignants.

            Dès l’âge de dix huit ans il connaît les jours colorés de la misère et s’encanaille dans les faubourgs populaires ; se mêle aux poètes de la bohème Montmartroise. La poésie le tenaille. En ses jours les plus noirs, sans logement, ou hébergés par des amis, il dort dans la rue, où il est ramassé en février 1889 a moitié mort et transporté à l’hôpital Lariboisière. *

            « Les soliloques du pauvre » en disent long. Une tranche de vie des crèves la faim qu’il a goûté.

 

            Remy de Gourmont, le poète des « Oraisons Mauvaises » a écrit :

 

            « Il y avait une rumeur du côté de Montmartre, quelque chose de nouveau surgissait d’entre la foule des diseurs de gaudrioles et de bonne aventure, quelqu’un pour la première fois faisait parler avec un abandon original et capricieux, le pauvre des grandes villes, le trimardeur parisien, le loqueteux en qui il reste du bohème, le vagabond qui n’a pas perdu tout sentimentalisme, le rôdeur en lequel il y a du poète, le misérable capable d’ironie, le déchu dont la colère s’évapore en malédiction blagueuse… 

            Le Socialiste en paletot et le Républicain en redingote lui inspirent un identique mépris et il ne conçoit guère comment les malheureux, doucement leurrés par les politiciens gras peuvent encore écouter sans rire la honteuse promesse d’un bonheur illusoire autant que futur… »

 

 

« Ainsi, r'gardez les empoyés

(Ceux d' l'Assistance évidemment)

Qui n'assist'nt qu'aux enterr'ments

Des Pauvr's qui paient pas leur loyer !

 

Et pis contemplons les Artistes,

Peint's, poèt's ou écrivains,

Car ceuss qui font des sujets trisses

Nag'nt dans la gloire et les bons vins !

 Les soliloques du pauvre

 

Pour euss, les Pauvr's, c'est eun' bath chose,

Un filon, eun' mine à boulots;

Ça s' met en dram's, en vers, en prose,

Et ça fait faire’ de chouett's tableaux »

 

……

 

Et Jehan Rictus n’épargne personne.

 

 

Ainsi, t'nez, en littérature

Nous avons not' Victor Hugo

Qui a tiré des mendigots

D' quoi caser sa progéniture

 

Oh !c'Iui.là, vrai, à lui l'pompon !

Quand pens' que, malgré ses meillons,

Y s' fit ballader les rognons

Du bois d' Boulogn' au Panthéon

 

Dans l' corbillard des « Misérables »

Enguirlandé d' Beni-bouff.Tout

Et d' vieux birb's à barb's vénérables.

J'ai idée qu'y s'a foutu d' nous

 

Et gn'a pas qu' lui; t'nez, Jean Rich'pin

En plaignant les « Gueux » fit fortune

………….

 

Ben, pis Mirbeau et pis Zola

Y z'ont « plaint les Pauves » dans des livres,

Aussi c' que ça les aide à vivre

De l'une à l'aute Saint-Nicolas!

 

Mêm' qu'Emile avait eun' bedaine

A décourager les cochons,

Et qu' lui, son ventre et ses nichons

N' passaient pus par l'av'nue Trudaine

 

Alorss, honteux, qu'a fait Zola ?

Pour continuer à plaind' not' sort ·

Y s'a changé en hareng saur

Et déguisé en échalas

 

            Jehan - Rictus prend soin de noter non sans humour que Zola affligé d’obésité avait du suivre un traitement qui l’avait réduit à rien !

 

            J’avais écrit un article précédemment sur Jean Richepin et ses poèmes sur les gueux, et il m’a semblé savoureux de mettre en lumière ici, le règlement de compte de ces deux gavroches, bien dans l’humeur de l’hiver !

 

            La virulence de Jehan - Rictus est amère, percutante, mais sans haine. Lui-même tente de sortir de sa misère en publiant ses poèmes, il les scande dans les cabarets, aux Quat’z-art, au Chat Noir…

            Décoré de la légion d’honneur en juillet 1933, comme Max Jacob ; le 6 novembre de cette même année il meurt sans aucun héritier.

 

            Il avait dit : « Le vers alexandrin est un cercueil dans lequel on a couché la poésie française ».


           
Remy de Gourmont qui mêlait provocation et mysticisme, succombait à l’odeur de l’encens et des fleurs, a reconnu le talent très particulier de Jehan Rictus qui usait de la forme octosyllabique musicale et dolente.

            « Il a créé un genre et un type, il a voulu hausser l’expression littéraire, le parler commun du peuple et il a réussi autant que cela se pouvait. »

            Et quand Jehan Rictus se glisse dans la peau d’une fille de joie, d’une fille perdue, cela donne :

                                            La Charlotte
                                                    prie Notre Dame
                                              durant la nuit du Réveillon.

* (Je vous invite à lire le commentaire n°12 posté par Christian qui cite des extraits du journal de Jehan - Rictus
                                                                                                           Hécate




Pour en savoir plus sur Jehan - Rictus: http://www.florilege.free.fr/jehan-rictus/#haut 
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 21:15

cettevieCette vie
             de Karel Schoeman.








            « C’est sans importance, plus rien n’a d’importance, il ne reste plus qu’à attendre et peu importe qu’il fasse jour ou bien nuit. »

            « Mais que dis-je ? Les mots se bousculent dans ma tête et voici que seule, dans le noir, j’enfile les mots les uns derrière les autres, des mots que je ne pensait pas connaître, et que j’aligne, des phrases que jamais jusqu’ici, ma langue pâteuse n’a réussi à articuler. Pourquoi ? Mais pourquoi donc ? »

 

            Il y a des musiques dites de silence comme il y a du silence dans l’écriture narrative de ce roman. Une vieille femme se meurt et se souvient…
karel sch

            « Les morts, les morts sont moins morts que moi » dit un vers du poète Milosz…

 

          Milosz l’Enchanteur le lituanien, et Karel Schoeman, l’écrivain Sud–Africain, le désenchanté, qu’ont-ils en commun si ce n’est cette écriture de réminiscence, de solitude et de silence, celle d’un humanisme dépouillé et obstiné.

            Karel Schoeman solidaire du combat des noirs de son pays…


            « Le passé est un autre pays ? Où est la route qui y mène ? »

 
            Car les morts vont se lever et revivre à travers le long monologue d’une vieille femme à la frontière même de « Cette vie », comme si la finalité expliquait enfin et seulement le sens secret d’une existence vécue et coulée dans le quotidien des jours ordinaires.

            Un père qui lisait péniblement des passages de la Bible, savait signer son nom. Une mère jamais même vue avec un crayon à la main.

 

            « En ce temps-là en nos contrées il n’y avait pas d’école, et rares étaient parmi nous ceux qui avaient de l’instruction… »

 

            De nombreux précepteurs dont les noms ne furent pas retenus ont défilés dans la ferme familiale qui au fil des pages va se dessiner aux yeux du lecteur… Autant de tableaux, de scènes où l’éclat des voix viennent briser tout à coup le silence, le bruit du vent, celui des roues d’un chariot, le piétinement des bêtes.

            Une écriture de murmure, où chaque bribe de souvenirs laisse entrevoir le mystérieux comme un coup de vent qui soulève le bas d’une longue jupe sur la bottine d’une femme, révélait la grâce d’une cheville.


           
« Le passé est un autre pays... »

 

            Le 19ème siècle dans le Roggeveld, le vécu des non-dits, comme une braise qui couve au cœur des êtres, « Cette vie » de lambeaux de mémoire, celle qui tâtonne et fouille son passé, avec des sursauts, des élans, des retombées, comme une flamme dans l’âtre d’un foyer…celui qui fut le sien et qui va s’éteindre avec celle qui se meurt.

            Ultime lueur sur un vécu…

 

            « Etait-ce délibérément que les voisins ont recommencé à nous éviter après tous ces événements, ou bien ne se sentaient-ils pas les bienvenus chez nous ? »

            « Les mots ne servent plus à rien désormais, et l’on ne refait pas le passé… »

 

            Fin d’hiver dans le Roggeveld « lorsque les fleurs sauvages, seul luxe qu’ait jamais connu ce pays de misère, surgissaient soudain dans la lumière crue et le vent froid du printemps hésitant. »

            « J’étais seule souvent, et peu à peu au court de mon enfance, la solitude pour moi devint une habitude. »

 
            Une chanson entendue dont remontent les paroles :

« La tristesse et la douleur

   Oh, la tristesse et la douleur

   La plante qui m’en guérira,

   Elle pousse près de la source. »

 

            « Je restai à l’écouter…ce n’était qu’une des nombreuses chansons que Gert fredonnait en permanence en travaillant… »

 

            L’arrivée de Sofie : « Tu es ma petite sœur maintenant ! Elle ne devait pas être beaucoup plus âgée que moi, bien qu’elle fut déjà mariée… » « …dans la chambre il fallait allumer une bougie et Sofie, penchée devant le miroir où elle était en train d’attacher ses cheveux, se retourna vers moi ; dans le demi jour, dans l’ombre, dans l’obscurité de l’eau noire d’un lac, empêtrée dans les plis étincelants de sa lourde robe de satin noir, sa robe de mariée, quelle portait pour la première fois chez nous ce soir là, et tendit les deux mains vers moi. « Petite sœur viens m’aider » murmura-t-elle les yeux brillants d’excitation comme si elle désirait partager un secret avec moi, mais tout ce qu’elle voulait, c’était que je lui attache son collier de perles autour du cou, des perles aussi noires que sa robe qui miroitaient faiblement à la lueur de la bougie. « Ce sont des rubis »…me dit elle, chuchotant toujours… »

« Je n’avais rien vu d’aussi beau… »

 

            « Je ne voulais pas savoir encore… »

           

            « Jacomyn, née à l’époque de l’esclavage était devenue la domestique attitrée de Sofie…elle dormait tantôt dans la cuisine avec la vieille Dulsie, tantôt sur un petit tapis au pied du lit de Sofie… »

 

            « Personne ne m’avait rien dit ou expliqué… »

 

            « J’accomplissais mes tâches sans me poser de questions, sans attendre la moindre explication… »

 

            Dévidement de mots, de confidence proche de la monotonie dont la beauté de la prose soutient l’attention, avec simplicité, sans fadeur, dans l’effleurement de petits détails : filet dorée d’une porcelaine de grand-mère, une neige d’hiver, un troupeau de mouton, des chacals… Un vol de vautour dans un ciel… Le mystère qui se dérobe au détour d’une phrase…

           

« Que savais-je de la vie a quarante ans ? »

 

            Tant de pudeur dans cette intimité qui se révèle au crépuscule de « Cette vie », que c’est à peine si émerge la conscience de la souffrance tant elle a été enfouie dans l’intériorité des conflits que l’approche de la mort autorise.

 

            « Je me souviens que c’était la fin de l’automne, qu’il faisait très froid, que j’était allongée les yeux grands ouverts, contemplant le clair de lune…

            Je sais que je suis restée longtemps étendue ainsi à peser le pour et le contre sachant que c’était là ma dernière chance de fuir cette maison endormie… »

 

            « A la maison comme je l’ai dit, lorsque j’étais enfant, nous n’avions pas de miroir, aussi n’avais-je jamais eu l’occasion de voir mon visage. Dans les dernières années, je réappris à vivre sans miroir – je n’en n’avais d’ailleurs nul besoin, car je savais trop bien à quoi je ressemblais… »

 

            Ce livre publié aux éditions Phébus a obtenu le Prix du meilleur livre étranger.

            Karel Schoeman l’auteur de «La saison des adieux », « Retour au pays bien-aimé », «  En étrange pays » et de tant d’autres œuvres, a reçu des mains du Président Nelson Mandela en 1999 la plus haute distinction Sud – Africaine. En dépit de la reconnaissance de son talent et des multiples récompenses, il demeure toujours ce marginal solitaire et sauvage qui fuit interviews et photos, dans le vieillissement et le dénuement.

Hécate.


cettevie 4ème de couverture 



http://fr.wikipedia.org/wiki/Karel_Schoeman

 

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 17:25

                                                                                                           Encre d'Hécate.



            « Pour échapper à l'oppression morne et terne de l'humidité et du froid, j'avais demandé une flambée de bois dans ma chambre.

……..

Féerie presque irréelle, évocation d'un monde d'où toutes les espèces terrestres sont absentes, inhabitable au végétal comme à l'animal et à l'homme, propice seulement à des créatures mythiques, les dragons et les salamandres. Les bûches s'effondraient en craquant, des bouquets d'étincelles jaillissaient, et de longues flammes dansaient avec une langueur sauvage, tantôt frénétiques de brutalité, tantôt lourdes de mièvres séductions. Elles ne semblaient guidées que par l'esprit fantasque et fastueux du jeu, enchaînées à la misérable agonie des morceaux de bois, et nerveuses comme des captives s'agitant avec toute la grâce d'une lutte inutile entre les mains calcinées de leur bourreau.

……….

La nuit était venue. Il n’y avait pas d’autre lumière dans la chambre que celle du foyer. J'entendais la pluie battre en lourdes rafales contre les vitres, comme si le monde ennemi du feu, celui de la lourdeur, de l'humidité, de la vulgarité molle et sans accent eût menacé et tenté d'étouffer la fragile magnificence du petit brasier. Comparé à ce qui l'entourait, ce feu hostile et inhumain me semblait alors doué de toutes les grâces de l'esprit. Je l'aimais pour sa beauté si brève, pour sa force réduite à l'essence même des choses, pour sa puissance à détruire, comme si une faim mystique l'animait, et un besoin d'absolue pureté le condamnait à effacer, de la terre, tout ce qui ne peut se résoudre en lumière, en énergie. 

……….

            A quoi bon écrire, d'ailleurs, quand il existe d'autres remèdes, plus efficaces, au malaise de vivre? Moi, j'ai tellement écrit que je n'ai plus eu le temps de faire autre chose, et j'ai tout transformé, passions, événements de flammes et de sang, désirs, remords, en une espèce d'herbier où tout se desséchait entre deux feuilles de papier. »

 

« LA FOLIE CÉLADON »

MARCEL BRION (21 novembre 1895 / 23 octobre 1984.)

EDITIONS ALBIN MICHEL

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 15:34










Qui est donc
Barbey d’Aurevilly ?





Qui est donc Barbey d’Aurevilly ?

 

            Un écrivain qui n’eut pas un grand avenir, mais entre tous les gens de lettres de son époque, le plus étrange peut-être, le plus vivant à coup sur, le plus fantasque, le plus coquet d’originalité, feinte ou vraie.

 
            Il entre dans la vie par une porte spectaculaire !

            Jules Amédée Barbey d’Aurevilly  naît le 2 novembre 1808, le jour des morts, lors d’une partie de carte 10 mois après le mariage de ses parents, à St Sauveur le Vicomte dans la Manche. La mère de Jules, intelligente, mondaine est peu affectueuse avec lui. Elle aura quatre fils en quatre ans. Il ne manque pas de dire, en, homme qui a conjointement le culte et l’angoisse des souvenirs « Les spectres de la vie sont les souvenirs ».

 

            Barbey reconnaîtra posséder une mémoire infernale, hypertrophique et que très jeune, il a cherché dans l’écriture une soupape à certaines idées qui l’obsédaient et qu’il a, dans la création trouvé une diversion à un arrachement qui le faisait souffrir.

 

            Il se décrira lui-même dans une lettre adressé à son ami Trebutien comme un homme décrié pour les mœurs fougueuses de sa jeunesse, comme une espèce de fragment mêlée de foudre mêlée à de l’argile.

 

            Non sans raison, il se voit comme une espèce de phénix des inimitiés. Il n’accepte pas seulement de s’être fait des ennemis, il se targue d’en avoir ; le luxe de les braver, et de les mépriser calmement avec délices, comme un dandy toise la bêtise et sourit à l’envie.

 

            D’ailleurs il exprimera son ressenti ainsi :

« Ma parole faisait aux esprits médiocres, escarbouillés d’étonnement, absolument le même effet que mes gilets écarlates… Cela leur donnait des ophtalmies…des jalousies enragées. »

 

            Quelques années plus tard, il semble n’avoir pas varié car on trouve sous sa plume cette constatation :

 « Partout où je parais – à l’instant même – je trouve toute la bêtise humaine ; - une forte armée ! Debout et en bataille contre moi. »

 

            Evidemment si on se ravise aux déclarations du patelin Monsieur Ste Beuve :

« Monsieur Barbey d’Aurevilly est un homme d’esprit, mais un écrivain sans autorité… il est si compromettant que si j’étais bon catholique, je ne me féliciterais pas de l’avoir pour défenseur : ce ne sont pas des défenseurs, ce sont des souteneurs que pareille gens. Un fond d’infection de goût et de mœurs perce à travers tout ce brillant qu’il affecte et tous ces flots d’eau de senteur dont il s’inonde. Il a l’amour – propre puant, il l’a ridicule. Dans un temps où rien ne paraît plus ridicule, il a trouvé moyen de le redevenir. Un homme sensé rougirait de traverser Paris avec lui ; même en temps de carnaval ! »

 

            Barbey toute sa vie demeurera outrancièrement Jeune – France et il s’en glorifie. Il affiche, non seulement un choix de couleurs provocantes et propres à épater le bourgeois, mais encore un luxe de produits de beauté qui étonne l’œil autant que l’odorat. Goncourt exaspéré a noté d’une plume assassine :

 « A 67 ans, il apparaît comme un personnage de Byron, un Lara joué à Montparnasse…. Les conceptions esthétiques de Barbey, choquent le goût du jour. »

 

Mais qui est donc Barbey d’Aurevilly ?

            « Vous êtes un beau palais dans lequel il y a un labyrinthe »
lui dira dans un salon, Eugénie de Guérin. Formule saisissante, que Barbey a parfois retournée quand il la citait, mettant le palais dans le labyrinthe. N’a-t-il pas ajouté dans des écrits intimes « que ce palais était également un hypogée, et que dans son labyrinthe très souterrain mainte porte donnant sur le passé a été un jour condamnée par le taciturne châtelain, que bien des issues vers l’avenir, elles aussi, se sont éboulées… Ce ne sont point des images à plaisir. »

 

Qui est donc Barbey ?

 

            Tout d’abord un enfant mal aimé de sa mère, qui lui préfère ses trois frères. Il se voit laid, lui qui aura toute sa vie le culte de la beauté sous toutes ses formes.

« Une éducation compressive avait pesé sur moi sans me briser », écrira – t – il.

            Précoce sur le plan de la sensibilité et de l’écriture. Fier et passionné, solitaire aussi, révolté contre Dieu qui a permis la laideur.

 

            A douze ans, il discute spéculation et métaphysique avec son cousin de 19 ans. Et déjà il s’enflamme d’amour pour sa cousine et lui compose un ardent poème. Ce premier émoi est si intense qu’il ne pourra jamais l’oublier.

            Comme ses trois frères, Jules Barbey est confié à un précepteur en 1816, son admission dans une école militaire demandée par son père ayant été refusée. Ensuite, il semble qu’il poursuive ses études au collège de Valognes. Il habite alors chez son oncle, esprit hardi et vigoureux qui l’aide à se libérer de l’influence paternelle.

 

            A 21 ans, ce seront des études de droit à Caen. A 25 ans, il part pour Paris en dépit de l’opposition familiale. Il a hérité de son parrain. Il part donc quand même, avec l’idée d’être journaliste et écrivain. « Rien de ce qu’écrit Barbey n’est barbant ! » dit-il lui-même. Hélas… il brûle par dépit un volume de vers que personne ne veut publier. Ses poésies, seront rares, pareilles à des gouttes de sang…

            Il note dans son mémorandum, en 1836 que « tordre le cœur épuise les larmes de l’enfant ».

 

            Très vite il se reconnaît sensuel, d’imagination comme de sang. Il a, par hasard, un jour lu Byron. C’est une fraternité qu’il trouve auprès du créateur de Manfred, de Lara, du Corsaire. Que de fois il se référera à Byron pour son propre comportement, la sublimation de ses états d’âme.

 
            L’année 1830 est celle de la grande épreuve sentimentale et passionnelle de sa vie.
            Il rencontre Louise Cautru des Costils, une jeune fille de 19 ans fiancé à un homme de 13 ans plus âgé qu’elle. Durant huit années, cet amour va hanter, labourer l’âme de Barbey.
            Le charme, les éblouissements, les angoisses et les renouveaux de cet amour pénètrent sans cesse les journaux intimes.

 

            La famille Barbey est finalement instruite par des âmes charitables du scandale de cette liaison. On somme le fils pervers de partir se faire oublier à Paris. (Il faisait à ce moment des études de droit à Caen). Deux fois il sera reçu au château conjugal. 

            Le début de cette liaison est marqué de révoltes frénétiques tant les deux amants se heurtent à tous les murs de leur cachot social. Blessé ulcéré que Louise ne parte pas avec lui sans réfléchir ni hésiter à tout laisser pour lui, Barbey laisse l’amertume transparaître à travers ce qu’il écrit. Sans cesse entre doute et ravissement. Barbey est emporté, extrêmement passionné. Louise est blessée à son tour dans sa fierté par les reproches.

 

            La souffrance est trop violente, pour Jules Barbey. En mars 1838 il écrit :

 « Reçu une lettre d’elle qui s’afflige de ne pouvoir venir. – La vie pour un jour, un seul jour avec cette femme est-elle donc à jamais impossible ? »

 

 

            Du 11 au 19 septembre, Barbey interrompt son journal intime. Quand il reprend, après la rupture c’est pour noter :

« Le souvenir se charge du passé et nous emporte l’image. La dernière chose que j’estimais dans cette âme y a été brisée et flétrie ; je suis plus libre, mais à quel prix ? »

 

            Il va traverser une période amère ou il fustige le règne de la femme et tient des propos misogynes. Il est cinglant.

 « Les femmes s’attachent comme des draperies, avec des clous et un marteau. »

 

            Barbey va se murer et compléter son système de défense, à l’égard des hommes et du monde. Adhérant au dandysme, car le dandy est un être que son ironie rend secret, invulnérable, il jette sur le papier que « l’ironie est un genre qui dispense de tous les autres », il signe même une lettre, est ce par jeu par prescience ? « – Votre ami, le prince des ténèbres ».

 

            Sa vie s’écoule partagée entre la Normandie et Paris, entre publications et articles dans divers journaux. Sa santé trébuche, se relève. Il tient bon, tantôt reclus, tantôt sortant très tard.


            Barbey est toujours trop ! Trop conservateur en politique, trop diabolique dans ses romans, trop provocant dans son apparence, trop éblouissant quand il parle, et même trop généreux tant il sait se dépenser pour ses amis. Sous le masque effrayant qu’il se compose se cache un cœur d’or. Difficile de concilier les amitiés. Une brouille avec Trébutien, son ami depuis 7 ans survient. Stupidement Barbey a trop insisté pour la publication des poèmes de Maurice de Guérin chez un bon éditeur. Il défendra « Les fleurs du mal » et plaidera pour Baudelaire, comme pour lui.

 

           En 1851, publication « d’Une vieille maîtresse » Trébutien réagit. Barbey fulmine :

« Ah ! La Vellini ne vous plaît pas ! Le catholique n’accepte pas la bohémienne, baptisée pourtant ! Et vous avez vu du danger dans tous ces tableaux. Le catholicisme est la science du bien et du mal. Il sonde les reins et les cœurs, il regarde l’âme : c’est ce que j’ai fait. »

 
            Il va rencontrer la baronne Emilie de Bouglon, 30 ans veuve depuis 2 ans, mère de deux enfants. L’ange blanc la madone du missel, n’a dit-elle, jamais aimé.


            Barbey va demander en mariage l’Ange blanc. Mais il ne veut pas se marier tout de suite. Il ne veut rien devoir et tient d’abord à rembourser ses dettes. Madame de Bouglon est une amoureuse des plus pondérée. Femme mûrissante et réaliste partagée entre sa tendresse et l’avenir de ses enfants. Elle ne se donne pas à Barbey. Son scepticisme en matière de sentiment va désormais se condenser :

« Saigne, saigne mon cœur… saigne ! Je veux sourire. Ton sang teindra ma lèvre et je cacherai mieux dans sa couleur pourpre et dans ses plis joyeux la torture qui me déchire. »

 

             En 1862, les fiançailles sont compromises. La tristesse de perdre sa fille nouvellement mariée, lui fait, dit-elle repousser ce projet à plus tard. Les moyens financiers de Barbey baissent. Il cache ses besoins sous l’insouciance dans les salons. Il s’adosse à une cheminée sa pose favorite soit vêtu d’un habit noir rehaussé d’une mousseuse cravate de dentelles, soit en grande tenue c'est-à-dire pantalon noir, collant, gilet très évasé en velours bleu ciel. Parement de l’habit en velours noir. Cravate de satin blanc bordée d’une dentelle d’or. Même dentelles aux manchettes de sa chemise, quand aux boutons, simulant le diamant, ils sont si gros que un de ses contemporains le voyant ainsi s’exclame :

« Mon cher, ils sont si gros…si gros que…même en strass ce serait une fortune ! »

 

           A 74 ans, il n’hésite pas encore à se vêtir ainsi. Tout autre que lui serait ridicule en cet accoutrement. Lui est superbe ; même si les opinions sont diverses. Avec sa silhouette élancée et fière, son expression hautaine et perçante, il apparaît plus séduisant qu’autrefois. La coexistence de sérieux et d’extravagance ajoute à son impressionnante prestance.


            Quand il a rencontré Louise Read, il avait 70 ans et elle 35. De suite elle s’enthousiasme comme une jeune fille. De sa générosité, de son esprit étincelant. Elle se propose comme secrétaire Barbey n’est pas pressé. Progressivement elle va s’occuper de tout. L’ancien dandy si exigeant est devenu facile à vivre. Il est pauvre, mais homme d’honneur.

 

            Depuis 1860 par économie, il vit au 25 rue Rousselet à Paris, dans un modeste appartement de 2 pièces qu’il occupera jusqu'à sa mort. Les milieux catholiques lui font toujours des difficultés, l’archevêque de Paris interdit de mettre en vente l’édition « d’Un prêtre marié ». Barbey ne s’en étonne pas :

« Quand on est catholique, on ne doit compter que sur Dieu seul ! »

 

            A 80 ans il s’amuse encore beaucoup de flirts platoniques. Il est si bien conservé. Il fait tout pour l’être. Il possède une physionomie ruinée et superbe. Son front est large, le nez impérieux comme un bec d’aigle, la bouche amère au repos, mais très vite sinueuse d’une parole éloquente et précieuse, rire sifflant ou sonore sans vulgarité !

 

            Quand elle apprend que celui qu’on à surnommé tour à tour, le Connétable des lettres, le Prince des dandy, le Roi des ribauds, le Pirate passionné, est malade, Madame de Bouglon se remanifeste… pensant surtout aux droits d’auteur.

 

            Elle redoute que Louise Read intrigue. Atterré, Barbey fait un testament officiel. Il lègue propriété de ses romans à Raymond de Bouglon. A Melle Read tout le reste ! Madame de Bouglon s’y oppose. Il ne s’agit pourtant que des droits d’auteur, Barbey est pauvre. Un ultime testament de Barbey désigne Louise Read comme légataire universelle.

 

            La baronne furieuse écrit à Barbey qu’il est un homme finit. Celle qu’il nommait son Ange blanc donnera  le coup de grâce. Barbey reçoit d’elle un télégramme et tombe terrassé par une hémorragie. Personne ne connaîtra le contenu du télégramme, Louise Read prétendra l’avoir brûlé. Vomissants du sang, entre deux syncopes Barbey trouve l’élégance de lire des vers, de raconter des histoires.

            Il meurt au matin du 23 avril 1889.

 

            « L’amour ne sait que se regarder dans les yeux qu’on aime » avait noté Barbey, toute sa pensée tournée vers son Ange blanc. Hélas, la baronne refusera de venir lui dire un ultime adieu. Son cercueil est déposé dans le caveau des Reads, avant d’être transféré près de son frère Léon à St Sauveur.

 

            Louise Read finira les publications et se dévouera à sa gloire.


            Ce même mois d’avril 1889, alors qu’il corrigeait les épreuves d’un poème en prose écrit 54 ans auparavant, il ajoute une note essentielle pour bien le comprendre finalement :

« Quand il écrivit ses pages l’auteur ignorait tout alors de la vie. L’âme très enivrée alors de ses lectures et de ses rêves, il demandait aux efforts de l’orgueil humain ce que seuls peuvent et pourront éternellement –  Il l’a su depuis – deux pauvres morceaux de bois mis en croix. »

 

            Il avait répondu ainsi en 1854 lorsqu’il fut sollicité par Monsieur Dessé qui voulait rédiger un article biographique sur lui :

« Je me soucie peu de la gloire des biographies. La mienne est dans l’obscurité de ma vie. Qu’on devine l’homme à travers les œuvres si on peut. J’ai toujours vécu dans le centre des calomnies et des inexactitudes biographiques de toutes sortes, et j’y reste avec le plaisir d’être très déguisé au bal masqué. C’est le bonheur du masque qu’on ôte à souper avec les gens qu’on aime. »

 

            Barbey demandait d’être vu dans sa vérité. Seule réserve : ne pourront la voir que ceux qui en sont dignes. Les autres,  il les méprise… et essaient de ne pas se désoler de leurs fausses visions.


 

            Lorsque B. d’Aurevilly écrit « Une vieille maîtresse » qui comporte environ quatre cent pages, il vient de vivre une période des plus importantes de sa vie. Une femme dont il tente de se libérer, vraisemblablement au moment où il a commencé à l’écrire…  « Toute la journée se passe étendu sur des coussins devant un feu de démon, travaillant jusqu’au moment où les nerfs de ma tête deviennent des tire-bouchons anglais… ».

 

            Le héros du roman, Ryno de Marigny dandy libertin s’était épris malgré lui d’une femme, la Vellini.  Sur le point de se marier avec la pure Hermangarde, il fait confession de cette passion à sa future belle-mère la Marquise de Flers.


            L’extrait de lecture se situe au moment où Ryno évoque le duel avec le mari de la Vellini, un Lord anglais, et où blessé gravement, va éclore cette passion tumultueuse avec celle qui va devenir sa maîtresse et, qui surgit dans sa chambre où il est confiné… 


 

 

Hécate.

 

Œuvres romanesques :

 

Le Cachet d’Onyx, composé en 1831

Léa, 1832

L’Amour impossible, 1841

La Bague d’Annibal, 1842

Le Dessous de cartes d’une partie de whist, 1850 (reprise dans les Diaboliques)

Une Vieille Maîtresse, 1851

L’Ensorcelée, 1852 (sous le titre de La Messe de l’abbé de La Croix-Jugan), 1855

Le Chevalier Des Touches, 1863

Un Prêtre marié, 1864

Le Plus Bel Amour de Don Juan, 1867 (reprise dans les Diaboliques)

Les Diaboliques, 1874

Une Histoire sans nom, 1882

Une Page d’histoire, 1882 (sous le titre Retour de Valognes. Un poème inédit de Lord Byron), 1886

Ce qui ne meurt pas, 1883

 

Œuvres poétiques :

 

Ode aux Héros des Thermopyles, 1825

Poussières, 1854

Amaïdée, 1889

Rhythmes oubliés, 1897

 

Essais et textes critiques :

 

Du Dandysme et de Georges Brummel, 1845

Les Prophètes du passé, 1851

Les Œuvres et les hommes 1860-1909

Les quarante médaillons de l'Académie, 1864

Les ridicules du temps, 1883

Pensées détachées, Fragments sur les femmes, 1889

Polémiques d'hier, 1889

Dernières Polémiques, 1891

Goethe et Diderot, 1913

L'Europe des écrivains (recueil d'articles rassemblés en 2000)

Mémoires, notes et correspondance

Correspondance générale (1824-1888), 9 volumes de 1980 à 1989

Memoranda, Journal intime 1836-1864

Disjecta membra (cahier de notes)

Omnia (cahier de notes)


 

Mémoires, notes et correspondance :

 

Correspondance générale (1824-1888), 9 volumes de 1980 à 1989

Memoranda, Journal intime 1836-1864

Disjecta membra (cahier de notes)

Omnia (cahier de notes)

 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 12:16

La mort propagande

 

            « …Mon corps est un laboratoire que j’offre en exhibition, l’unique acteur, l’unique instrument de mes délires organiques. Partitions sur tissus de chair, de folie, de douleur. Observer comment il fonctionne, recueillir ses prestations. Toutes mes expressions. Tout ce qui peut en jaillir, gicler. Tout ce qui m’ahurit. A l’issue de cette série d’expressions, l’ultime travestissement, l’ultime maquillage, la mort. On la bâillonne, on la censure, on tente de la noyer dans le désinfectant, de l’étouffer dans la glace.

 

            …Moi je veux lui laisser élever sa voix puissante et qu’elle chante, diva, à travers mon corps. Ce sera ma seule partenaire, je serai son seul interprète. Ne pas laisser perdre cette source de spectaculaire immédiat, viscéral ; me donner la mort sur une scène, devant des caméras… donner ce spectacle extrême, excessif de mon corps en décomposition, jour après jour, éclaté sous le feu, étalé, cloué, exposé, mimant le supplice des cents morceaux dans un jeu de masque chinois. »

 



             Guibert, c’est un narcisse qui brise son reflet à coup de scalpel, il se violente, se viole. Il a vingt et un ans. Un ange. Une brutalité de voyou. Une arrachée de douceur retournée comme un gant sur la saignée du poignet. L’œil du photographe.

 

            Ma rencontre avec Guibert : dans une bibliothèque. Une plongée dans le chaudron des hargnes, des mesquineries, de l’abjection ordinaire. Cette rencontre avec l’écriture d’Hervé Guibert m’a révulsée, peut-être alors. « -Vais-je continuer à lire ? » Il y a des enfers de froideur qui gèle le recul. Impossible de faire page arrière !

 

             Parmi les centaines de livres empruntés, ceux de Guibert ne sortirent jamais de ma mémoire.

            Comme un tatouage dans la peau. Une vieille cicatrice cousue avec des mots en partie oubliés ; mais pas ce qui émanait de l’essence sauvage de son implacable et abrupte style.

 

            Je ne savais pas qui était Hervé Guibert. Un nom. Un titre. Des titres sur des couvertures… Rien d’autre. Je ne savais pas qu’il allait être atteint du SIDA, qu’il allait en mourir, qu’il aurait l’impudeur de filmer un simulacre de suicide. Je ne savais pas que  cette « Mort propagande » que je viens de lire, était une fiction prémonitoire de sa mort, de son suicide manqué, peu avant que cette mort ne l’emporte.

 

             J’ai lu Guibert. « Des aveugles »…puis avec des pauses « Le protocole compassionnel » qui m’en apprit un peu plus ainsi que « A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ». Puis aussi le hasard, ici et là, dans une librairie, des bribes chapardées au « Mausolée des Amants » où la vie est cette horreur merveilleuse. Guibert m’a semblé être un paroxysme de froideur alors… Ami de Chéreau, il participera au scénario de « L’homme blessé ».

 

             Avec « La mort propagande », il éructe, et crie, il pleure, il étale les mots comme des pièces de boucherie. Il viande son âme, sa corporalité. Anatomiste de l’intime, du crachat, de l’obscène. Extrême. Si extrême de crudité, que j’hésite à citer ici certaines phrase. Sperme, godemiché acheté dans un sex-shop de Pigalle…urinoirs, carrelage où la jouissance de sa mère à travers la culotte de dentelle est avalée par la sciure sous ses yeux d’enfant.

 

Onzième chapitre :

La mort propagande

(Une seule représentation).

 

            « Et de tes ossements je fais des parures. Ta peau découpée, déchiquetée te fait des chapeaux compliqués, des voiles, des tulles qui recouvrent ton visage et s’accrochent sur la circonférence de ton crâne. 

…Et si je suis fou, on me percera le crâne, on me cisaillera le front, on ma trépanera. Où on me fera avaler une potion qui me fera chier tous les démons qui m’habitent. »

 

Dernier chapitre :

Cinq tables de marbre

 

            « Cinq tables de marbre alignées parallèles, cinq éviers, au bas le tuyau de douche, lave à grande eau, la table inclinée, concave, pour laisser couler jusqu’à la rigole, le jour par des fenêtres hautes, la tête et les pieds emmaillotés, ficelés dans le linge, le pied dépasse, serré autour d’un fil d’acier, papier à œillet sur lequel est inscrit un numéro, rituellement on fait un constat, on approche de mon visage renversé, de ma bouche un miroir dont c’est le seul usage, on me sectionne une artère pour voir la couleur du sang, plus sombre presque noir, pour voir s’il est encore jeté du cœur… »

 

            « A la faveur d’un déménagement, j’ai mis un peu d’ordre dans mes dossiers. J’y ai retrouvé, surtout dans des cahiers, des choses que j’avais écrites quand j’étais très jeune, que je n’avais pas mises au propre, et que j’avais complètement oubliées, comme si elles avaient été écrites par un autre que moi, un être plus rare, plus pur que moi, ce jeune Guibert qui me faisait le cadeau, par ces textes, de me faire croire qu’il était resté moi-même, ou que j’étais resté lui-même, que nous n’étions qu’une seule personne. » (Quatrième de couverture de l’édition de 1991 « Protocole compassionnel ».)

 

             Alors, lire, ne pas lire ce livre où affleure une roseur de pudeur, épanouie sous les excès de jouissance ? Je ne sais. Je ne sais que dire…

            Ce ne sont point là des choses que l’on ose… Car entrer dans cette écriture, c’est comme prendre un mort dans ses bras…

 

            Hervé Guibert n’est plus là… mais sa mort est là… arrachée vive… et livrée… dans les pages de ce testament écrit à vingt et un ans, quinze années avant sa dramatique finalité…


Hécate.

 

BIBLIOGRAPHIE

 Hervé Guibert (1955 – 1991)


La Mort propagande
, Paris, Régine Deforges, 1977, collection Le Livre de Poche, 1991.

Nouvelle édition complétée l’arbalète galimard 2009.

Suzanne et Louise, Paris, Éditions libres Hallier, 1980. Réédition, Gallimard, Paris, 2005.

L’Image fantôme, Paris, Minuit, 1981.

Les Aventures singulières, Paris, Minuit, 1982.

Voyage avec deux enfants, Paris, Minuit, 1982.

Les Chiens, Paris, Minuit, 1982.

L’Homme blessé, Paris, Minuit, 1983.

Les Lubies d’Arthur, Paris, Minuit, 1983.

Le Seul Visage, Paris, Minuit, 1984.

Des Aveugles, Paris, Gallimard, 1985, collection Folio,1991.

Mes Parents, Paris, Gallimard, 1986, collection Folio, 1994.

Vous m’avez fait former des fantômes, Paris, Gallimard, 1987.

Les Gangsters, Paris, Minuit, 1988.

L’Image de soi, ou l’injonction d’un beau moment, (avec Hans Georg Berger) Bordeaux, William Blake & Co., 1988.

Mauve le vierge, Paris, Gallimard, 1988.

Fou de Vincent, Paris, Minuit, 1989.

L’Incognito, Paris, Gallimard, 1989.

A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Paris, Gallimard, 1990.

Le Protocole compassionnel, Paris, Gallimard, 1991.

Mon valet et moi, Paris, Seuil, 1991.

Vice, Paris, Jacques Bertoin, 1991.

Cytomégalovirus, Journal d’hospitalisation, Paris, Seuil, 1992.

L’Homme au chapeau rouge, Paris, Gallimard, 1992.

Le Paradis, Paris, Gallimard, 1992.

La Pudeur ou l’Impudeur, TF1, 30 Jan. 1992.

Photographies, Paris, Gallimard, 1993.

La Piqûre d’amour et autres textes, suivi de La Chair fraîche, Paris, Gallimard, 1994.

Vole mon dragon, Paris, Gallimard, 1994.

Lettres d’Égypte : du Caire à Assouan, 19.., Arles, Actes Sud, 1995.

Enquête autour d’un portrait (Sur Balthus), Paris, Les Autodidactes, 1997.

La Photo, inéluctablement, Paris, Gallimard, 1999.

Le Mausolée des amants, Paris, Gallimard, 2001.

Les Articles intrépides, Paris, Gallimard, 2008.

 

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 15:16


  Fado un chant
     qui pleure
        sans larme...


             Fado un chant qui pleure sans larme « pour une larme de toi, je me serais laissée tuer » paroles d’un fado…


            Des notes acides, les grains d’un chapelet, une gorge renversée d’où jaillit l’ailleurs de la nostalgie, l’attitude du fadista, altitude d’un autre bonheur, celui d’être triste par-delà la mélancolie, miroir perdu d’une joie envolée, d’un amour enfui, comme une mouette sur la mer de paille… 

            Le fado a son histoire… et le fado la chante, la joue, la berce, la danse aussi. Entre tendresse, cri et murmure. Controverse des origines… Populaire et royal. Chant de la mer, chant du vent, du sud ou du nord, des maisons de plaisir, celle ou les femmes du fado « ou femmes de la fatalité ». Telle la « Severa » devenue une légende dorée.
Morte à vingt six ans, aujourd’hui encore le quartier de la Mouraria dans ses venelles présente au sol des pavés noirs et blancs dessinant une guitara, hommage à l’expression sublime de sa voix lente comme une caresse.


            D’autres fantômes de ce dix-neuvième siècle, Umbelina l’Aveugle, Gertrude la vendeuse de châtaignes chaudes surnommée « la noire au bandeau ». Rita, démone d’un coupe-gorge, repaire de voleurs et de malfaiteurs. Marginalité urbaine et aristocratique, le fado est partout… et nulle part. Inédit et décalé.


            En dépit de son entrée dans les salons, le fado incarnait le danger. « Le chant du fadiste est lui-même présenté comme une excroissance méprisable, comparable à celle d’un animal. Il évoque le chant d’un loup lancé au clair de lune », la voix brisée dans le larynx.


            Fado, frontière des genres.

  
            Dialogues de chanteurs qui rivalisent d’improvisations, jeux de mots, de moquerie. Quand un premier vers du fado annonce :
 « Je vais te dire ».
Une autre voix rétorque parfois,
« Je ne veux pas le savoir »…

            Fado, l’amour, une folie nécessaire.

« Ils vivent d’amour, laisse-les vivre ainsi
  

Laisse-les en paix, car ils sont fous  

Ils sont fous comme nous le sommes encore

Ils aiment comme nous aimons toujours. »

(Mario Rainho, José Luis Gordo)

 

            Le chant, un remède à la souffrance.

 

« Que Deus me perdoe »

« Si mon âme opaque pouvait montrer  

Ce que je souffre en silence

Si seulement

Je pouvais raconter »

(Silva Tavares)

 

            « Je chanterai jusqu’à ce que la voix me fasse mal »

            Le fado, comme ami et remède. Une thérapie des maladies de l’âme. (Alberto Pimentel) Cependant ces vers très populaires soulignent ce caractère d’innéité du fado qui ne peut, ni s’apprendre, ni se choisir.


« N’est pas fadiste celui qui le veut

Est fadiste celui sur qui ça tombe. »

(Rodriguo de Mello).

 

            Saudade, délivrance du temps. La « Saudade habite la mer » dit une morna du Cap Vert. Les frontières perdues sur l’échelle du temps se réinventent et bercent de plaisir ce qui pourrait être de la tristesse.


« Aux heures de notre vie

Chaque heure et une minute.»

(Antonio de Bragança.)

 

            L’illettrisme du fado, côtoie les plus grandes plumes de la poésie, de Camoens à Pessoa. Après les jours sombres de la dictature, le fado est une renaissance…

            Il y a le fado de Lisbonne.

            Il y a le fado de Coïmbra, celui qui s’élance du cœur amoureux d’un étudiant sous le balcon de celle qu’il aime et qu’il veut charmer.

 

            Pessoa encore qui a su dire si bien ce qu’il en est du fado, cette lecture de la vie.

« Ainsi, le chant des peuples triste est gai.

            et le chant des peuples gais est triste. 

Le fado, quant à lui, n’est ni gai ni triste,

            C’est une période d’intervalle. »

 

 

            Je n’ai pas besoin de comprendre les mots pour aimer ainsi le fado, il m’a murmuré très tôt quelque chose d’indicible qui palliait un manque, lequel, je ne sais le dire. Le fado et moi, est une longue histoire silencieuse. Et ce livre, n’a pas détruit les rêves construits autour des violes et des guitares et des brisures de ces voix étranglées sur des sanglots avortés…

              Dois-je compter les enregistrements multiples glanés aux long des années ?...Non…

 

            Ce livre est complétude. Il est accompagné d’un CD qui offre un survol… de ce qu’est aussi le fado… De nombreux textes sont traduits à qui ne sait la langue portugaise et veut pénétrer plus au profond…jamais ennuyeux on peut en tourner les pages, parcourir au hasard, comme on lirait un roman, le roman du fado et son histoire…


            Entrer en Fado, c’est partir en voyage…celui qui se fait en fermant les yeux…ailleurs, ici, maintenant, l’instant… l’envol.


« Si une mouette venait

M’apporter le ciel de Lisbonne

Dans le dessin quelle ferait

Dans ce ciel où le regard

Est une aile qui ne vole pas

S’évanouit et tombe à la mer…»

 

(Alexandre O‘ Neill)


Hécate

 

 
Edition: Chandeigne 2009.

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 17:49






Chez les fous

Albert Londres

 

            Une anecdote qui ne s’invente pas : j’étais à réfléchir à cet article dans un transport en commun, quand mon attention se trouva attirée par la personne assise en face de moi. Une femme avec un beau visage comme celui des madones pâli par la pénombre des églises, les cheveux tirés en arrière en un chignon serré.

            Tout à coup cette dame comme absorbée dans ses pensées, grave et tranquille se mit à bouger les lèvres. Des mots inaudibles s’échappèrent à la cadence monotone d’une prière. Je n’avais pas remarqué un grand sac en plastique posé sur ses genoux d’une marque que je ne citerai pas, mais qui a quelque rapport saugrenu avec le pseudonyme dont je signe mes articles:
            Hécate, dans l’antiquité était sensée être placée à l’embranchement des voies.

 

En grosses lettres publicitaires, je pouvais lire :

« En agissant

Ensemble

On agit

Vraiment ».

 

            Très visiblement cette personne n’avait nullement conscience de la présence des passagers autour d’elle, pas même de mon regard hypnotisé par ses gestes qui par saccades se mirent à frotter le dessous de ses paupières, puis à malaxer le plastic du sac, pour sauter après à son front comme s’il était attaqué subitement par quelque insecte. Ainsi continua-t-elle à soliloquer, hochant la tête spasmodiquement.

            J’étais là, saisie, à ne pouvoir la quitter des yeux comme si elle surgissait tout droit des pages du livre d’Albert Londres que je venais de parcourir.
            Avec qui parlait-elle ainsi, les yeux perdus, fixés sur des êtres absents ?...


            Je faillis manquer mon arrêt, tant elle était digne et sérieuse en dépit de cette agitation dont les intervalles d’immobilités me sidéraient autant que leur cessation subite.






            « Notre devoir n’est pas de nous débarrasser du fou, mais de débarrasser le fou de sa folie.

Si nous commencions ? »

 





            En huit chapitres, Albert Londres le prince des reporters plonge en plein cœur de ce qu’on nomme la folie.

            D’une plume à rendre jaloux les maîtres du suspense, cet humaniste à l’âme de poète dresse là le plus stupéfiant récit qui soit.

            Publié en 1925, ce texte est d’un style d’une modernité incroyable. Rapide, efficace, imagé, il brosse des scènes qui prennent à la gorge, coupent le souffle ! Pathétiques et horrifiques.

Aucun temps mort, un livre fou !


            « Je ne suis pas fou ! Du moins pas visiblement, mais j’ai désiré voir la vie des fous. Et l’administration française ne fut pas contente. Elle me dit : Loi de 38, secret professionnel, vous ne verrez pas la vie des fous. »


            Le ton est donné ! Et voilà comment débute l’aventure de ce reportage dont rien ne nous est caché avec une drôlerie féroce, une tendresse humoristique qui annonce celle de Desproges.

Un livre fou !

            Débordement de sensations qui étranglent d’émotion. Aucun temps mort. Albert Londres camisole ses lecteurs si j’ose me permettre…


Un aperçu… les titres des chapitres :

 

  • On a pas voulu de moi.
  • Le fou à domicile.
  • Un quartier d’agités

    Chapitre III.

On m’avait ouvert une cour d’agités.

 

-         Restez-là, les gardiens sont prévenus. Afin de ne pas être pris pour un procureur de la république j’avais le chef couvert d’un béret. De plus, quand on possède un fond d’innocence et que le débraillé ne vous va pas trop mal, on peut fort bien passer inaperçu dans un quartier d’insensés. Les fous n’ont pas d’uniforme. Cela ajoute à la tragique mascarade. En voici deux tous nus. (Ils adorent être nus.) Entre ces deux, un gentleman coiffé d’un melon se promène. Cet autre porte veston et caleçon ; autour de son bras gauche est son faux col en celluloïd. Ils sont soixante-dix environ, en habit de ville, en bourgeron de travail, et déboutonnés par-ci, par-là, en dehors des limites de la pudeur.

Cela ne hurlerait pas trop sans un espèce de putois qui, tout en dénouant une corde, là-bas, au fond, s’en prend à la terre entière de je ne sais quel affront que lui inflige un être invisible. Il se fâche comme si son ennemi était devant lui. Son ennemi est bien devant lui, mais seul il le voit.

 
Un livre fou… certes oui.

 

Chapitre IV

·        Avec ces dames

-         A côté des folles, les fous semblent raisonnables. Ces femmes sont infernales. Toutes ont l’air d’obéir à un ressort qu’elles auraient avalé. Elle se plient, se redressent, gambadent. Elles portent leur bras en ailes de moulin. Il y a beaucoup de cantatrices.. les ballerines ne manquent pas non plus, et les mégères relient les deux… Par temps d’orage, l’intensité de cette diablerie est décuplée.

-         Monsieur !

Une rousse qui a l’air d’avoir des serpents dans les cheveux, me saisit par le bras, impérative :

-         Monsieur ! J’ai été nommée mère principale des filles de la Charité, chanoinesse de la cathédrale, général en chef du Vatican par sa Sainteté le Souverain Pontife…etc…

 

On met la ceinture aux audacieuses, aux vindicatives. On compte bien dix ceintures dans cette cour. L’une des agitées marche sans arrêt.

-         Asseyez-vous, madame Raymond.

-         Je ne veux pas m’asseoir à côté de ces dames. Elles ne sont pas malades. Pourquoi les garde-t-on ici ? elles vont me donner la bonne santé… Arrière !...Arrière !...

 

            A dix pas, une Margoton chante à tue-tête et tourne, derviche emballé.

 
Que dire du chapitre VI ?

·                   Une nuit.

-         Le mystère humain qu’est la folie s’épaissit pendant la nuit.

L’étonnement, qui, comme une auréole, ne cesse de nimber le spectateur de la vie des fous, grandit alors autour de lui, jusqu’à l’infini.

Les asiles deviennent des cloîtres diaboliques…

Il était onze heures du soir quand je m’amenai devant la grille de la maison départementale de cette ville du Sud…

Le portier dormait. C’était bien l’heure.


            Ce livre tient de la farce macabre, de Jérôme Bosch, de Magritte et de Goya et même du french  cancan vu par Lautrec ! Une grandiloquence qui rappelle l’époustouflant Grand Guignol…

 

            Ce livre dénonçait crûment ce qui dérangeait. D’où la censure dont il fut victime, car cette série de portraits et d’interviews scandalisèrent le petit monde des psychiatres et des aliénistes. La rédaction du  Petit - Parisien  passablement effrayé hésita à publier certains articles qui finalement parurent en mai 1925.

 

            Devant le tollé provoqué et les menaces de procès, Albert Londres dut adoucir certains passages… Il venait d’achever un grand reportage sur le  Tours de France  cycliste : « Les forçats de la route ».


            Après avoir dénoncé les bagnes, il s’intéresse à cette autre sorte d’enfermement. Celui des malades mentaux.

 

            Né à Vichy en 1884, celui qui savait faire flamber l’actualité disparaîtra mystérieusement dans l’incendie du bateau qui le ramenait de son voyage en Chine en 1932.


            « Albert Londres, un nom devenu synonyme de mythe, la référence absolue en matière de reportage ». (Pierre Assouline dans la biographie consacrée au journaliste)

 

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

 



Hécate.

 

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